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Poésie

Posts Tagged ‘s’assombrir’

Les morts minuscules (Monika Herceg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
les morts minuscules

nous respirons bruyamment de chaleur suffocante
dormant dans la même pièce
l’angoisse plus lourde que l’air
remplit l’espace comme le dioxyde de carbone
et nous étouffons dans le cauchemar

dans le rêve de mon père le vide prolifère
comme les doryphores sur les pommes de terre
jusqu’à la destruction complète des plantations
souvent il tousse
comme un chat qui rejette
une boule de poils
mon frère grince des dents
ma mère est immobile
les lèvres serrées
à l’image de la madone qu’elle prie
quelquefois je me penche sur son visage
pour vérifier si elle respire

j’écoute aussi
nos pieds dépasser les chaussures devenues étroites
nos cheveux s’assombrir
nos cartilages s’user à courir
dehors l’atmosphère se consume

et en nous brûlent nos corps d’enfants
comme les bougies d’anniversaire
suffisamment vite pour que le matin on
ne s’en souvienne plus

(Monika Herceg)

Traduit du croate par Martina Kramer

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Liqueur de prunelle (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2020



La claire saison du genièvre
s’assombrit en hiver.
Elle arrosa de liqueur les prunelles
et boucha le bocal de verre.

Lorsque je l’ai dévissé
j’ai senti l’âcre immobilité
troublée d’un buisson
se répandre dans l’office.

Lorsque je l’ai versée
elle tranchait comme une lame
et flambait comme Bételgeuse.

Je bois à toi,
avec ces prunelles
enfumées, bleu-noir,
polies, amères, mais sûres.

(Seamus Heaney)

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UN HOMME ATTEND L’AUBE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



 

Illustration: Christophe Saccard
    
UN HOMME ATTEND L’AUBE

Le livret militaire, le diplôme de docteur
Et quelques lyriques tourmentes.
Sur la colline,
Tranquille,
Le moulin à vent.
Le miroir du lac
S’assombrit dans le soir.
Sur une maison abandonnée
La chouette chuinte.
Les étoiles sont loin.
De la fraîcheur.
Il fait bon maintenant
Etre avec les siens
Autour de la table
Sous la lampe à pétrole.
Un chien aboie
Sur l’étranger qui passe.
Seul.
Les chemins vont dans les ténèbres.
Silence.
Des diamants — les étoiles —
Ecorchent le verre bleu de la nuit.
Déserte, la plaine.
Un mur inachevé.

Ruines. Odeur de ciguë.
Ici, dans les fondations,
Le maître-maçon
N’a pas emmuré son amour.
Demain
Sur les pierres chaudes, au soleil,
Sortiront les lézards.
Demain !
Soleil !
Ici il y a du feu dans l’âtre.
Sous les cendres, la braise.
Des vieilles ramures
Jaillit la flamme.
Le passé est une souche
Sur laquelle est assis un homme,
Le visage éclairé
Par la flambée.
Le visage éclairé,
Un homme
Attend l’aube.

(Mihai Beniuc)

 

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Tout le paysage matinal (Nicolas Dieterlé)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2019



 

feuilles

Tout le paysage matinal baigne dans un bleu très doux qui s’assombrit un peu à l’horizon,
là où les arbres dressent contre le ciel leurs ramures fines comme de la dentelle.
En face de moi, le soleil encore bas ressemble à un feu blanc.
Parmi les ramures lointaines une fumée se déploie lentement, sans fin, avec une sérénité bonhomme,
et le regard est attiré par elle à cause de sa constance et de son caractère flagrant de signe.
A gauche, les arbres les plus proches sont revêtus d’une fine toison rose, formée par les bourgeons en nombre croissant,
et le soleil fait briller les branches légères qui oscillent très doucement dans un vent discret

(Nicolas Dieterlé)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Crépuscule d’automne (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019


 


 

Agata Modzelewska 500

Crépuscule d’automne

Sous le souffle étouffé des vents ensorceleurs
J’entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves :
Car voici venir l’heure où dans des lueurs brèves
Les feuilles des forêts entonnent, choeur en pleurs,
L’automnal requiem des soleils et des sèves.

Comme au fond d’une nef qui vient de s’assombrir
L’on ouït des frissons de frêles banderolles,
Et le long des buissons qui perdent leurs corolles
La maladive odeur des fleurs qui vont mourir
S’évapore en remous de subtiles paroles.

Sous la lune allumée au nocturne horizon
L’âme de l’angelus en la brume chantonne :
L’écho tinte au lointain comme un glas monotone
Et l’air rêve aux frimas de la froide saison
A l’heure où meurt l’amour, à l’heure où meurt l’automne !

(Stuart Merrill)

Illustration: Agata Modzelewska

 

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Le chemin du jardin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Le chemin du jardin maritime s’assombrit,
La lumière jaune des réverbères fraîchit.
Je suis très calme. Seulement il ne faut pas
Me parler de lui.
Tu es gentil, fidèle, et nous serons amis…
Se promener, s’embrasser, vieillir…
Au-dessus de nous, les mois légers
Voleront comme étoiles de neige.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Emil Nolde

 

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Le ciel, laque bleue, s’assombrit; on entend mieux chanter l’ocarina (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Le ciel, laque bleue, s’assombrit;
On entend mieux chanter l’ocarina.
Ce n’est qu’un chalumeau d’argile.
Il n’a aucune raison de se plaindre.

Qui lui a raconté mes péchés ?
Pourquoi veut-il me pardonner?…
Est-ce que cette voix répète
Les derniers vers que tu as faits pour moi?…

(Anna Akhmatova)

Illustration

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Aux jours courts … (Peire d’Auvergne)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Aux jours courts et aux longues soirées,
quand l’air vif s’assombrit,
je veux que de branche et feuillage, mon savoir
devienne joie nouvelle et fruits et fleurs,
car je vois les chênes perdre leurs feuilles.
Se retirent dans la neige et la froidure,
le rossignol, la grive, le geai et le pivert.

(Peire d’Auvergne)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Hermès (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Saint-Michel

Hommage aux anges
[33]

Hermès emprunta son attribut
de guide-des-morts à Toth

et la croix-T devient caducée ;
l’ancienne église invoque

saint Michel et Notre Dame
sur le lit de mort ; Hermès Trismégiste

transperce, avec saint Michel,
les ténèbres de l’ignorance,

jette le Vieux Dragon
dans l’abîme.

[34]

Ainsi saint Michel
régent de la planète Mercure,

n’est pas absent
quand nous convoquons les autres Anges,

une autre bougie apparaît
sur le grand-autel,

elle brûle d’une flamme puissante
mais frémit

et s’avive et s’assombrit
et s’avive à nouveau ;

souviens-toi, c’était Thot
avec une plume

qui pesait les âmes
des morts.

***

Hermes took his attribute
of Leader-of-the-dead from Thoth

and the T-cross becomes caduceus ;
the old-church makes its invocation

to Saint Michael and Our Lady
at the death-bed; Hermes Trismegistus

spears, with Saint Michael,
the darkness of ignorance,

casts the Old Dragon
into the abyss.

So Saint Michael,
regent of the planet Mercury,

is not absent
when we summon the other Angels,

another candle appears
on the high-altar,

it burns with a potent flame
but quivers

and quickens and darkens
and quickens again;

remember, it was Thoth
with a feather

who weighed the souls
of the dead.

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

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