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Poésie

Posts Tagged ‘s’arrondir’

Parfois le temps s’arrondit comme une clairière (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



parfois le temps s’arrondit
comme une clairière
dans le demi-jour inespéré

les nuages vont lentement
au rythme du feuillage
qui se penche et prend la lumière
venue d’on ne sait quelle source

toute cette lenteur vous caresse
endort toute inquiétude
alors que vous êtes perdu
et qu’il n’y a pas de chemin

(Jean-Claude Pirotte)

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La nuit (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



La nuit, nous ne savons plus
si la mer est bleue ou verte,
si les algues ont froid ou chaud
dans leur maison de silence.

La nuit, nous savons seulement,
la respiration des vagues,
le sable devenu frais, comme au désert
et le ciel pareil à celui des savanes.

La nuit, nous ne saurons jamais,
le murmure des épaves
pour une étoile pressée,
quand, au-delà des dunes,
le grand forgeron déchaîne ses comètes,
quand, au-delà du temps et des eaux,
la terre s’arrondit
pour deviner le jour.

(Christian Da Silva)

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Comment perdre ce qui est toujours là (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2016



Comment perdre ce qui est toujours là
Le vrai incroyable
La présence d’un feu, un lit, un jardin
L’ombre en tête d’oiseau de la plume
N’est pas plus fidèle
Que ces lieux où nous vivons
Par la caution des choses

La table, les chaises, les fleurs
Dans l’eau des heures
L’espace partagé
Où en tendant la main
Nous poussons la porte du présent
Et le regard s’arrondit comme un fruit

(Heather Dohollau)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Comment perdre ce qui est toujours là (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2016



 

Comment perdre ce qui est toujours là
Le vrai incroyable
La présence d’un feu, un lit, un jardin
L’ombre en tête d’oiseau de la plume
N’est pas plus fidèle
Que ces lieux où nous vivons
Par la caution des choses

La table, les chaises, les fleurs
Dans l’eau des heures
L’espace partagé
Où en tendant la main
Nous poussons la porte du présent
Et le regard s’arrondit comme un fruit

***

How can we lose what is ever there
The incredibly true
The presence of a fire, a bed, a garden
The bird-headed shadow of the pen
Is not more faithful
Than these places wherein we live
By the surety of things

The table, the chairs, the flowers
In the water of hours
Shared space
Where our hand proffered
We push open the door of the present
And our gaze fills out like fruit

(Heather Dohollau)

Illustration

 

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Chant du dernier délai (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2015



 

Alena Plihal - Tutt'Art@ (17) [1280x768]

Chant du dernier délai

Noir c’est mon nom quand je m’éveille
Noir le singe qui me tracasse
Qui grimace moule à manies
Devant le miroir de ma nuit
Noir c’est mon poids de déraison
C’est ma moitié froide pourrie

Noir où la flèche s’est plantée
Où le tison a prospéré
Noir le gentil corps foudroyé
Noir le coeur pur de mon amour
Noire la rage aux cheveux blancs
A la bouche basse et baveuse

Cette envie folle de hurler
Ne cessera qu’avec ma voix
Que sur les charmes de ma tombe
Où viendront pleurer mes complices
Tous ceux qui m’approuvaient d’aimer
Et qui voudraient fêter mon deuil

J’étais construit les mains ensemble
Doublé de deux mains dans les miennes
J’étais construit avec deux yeux
Qui se chargeaient des miens pour voir
Mais aujourd’hui je sens mes os
Se fendre sous le froid parfait

Je sens le monde disparaître
Rien ne demeure de nos rires
Ni de nos nuits ni de nos rêves
Et la rosée est charbonneuse
J’ai trop pleuré la coque est vide
Où ne nous pouvions qu’être deux

Écartez-vous de ma douleur
Elle vient droit de la poussière
Elle nie tous les sacrifices
La mort n’est jamais vertueuse
Écartez-vous si vous avez
Envie de vivre sans mourir

Sous vos paupières desséchées
Et dans la boue de vos désirs
Noir un zéro s’arrondirait
Zéro petit et très immense
Qui est capable de gagner
La souveraine part de l’homme

Noir c’est moi seul soyez plus clairs

(Paul Eluard)

Illustration: Alena Plihal

 

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LA LUNE JAUNE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2015



 

yellow-moon

LA LUNE JAUNE

Ce long jour a fini par une lune jaune
Qui monte mollement entre les peupliers,
Tandis que se répand parmi l’air qu’elle embaume
L’odeur de l’eau qui dort entre les joncs mouillés.

Savions-nous, quand, tous deux, sous le soleil torride
Foulions la terre rouge et le chaume blessant,
Savions-nous, quand nos pieds sur les sables arides
Laissaient leurs pas empreints comme des pas de sang,

Savions-nous, quand l’amour brûlait sa haute flamme
En nos coeurs déchirés d’un tourment sans espoir,
Savions-nous, quand mourait le feu dont nous brûlâmes
Que sa cendre serait si douce à notre soir,

Et que cet âpre jour qui s’achève et qu’embaume
Une odeur d’eau qui songe entre les joncs mouillés
Finirait mollement par cette lune jaune
Qui monte et s’arrondit entre les peupliers?

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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