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Poésie

Posts Tagged ‘s’attendrir’

AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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SI LA PEINE PEUT TE PEINER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: Catherine Besnard
    

SI LA PEINE PEUT TE PEINER

Si la peine peut te peiner,
Le deuil en écho t’endeuiller,
T’attendrir aucune pitié,
Viens-t’en sur l’heure!

Je ne saurais être plus seule
Ni broyer plus noires pensées :
Tant bat pour toi mon coeur usé
Qu’il va se rompre.

Quand je suis méprisée du monde
Et, priant, du ciel rebutée,
Mon ange va-t-il pas m’entendre,
Me consoler?

Si! Tant d’heures à me languir
Avec tant de larmes versées
Vont pour sûr te reconquérir,
Mon bien-aimé!

***

IF GRIEF FOR GRIEF CAN TOUCH THEE

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee,
Come to me now!

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be 1
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee.

And when the world despises,
When heaven repels my prayer,
Will not my angel comfort?
Mine idol hear?

Yes, by the tears I’ve poured thee,
By all my hours of pain,
O I shall surely win thee,
Beloved, again !

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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L’automne (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
L’automne

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l’air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l’été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l’eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l’Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S’en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu’il va transfigurer
Tressaille et s’attendrit de le sentir entrer…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Le cœur innombrable

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La Belle (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
La Belle

Ce que j’ai gagné, c’est la mort.
Transparente, universelle.
Elle a mes yeux ouverts, regarde.
Depuis que je l’ai gagnée, elle me suit…

Elle ne promet rien et donne tout.
Elle fuit ?
Je la cherche.
Je voulais vivre ?
Elle apparaît.

« Je ne t’ai point abandonné, dit-elle.
Je te connais par cœur. »…
Ne nous attendrissons pas.

Rien n’est pressé.
Nous avons le temps.
Personne ne nous attend….

Depuis que je me suis noyé sans le savoir,
je n’ai jamais cessé de faire
de la mousse et de l’écorce.

Très jeune, très vieux, je ne sais,
je joue avec toi comme avec une petite fille.
Je sais seulement que tu es douce
comme la neige qui étouffe…

Je ne savais pas que j’avais à t’aimer.
Ce que j’ai cherché ailleurs, c’est ta jeunesse,
celle qui donne au songe le goût de risquer sa vie.

J’ai failli être immortel.
Quelle blague !…
Si j’ai aimé les fleurs, les fruits, les êtres,
tu me les prêtas.
Je te les rends.

Préparons les noces.
La mariée n’est jamais trop belle.
Fais signe.
Quand tu voudras.

(Jean Malrieu)

 

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Au Pays des Miracles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Jimmy Lawlor

    

Au Pays des Miracles

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

Je ferai ruisseler, fludités sereines,
Entre mes doigts ardents les cheveux des Sirènes.

Je verrai, dans un halo de parfums flottants,
Les fantômes errer sous le bleu du printemps.

J’entendrai les chasseurs étranges des ténèbres,
Les frissons noirs des ifs, le son des cors funèbres.

Auprès de moi, blancheurs de nuage et de jour,
Luiront les visions mortelles de l’amour.

Je pencherai mon coeur sur l’eau de la lagune,
Lorsque s’attendrira le rire de la Lune…

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

(Renée Vivien)

 

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Floréal (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




    
Floréal

JE t’aime dans l’odeur des roses
Mourantes, quand il se fait tard,
Quand, sous tes paupières mi-closes,
S’alanguit ton pâle regard.

Mon âme tendrement troublée
T’aime dans l’odeur des lilas,
Lorsque ruisselle la coulée
Du clair midi sur les fronts las.

O ma Maîtresse, ô mon Amie,
Je t’aime en l’odeur des oeillets…
Le bleu de ta chambre endormie
S’attendrit parmi les regrets…

Dans l’odeur de la violette,
J’aime la grâce de ton corps,
Tandis que le miroir reflète
L’éclat des ambres et des ors.

Dans l’odeur de la tubéreuse,
Je t’aime d’un mauvais désir,
A l’heure où l’aurore amoureuse
Se pâme avec un frais soupir.

Et, dans l’odeur de l’aubépine,
J’aime tes yeux pleins d’éclairs bruns…
O ma Maîtresse, ô ma Divine !
Je te mêle à tous les parfums.

(Paule Riversdale)

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Nacre sur fond d’or (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Nacre sur fond d’or

La forêt s’attendrit à l’écho de ta voix ;
Les lucioles d’or aiguisent leurs lumières ;
Je ceins d’iris ton front de vierge, et je revois
Le frisson blanc de tes paupières.

Mon coeur a réfléchi ton coeur pervers et pur :
Je cueillerai pour toi les roses des allées
Où le couchant s’attarde, ivre d’antique azur
Et de poussières étoilées.

La nacre mêle à l’or ses reflets irisés.
Au loin l’âcre sanglot de la mer s’atténue
Et, sous l’acharnement tiède de mes baisers,
Jaillit la fleur de ta chair nue.

(Paule Riversdale)

 

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Eva (Achille Chavée)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016




Eva

Femme ténébreuse
errante de la mauvaise vertu
errante du bien pour le mal
adroite et décidément maladroite
parmi les rideaux de rêve et de soie
parmi les pains de chaleur de chair et de sang
parmi l’homme dépaysé d’être lui-même
femme dangereuse
légèrement inclinée
dans le vent des miracles
légèrement vêtue dans le vent du péché
légèrement perdue dans l’ouragan de vie
femme qui joues
femme qui ris
femme qui pleures
femme qui veux gagner toujours
une chance en plus que le cœur trouvé
dressée à nous ravir
à joindre notre défaillance
à ne jamais nous oublier
à ne jamais nous délivrer
à nous aimer l’éternité de ses mensonges
femme dressée à se livrer
dans l’ombre d’une science exacte
dans la nuit de notre souffrance
dans l’oubli de notre mission
femme impardonnable et pardonnée
voilà que c’est moi le maudit
qui se prend à te reconnaître
à défendre tes cris de malheur
à redramatiser l’aube de ta passion
à pardonner le sang que tu révèles
à s’attendrir sur ton ventre de vie
à t’aimer plus qu’un désert de diamant

(Achille Chavée)

Illustration: Campos Edson

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Une femme mystérieuse (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Caerulei oculi

Une femme mystérieuse,
Dont la beauté trouble mes sens,
Se tient debout, silencieuse,
Au bord des flots retentissants.

Ses yeux, où le ciel se reflète,
Mêlent à leur azur amer,
Qu’étoile une humide paillette,
Les teintes glauques de la mer.

Dans les langueurs de leurs prunelles,
Une grâce triste sourit ;
Les pleurs mouillent les étincelles
Et la lumière s’attendrit ;

Et leurs cils comme des mouettes
Qui rasent le flot aplani,
Palpitent, ailes inquiètes,
Sur leur azur indéfini.

Comme dans l’eau bleue et profonde,
Où dort plus d’un trésor coulé,
On y découvre à travers l’onde
La coupe du roi de Thulé.

Sous leur transparence verdâtre,
Brille parmi le goémon,
L’autre perle de Cléopâtre
Prés de l’anneau de Salomon.

La couronne au gouffre lancée
Dans la ballade de Schiller,
Sans qu’un plongeur l’ait ramassée,
Y jette encor son reflet clair.

Un pouvoir magique m’entraîne
Vers l’abîme de ce regard,
Comme au sein des eaux la sirène
Attirait Harald Harfagar.

Mon âme, avec la violence
D’un irrésistible désir,
Au milieu du gouffre s’élance
Vers l’ombre impossible à saisir.

Montrant son sein, cachant sa queue,
La sirène amoureusement
Fait ondoyer sa blancheur bleue
Sous l’émail vert du flot dormant.

L’eau s’enfle comme une poitrine
Aux soupirs de la passion ;
Le vent, dans sa conque marine,
Murmure une incantation.

 » Oh ! viens dans ma couche de nacre,
Mes bras d’onde t’enlaceront ;
Les flots, perdant leur saveur âcre,
Sur ta bouche, en miel couleront.

 » Laissant bruire sur nos têtes,
La mer qui ne peut s’apaiser,
Nous boirons l’oubli des tempêtes
Dans la coupe de mon baiser.  »

Ainsi parle la voix humide
De ce regard céruléen,
Et mon coeur, sous l’onde perfide,
Se noie et consomme l’hymen.

(Théophile Gautier)

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

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Par la douce pitié (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



Par la douce pitié

Par la douce pitié qui s’attendrit au pli,
Pourtant dur, de ta lèvre, inaccessible amante,
Saurais-tu donc effacer la marque infamante
Que la vie imprima sur mon front assoupli !

Sois, au moins, la main qui berce, et lorsque a faibli
Mon orgueil, et ce pendant que geint la tourmente,
Abrite-moi comme d’une magique mante,
Des ténèbres de ta chevelure d’oubli ;

Et que de tes yeux la translucide prunelle
Me verse la fraîcheur et la paix solennelle
De la mare endormie en un lit de roseaux.
Mais surtout garde-toi bien close, et taciturne,
Tel que sous le soleil un augural oiseau.
Car mon âme frémit de regarder dans l’urne.

(Jean Moréas)

 

 

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