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Poésie

Posts Tagged ‘s’attacher’

Il ne faut pas travailler tout le temps (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: René Baumer
    
Il ne faut pas travailler tout le temps.
Il faut prendre des temps,
prendre son temps.

Il faut digérer. Oui.
C’est dans la digestion des connaissances
que réside le talent.

L’essentiel est de n’avoir pas de minutes vulgaires ou insignifiantes.
Ennuyez-vous.

Car ce jour-là vous prendrez un porte-plume et un papier
et vous ferez peut-être un chef-d’oeuvre.
Tout est dans la qualité de l’ennui.

Aimer les mots. Aimer un mot.
Le répéter, s’en gargariser.
Comme un peintre aime une ligne,
une forme, une couleur.

Autour d’un mot se coagule une phrase, un vers, une strophe, une idée.
Ah ! quel beau mode d’extériorisation !
Et extérioriser, c’est tout!

Sans doute par la quantité d’idées, de sentiments qui se sont incendiés pour la produire
ou bien parce qu’elle s’attache à un pivot qui n’est pas en vous.

Je crois que les œuvres très extériorisées sont très rares.
Le style c’est d’extérioriser!

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

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NUIT INFERNALE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018



Illustration: John Henry Fuseli
    
NUIT INFERNALE

Quelque chose d’horriblement froid tombe sur mes épaules.
Quelque chose de gluant s’attache à mon cou.
Une voix vient du ciel qui crie :
«Monstre ! » sans que je sache si c’est de moi et de mes vices qu’il s’agit
ou si l’on m’indique d’ailleurs l’être visqueux qui s’attache à moi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le Cornet à dés
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’oie s’attache à l’étang (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018



L’oie s’attache à l’étang:
elle se dit qu’elle aimerait y rester un moment.
Mais l’eau se prend en glace:
elle se fait une raison!

(Tshanyang Gyatsho)

Illustration

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UN BEAU POÈME (Maurice Couquiaud)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

UN BEAU POÈME

Un beau poème peut offrir aux murs de la réalité le pouvoir
des mots grimpants.
C’est sa façon de les embellir qui aide à les franchir.

*

Si je pouvais glisser un message dans le poème,
ce serait celui d’un charme secrètement inclus
dans la beauté du geste qu’il ne peut faire,
… mais qu’il suggère.

*

La vérité est rarement nue.
Elle aime les vêtements régionaux et les modes historiques.
C’est en tressant des ombres qu’elle habille nos certitudes.

*

S’attacher au néant, c’est, par méconnaissance, refuser
d’accorder plusieurs pentes à l’avenir.

*

Les gestes et les mots peuvent avoir une lointaine portée d’ogive.
L’amour est une arme de construction massive.

(Maurice Couquiaud)

 

 

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Ils se sont assemblés (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



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Ils se sont assemblés
De leurs petites vies qu’entend-on
leurs rires m’éclaboussent
Je passe
des mots poisseux s’attachent
et l’ennui m’asphyxie

On ne peut pas partir
On traîne tant de choses qu’on croit voir derrière soi
l’encrier bâille sur ma table
un bruit seul a glissé
contre le mur des espoirs rampent
Je me pétrifie

Où sauter
une crainte s’évapore
Le silence
puis une lettre s’insinue
Il faudrait arracher des nuages
S’en aller

(Philippe Soupault)

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SOUVENIR (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Niko Guido
    
SOUVENIR

Son image, comme un songe,
Partout s’attache à mon sort ;
Dans l’eau pure où je me plonge
Elle me poursuit encor :
Je me livre en vain, tremblante,
À sa mobile fraîcheur,
L’image toujours brûlante
Se sauve au fond de mon coeur.

Pour respirer de ses charmes
Si je regarde les cieux,
Entre le ciel et mes larmes,
Elle voltige à mes yeux,
Plus tendre que le perfide,
Dont le volage désir
Fuit comme le flot limpide
Que ma main n’a pu saisir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉLÉGIE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: François Boucher   
    
ÉLÉGIE

Je m’ignorais encor, je n’avais pas aimé.
L’amour ! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre ?
À quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé ;
Il me parut plus folâtre que tendre :
D’un trait sans force il effleura mon coeur ;
Il fut léger comme un riant mensonge ;
Il offrait le plaisir, sans parler de bonheur :
Il s’envola. Je ne perdis qu’un songe.

Je l’ai vu dans tes yeux cet invincible amour,
Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme,
Qui commande à nos sens, qui s’attache à notre âme,
Et qui l’asservit sans retour.
Cette félicité suprême,
Cet entier oubli de soi-même,
Ce besoin d’aimer pour aimer,
Et que le mot amour semble à peine exprimer,
Ton coeur seul le renferme, et le mien le devine ;
Je sens à tes transports, à ma fidélité,
Qu’il veut dire à la fois, bonheur, éternité,
Et que sa puissance est divine.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Je sais comment libérer peu à peu mes forces créatrices des contingences matérielles,
de la représentation de la faim, du froid et des périls.

Car le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité.
La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance,
toutes les difficultés qui s’y attachent – on la prend en charge,
on la hisse sur ses épaules et c’est en la portant que l’on accroît son endurance.

Mais la représentation de la souffrance – qui n’est pas la souffrance,
car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse – il faut la briser.

Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles,
on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces,
et l’on devient capable de supporter la souffrance réelle,
dans sa propre vie et dans celle de l’humanité.

(Etty Hillesum)

 

 

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Tout objet de beauté est une joie éternelle (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Tout objet de beauté est une joie éternelle :
Le charme en croît sans cesse; jamais
Il ne glissera dans le néant, mais il gardera toujours
Pour nous une paisible retraite, un sommeil
Habité de doux songes, plein de santé, et qui paisiblement
respire.
Aussi, chaque matin, tressons-nous
Des guirlandes de fleurs pour mieux nous lier à la terre,
Malgré les désespoirs et la cruelle disette
De nobles natures, malgré les sombres journées
Et tous les sentiers malsains et enténébrés
Ouverts à notre quête; oui, malgré tout cela,
Une forme de beauté écarte le suaire
De nos âmes endeuillées. Tels sont le soleil, la lune,
Les arbres vieux ou jeunes qui offrent le bienfait de leurs
printaniers ombrages
Aux humbles brebis; tels sont encore les narcisses
Et le monde verdoyant où ils se logent, les ruisseaux
limpides
Qui se bâtissent un frais couvert
En vue de l’ardente saison, le taillis au fond des bois,
Richement parsemé de la splendeur des roses musquées;
Telle, aussi, la magnificence des hautes destinées
Que nous avons rêvées pour les plus grands des morts;
Tels, encore, tous les contes charmants lus ou entendus,
Fontaine intarissable d’un breuvage immortel
Qui s’épanche en nos coeurs du bord même des cieux.

Et ce n’est pas seulement pendant une heure brève
Que nous pénètrent ces essences; non, comme les arbres
Qui chuchotent autour du temple sont bientôt devenus
Aussi précieux que le temple lui-même; ainsi, la lune,
La poésie — cette passion — merveilles infinies,
Nous hantent jusqu’à devenir le réconfortant flambeau
De nos âmes et s’attacher à nous d’un lien si étroit
Que, dans le plein soleil comme sous un ciel couvert et
sombre,
Il nous les faut toujours à nos côtés, ou c’est la mort.

***
A thing of beauty is a joy for ever
A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing.
Therefore, on every morrow, are we wreathing
A flowery band to bind us to the earth,
Spite of despondence, of the inhuman dearth
Of noble natures, of the gloomy days,
Of all the unhealthy and o’er-darkened ways
Made for our searching : yes, in spite of all,
Some shape of beauty moves away the pall
From our dark spirits. Such the sun, the moon,
Trees old and young, sprouting a shady boon
For simple sheep; and such are daffodils
With the green world they live in; and clear rills
That for themselves a cooling covert make
‘Gainst the hot season; the mid-forest brake,
Rich with a sprinkling of fair musk-rose blooms :
And such too is the grandeur of the dooms
We have imagined for the mighty dead;
All lovely tales that we have heard or read :
An endless fountain of immortal drink,
Pouring unto us from the heaven’s brink.

Nor do we merely feel these essences
For one short hour; no, even as the trees
That whisper round a temple become soon
Dear as the temple’s self, so does the moon,
The passion poesy, glories infinite,
Haunt us till they become a cheering light
Unto our souls, and bound to us so fast,
That, whether there be shine, or gloom o’ercast,
They alway must be with us, or we die.

(John Keats)


Illustration: Edgar Degas

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Le secret (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration
    
Le secret

Qui étais-je avant
Que serais-je après
Ce bref parcours de vie
Encerclé de mystère ?

J’alerte
Les crédos de l’âme
Je m’attache
Aux menées de l’esprit
Je braconne
Dans les gisements du cœur
Je furète
Parmi les trames du savoir
J’avance
À l’insu des mots
Je malmène
Les dieux et les lois

Impénétrable
Demeure
Le secret.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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