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Notre Pain (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Notre Pain
Pour Alejandro Gamboa

On prend le petit-déjeuner… Humide terre
de cimetière à l’odeur de sang aimé.
Ville d’hiver… La cuisante traversée
d’une charrette qui semble traîner
une émotion de jeûne enchaînée!

On voudrait toquer à toutes les portes
et demander je ne sais qui; et puis
voir les pauvres et, en pleurant tout bas,
donner des petits bouts de pain frais à tous.
Et saccager les vignes des riches
avec les deux mains saintes
qui dans une échappée de lumière
s’envolèrent déclouées de la Croix!

Cils du matin, ne vous levez pas!
Notre pain de chaque jour, donne-le-nous,
Seigneur… !

Mes os ne sont pas à moi;
peut-être les ai-je volés!
Je suis venu m’arroger ce qui sans doute
était assigné à un autre;
et je pense que, si je n’étais pas né,
un autre pauvre aurait pris ce café!
Je suis un mauvais larron… Où irai-je!

Et en cette heure froide, où la terre
est si triste et fleure la poussière humaine,
je voudrais toquer à toutes les portes,
et supplier je ne sais qui, pardon,
et lui faire des petits bouts de pain frais
ici, dans le four de mon coeur !

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Le coeur inlassable (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
le coeur inlassable

soulever ton silence
gagner sur ton épaule
la fleur qui brûle sa chance

cette défection de tendresse
cette solitude d’orchidée
et le fardeau penché du visage

la durée qui s’y entrepose
et que n’offusque aucun voile ni
le bord du vent endormi sur ta bouche

sous la poussée d’une furieuse aurore
le pouvoir d’une absence prolifique
s’arrogeant ton nom et le mien

et t’entourer de cette persuasion
de cette dure lampe qui creuse
une rumeur de vent

dans une graduelle chaleur
polie par le désespoir

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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La poésie (Hugo Friedrich)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



On en arriva à une rupture brutale avec la tradition ;
le poète refusa les normes et trouva dans ce refuge la justification de son originalité.
La poésie se voulut expression d’une souffrance enfermée dans ce cercle sans issue.
[…]
Elle s’affirma comme la manifestation la plus haute et la plus pure de la création littéraire ;
[…]
elle s’arrogea la liberté de dire tout ce que lui inspiraient une imagination impérieuse,
une intériorité élargie aux mesures de l’inconscient
et enfin un jeu avec une transcendance qui ne se réfère plus à rien.

(Hugo Friedrich)

Illustration: René Magritte

 

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Je pense beaucoup plus à toi (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2015



 

Je pense beaucoup plus à toi
Que la pensée jamais ne pense
Le coeur s’est arrogé le coeur
J’entends un arbre qui se plaint
D’avoir du ciel en ses racines
La chaleur souple de sa voix
Bouge au tréfonds de mes moraines
Je rampe, étonné, vers un jour
Où je sais ne pas te connaître
La porte d’en-bas ferme mal
Et l’avenir, à travers elle.

(Luc Bérimont)

 

 

 

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