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Poésie

Posts Tagged ‘s’attarder’

TRIANON (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



 

Trianon

TRIANON

Un souvenir royal, mélancolique et tendre,
Erre dans le palais et rôde par l’allée,
Destin à qui la Mort tragique s’est mêlée,
Poudre et fard devenus du sang et de la cendre.

Dans le jardin désert j’entends la hache fendre
Le saule où roucoula la colombe envolée;
Les roses ont fleuri l’ombre du mausolée,
Et le ruisseau s’attarde et le banc semble attendre.

Un souvenir s’accoude au dossier des fauteuils;
Un pas résonne encor sur le marbre des seuils;
Un fantôme au miroir vient sourire et s’efface.

Le bassin se tarit, et les feuilles au fond
Dessinent, sous l’eau noire où leur or s’entrelace,
La couronne d’un chiffre et la lettre d’un nom.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Rester ? tu es folle, pensée ! (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2019



 

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Rester ? tu es folle, pensée !
On serait seul — rien ne dure —
Rester comme une ombre aux croisées,
Comme un portrait qui sourit au mur ?

C’est déjà trop qu’on s’attarde ;
Notre heure est loin sur la route
— Qu’est-ce donc que tu regardes
Là-bas ? Qu’est-ce que tu écoutes ?

Rester ! il ne reste rien
Des rires, des rêves, de l’été…
Ils s’en furent par d’autres chemins.
Je suis las d’avoir été.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Jacek Yerka

 

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Le jour je chantais avec toi (Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Le jour je chantais avec toi
et la nuit nous dormions dans le même lit.
J’oubliais ce qui était jour ou nuit.
Je pensais savoir qui j’étais
mais j’étais toi.

*

Ne t’attarde pas près d’un ami chagrin.
Si tu visites un jardin,
regardes-tu les épines ou les fleurs ?
Consacre plus de temps aux roses et au jasmin.

***

Durante el día estuve cantando contigo.
De noche dormímos en la misma cama.
No consciente ni del día ni de la noche.
Creí saber quién era,
pero yo era tú.

*

No te quedes mucho tiempo con un amigo triste.
Cuando vas a un jardín,
¿miras a las espinas o a las flores?
Pasé más tiempo con las rosas y el jazmín.

***

Durante il giorno cantavo con te.
Di notte dormivamo nello stesso letto.
Non potevo dire se fosse giorno o notte.
Pensavo di sapere chi fossi,
ma ero te.

*

Non sedere a lungo con un amico triste.
Quando sei in un giardino,
osservi le spine o i fiori?
Passa più tempo con le rose e il gelsomino.

***

Durante o dia, contigo cantei.
Na mesma cama, à noite, dormimos.
Do dia ou da noite não tinha consciência.
Pensava saber quem era,
mas eu não era eu, eras tu.

*

Não estejas muito tempo com um amigo triste.
Quando vais a um jardim,
olhas para os espinhos das flores?
Passei mais tempo com rosas e jasmins.

***

During the day I was singing with you.
At night we slept in the same bed.
I wasn’t conscious day or night.
I thought I knew who I was,
but I was you.

***

Do not sit long with a sad friend.
When you go to a garden,
do you look at thorns of flowers?
Spend more time with roses and jasmine.

***

Overdag zong ik met jou
en ‘s nachts sliepen we in hetzelfde bed.
Ik vergat wat dag was of nacht.
Ik dacht dat ik wist wie ik was,
maar ik was jou.

*

Blijf niet lang bij een droevige vriend.
Als je naar een tuin gaat,
kijk je naar doorns of naar bloemen?
Besteed meer tijd aan rozen en jasmijn.

***

Кун бўйи куйлашиб гадоинг бўлдим,
Тунда бир тўшакда фидоинг бўлдим.
Хушимда эмасдим на кундуз, на тун,
Ўзимдан воз кечиб, адоинг бўлдим.

*

Маҳзун дўстинг ила ташвиш оширма,
Боққа кирар бўлсанг, гулгун ёшингда.
Гулнинг тиконига боқмоқ не даркор,
Атиргул, ёсминлар турса қошингда.

***

***

白天我和你一起歌唱。
晚上我们睡在同一张床上。
我没意识到白昼的差异。
我以为我知道自己是谁,
但我就是你。

*

不要和悲伤朋友长久坐一起。
你去花园时,
你看花的刺吗?
花更多时间在玫瑰和茉莉花上。

***

***

Tagsüber sang ich mit dir
und nachts schliefen wir im gleichen Bett.
Ich vergaß was Tag war oder Nacht.
Ich dachte, ich wüsste, wer ich war,
aber ich war du.

*

Bleib nicht lange bei einem traurigen Freund.
Wenn du in einen Garten gehst,
schaust du dir Dornen oder Blumen an?
Verbringe mehr Zeit mit Rosen und Jasmin.

(Rûmî)

Recueil: Ithaca 595
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Portugais John Moyne, Coleman Barks, Maria do Sameiro Barroso / Anglais John Moyne and Coleman Barks / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Tadjik Karim tarjimalari / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Arabe / Allemand Wolfgang KlinckEditions: POINTS

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Ode à la jeune lumière (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Ode à la jeune lumière

En mon pays la lumière
est beaucoup plus que le temps, elle s’attarde
avec une étrange délectation sur les contours
militaires de toute chose, sur les vestiges épurés du déluge

La lumière dans mon pays résiste à la mémoire
comme l’or à la sueur de la cupidité,
elle se perpétue en elle-même, nous ignore
depuis la différence de son être, sa transparence.

Quiconque courtise la lumière avec rubans et tambours
en s’inclinant de-ci de-là selon la ruse
d’une sensualité archaïque, immémoriale,
perd son temps, jette ses arguties aux flots
tandis que la lumière, tout à elle-même, dort.

Car dans mon pays la lumière ne regarde pas
les modestes victoires du sens,
ni les désastres raffinés du sort,
elle s’amuse de feuilles, de petits oiseaux,
de coquillages, de reflets, de verts profonds.

Aveugle, la lumière, dans mon pays,
illumine son propre coeur inviolable
sans se soucier de gains ni de pertes.
Pure comme le sel, intacte, fièrement dressée,
la chaste, démente lumière effeuille le temps.

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA SÉPARATION (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LA SÉPARATION

À la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu,
une paire d’yeux sombres et moites me revient à l’esprit :
Les lèvres compatissantes,
Un regard muet
Poignant dans sa supplication,
Avant de se séparer…
la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu.

Il pleut sans répit avec des éclairs,
Affolé le vent chante dans les bois.
Quelque part dans mon être
S’attarde un gémissement,
Une voix familière
Vient retentir dans mon coeur
A la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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LES OIES (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019


 


 

oies sauvages

LES OIES

Sur la batture de septembre
De l’autre côté des roseaux
Il a neigé de grands oiseaux
Et cela s’ébroue et se cambre

Et s’appelle à grands coups de bec
Et se nomme mâle et femelle
Un petit vent se lève et mêle
Sa musique aux jeux de l’air sec

Et je suis cet ancien chasseur
Qui, ne chassant plus, les regarde
Et rêve et flâne et tant s’attarde
Qu’il rentre seul, à la noirceur.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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La nuit palpite comme un sein alerté (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



la nuit palpite
comme un sein alerté

je dors dans la marée du ciel
son vertige ciselé

nuit errante
ressuscitée perdue
immobile

je rêve d’espaces ivres
d’ailleurs de suds
d’heures désertes

tu poses la main
sur ma peau

les yeux sur l’autre nuit

je rêve de loups rouges
de sang sur les pierres

tu sculptes mon épaule
du sommeil de tes doigts

la nuit bat des paupières
noie mon chant

je rêve de visages
ouverts comme des fleurs

d’oiseaux suspendus
au fil des jours

ma nuit s’attarde

nous nous retrouvons
au coeur d’une nuit nouvelle

(Amina Saïd)

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La page est un territoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
    
La page est un territoire,
routes et hameaux, espaces lacunaires,
la rumeur alentour de la terre d’extase.

Tu ne t’attardes pas aux images,
errant dans la végétation flottante

Des heures, tu es entré dans le regard
intense des mots, parcourant le jour aveugle
par des chemins d’oiseaux tumultueux.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jeunesse (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



Jeunesse

Tes lèvres happent l’étoile
Ton rire force l’été
La liberté est ce silex
Que tu affûtes
Et je recule ô mon fils
Sur l’horizon léger
Et je m’attarde
Pour que jeunesse te soit gardée.

(Andrée Chedid)

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L’ORGUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

orgues

L’ORGUE

Cet instrument
Naît, a lieu et prend place
Sur un lac assez grand
Juste avant les jours où la glace
Se fait débâcle
Et dérive de fond
Percée par le ciseau subtil
Du dernier vent de mars
Un matin,
Voici que mille bouches
Se mettront à chanter.
On les prendra pour une volée d’outardes
Non. C’est trop tôt.
De l’air en cage
Entre la glace et l’eau
Sortira du gosier de l’hiver qui s’attarde
Et cela dit des chants d’été…

Vous y verrez
Algues, poissons, bateaux, voilures,
Mêlés aux mots de la froidure
Avertissement :
L’orgue ne joue qu’une fois l’an.
Emmener les enfants.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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