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Poésie

Posts Tagged ‘sauge’

Millepertuis (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Millepertuis

Le temps a dissipé la blonde silhouette
De mes châteaux de sable aux créneaux sans danger.
De ces châteaux d’enfant j’étais la girouette
Quand je ne savais pas que le temps peut changer.

Mais s’il peut te changer, me changer et me prendre
Ma jeunesse d’hier et notre heure aujourd’hui,
Il n’empêchera pas les saisons de nous rendre
L’iris et l’anémone et le millepertuis.

La jonquille au printemps, l’automne en chrysanthème,
La rose de toujours, la tubéreuse blême,
La sauge en plein été, l’ellébore en hiver,
L’étoile clématite en la nuit qui se sauve,
La glycine de mai dont les larmes sont mauves
Et ce qui se défeuille et ce qui reste vert.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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LUNE GRANDE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Steven Kenny

LUNE GRANDE

La porte est ouverte ;
le grillon chante.
Est-ce toi qui marches,
nue, dans la campagne ?

Comme une eau éternelle,
partout entre et sort.
Est-ce toi qui marches
nue, dans l’air ?

La sauge ne dort pas,
la fourmi est au travail.
Est-ce toi qui marches,
nue, dans la maison ?

***

LUNA GRANDE

La puerta está abierta;
el grillo, cantando.
¿Andas tú desnuda
por el campo?

Como un agua eterna,
por todo entra y sale.
¿Andas tú desnuda
por el aire?

La albahaca no duerme,
la hormiga trabaja.
¿Andas tú desnuda
por la casa?

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Steven Kenny

 

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Les grands jours du poète (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Bouee-sauvetage

Les grands jours du poète

Les disciples de la lumière n’ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.
La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.
La veuve en habits de noces se trompe de convoi.
Nous arriverons tous en retard à notre tombeau.
Un navire de chair s’enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire.
Les flots attendent impatiemment Plus Près de Toi ô mon Dieu!
Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent.
La nuit cachette ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l’exportation.
De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais
ils ne peuvent satisfaire les désirs de la Reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc.
Un commodore anglais jure qu’on ne le prendra plus à cueillir la sauge
la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses
jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu’il me reste à vivre.
De quoi saler l’Océan Pacifique.
Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage.
Parce qu’on ne sait jamais.

(Robert Desnos)

 

 

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Retouche à l’auberge (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017



Illustration: Frederick Luff
    
retouche à l’auberge

dans l’assiette fume une viande bouillie
qui fut un boeuf pas plus haut qu’un jouet d’enfant
des sauges lui taquinaient le ventre
à l’endroit lisse et transparent

un choc de couteaux rappelle une victoire
dans un hiver aveugle
deux verres se heurtent et annoncent l’amour

ils sont tous heureux
sauf un qui se sent encore plus seul
quand se lèvent dans la fumée
des filles pleines d’un alcool jeune

ailleurs le jour est vide

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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Cantiques à la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Adolf von Stademann
    
Cantiques à la lune

Lune qui t’endors à côté des charrues,
Attirant jusqu’à toi, comme d’un sein ouvert,
Les parfums du sillon et des sauges bourrues
Que le soc a fendus aux premiers jours d’hiver.

Tu veilles les troupeaux, broutant près des tourbières
Le thym et les orchis aux grappes de rubis,
Et tu tais tressaillir vers ta molle lumière
Les agneaux enfermés au ventre des brebis.

Lune printanière et maîtresse des germes.
Tu exaltes l’odeur des mares croupissant
Au long des murs d’étable et des portes des fermes
Qu’estompe à ta lueur un ténébreux encens.

Tu fais goûter l’odeur, douce comme une amie,
Qui traverse les toits abritant le bétail.
Celle des bœufs repus, des vaches endormies.
De la paille froissée où plonge leur poitrail.

Tu provoques la forte et sereine ambiance
Qui suinte des blés roux tassés sur les greniers
Et cette odeur de paix, qui donne confiance,
Des meules de fourrage et des tas de fumiers.

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclat de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds.
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée.
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillés.
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon cœur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon cœur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce cœur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié.
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon cœur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre.
Ce cœur comblé de nuit, d’un dieu déshérité.
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres.
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous allons la même route (Robert Marteau)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Nous allons la même route, la mésange et moi:
Elle de fil en piquet, moi posant un pas après l’autre.
Le poney somnole derrière les barbelés. La sauge
Fait des cartes de marine en bordure du pré.
Les vaches, les genêts adoubent de beurre la campagne
Que le ciel embrasse dans la brume. Le frêne penche
Sur la mare ses pendentifs. Le corbeau décortique
Déjà les châtaignes d’automne, éraille le concert
Dont l’agneau se mêle, et le ruisseau qui descend
Du bois vert, triangle incliné dont une pointe touche
L’enclos où la ferme se pose à l’abri des bourrasques.
C’est samedi: le merle saute sous le cerisier.
Les plantes mettent du mauve au sommet de leur tige. Un chien
Jappe. Les grillons signent la partition des oiseaux.

(Robert Marteau)

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Mon frère entre la sauge et l’ombre repose (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



herbier [800x600]

Mon frère entre la sauge et l’ombre
Repose
Que le jour sur le jour
Croise ses liserons
Tu vois
La mort sent l’herbe la rosée
Ton coeur s’est rempli de grillons
Repose
Mon frère entre la menthe et l’ombre
Pour toi
Le temps sèche dans un herbier

Moi au bord de la terre
Je guette encore
Le prochain départ des oiseaux

(Anne Perrier)

Illustration

 

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J’ai bu l’oubli (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2016




J’ai bu l’oubli

Le souvenir, ce n’est qu’un regret apaisé
qui vient flotter comme un parfum de sauge…

Laisse couler le temps sous les doigts de l’horloge…

J’ai bu l’oubli dans un verre brisé…

(Francis Blanche)

Illustration

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Amis sauvages (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016


Amis sauvages

Je parle d’animaux qui n’ont pas de parents
De sourds bondissements inconnus des poitrine

Beaux hommes sangliers
Que j’apaise d’un doigt
La bauge de mes yeux
Est pleine de pervenches
Soulevez les forêts
Et portez-les en moi

Je viens à vous cerviers
Amis des plaines blanches
Longs renards comme un jour
D’automne un peu couvert
Biches dont les flambeaux
Ensoleillent l’hiver

Je viens à vous passants
Du monde invulnérable
Perdrix au songe bleu
Qui laissez en rêvant
Tomber des champs de blé
Au-dessus de ma table

Je viens à toi surtout
Gardienne des chansons
Trésor de la vallée
Fille des sauges douces
Qui trouves pour m’aimer
La chaleur des moissons.

(René-Guy Cadou)

Illustration: William Bouguereau

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La voiture de fleurs (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



La voiture de fleurs

I
L’ivresse des jasmins, la tendresse des roses,
Ces robes, ces figures, ces yeux, toutes les nuances,
Les violettes pâles et les pivoines roses
Où l’amour se pâme avec indolence :

Ainsi s’en va, traîné le long des rues,
Le songe de mes anciens printemps,
Cependant qu’une femme a rougi d’être nue
Dans la foule indiscrète des amants.

Pourquoi ? Tu as senti l’odeur de mon désir ?
Tu as senti la fraîcheur amoureuse des nuées
Tomber sur tes épaules, et le plaisir
Souffler du vent dans tes cheveux dénoués ?

Je ne te voyais pas. Je regardais les femmes et les fleurs
Comme on regarde des étoffes ou des images :
Je me souviens alors de toutes les couleurs
Qui enchantaient mes premiers paysages.

Ces belles fleurs m’apportent des campagnes et des jardins,
Dans leurs aisselles et parmi les plis frais de leurs feuilles,
Je reconnais le goût des filles des chemins,
Du sureau, de la sauge, du tendre chèvre-feuille ;

Je promène mon rêve autour de tes rosiers
Et de tes pavots, parc aux antiques sourires ;
Puis je me glisse à travers la houle de vos halliers,
Bois où mon cœur avec joie se déchire.

II
Je me souviens des bois et des jardins,

Des arbres et des fontaines,
Des champs, des prés et aussi des chemins

Aux figures incertaines.

Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur,

Aimait mon adolescence,
II a toujours l’adorable fraîcheur

Et la chair de l’innocence.

Il a toujours le chant de son ruisseau,

Et les plumes de ses mésanges
Et de ses geais et de ses poules d’eau,

Et le rire de ses anges

Car on entend souvent au fond des bois

Des souffles, des voix frileuses,
Et l’on ne sait si ce sont des hautbois

Ou l’émoi des amoureuses.

Il a toujours les feuilles de ses aulnes

Dont les troncs sont des serpents ;
Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes

Et ses houx aux fruits sanglants,

Ses coudriers aimés des écureuils,

Ses hêtres, qui sont des charmes,
Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils,

Ses cerisiers pleins de larmes ;

Ses grands iris, dans leur gaîne de lin,

Qu’on appelle aussi des flambes,
Ses liserons, désir rose et câlin,

Qui grimpe le long des jambes :

Liserons blancs, aussi liserons bleus,

Liserons qui sont des lèvres,
Et liserons qui nous semblent des yeux

Doux de filles ou de chèvres ;

Beaux parasols semés d’insectes verts,

Angéliques et ciguës ;
Vous qui montrez à nu vos cœurs amers

Belladones ambiguës ;

Blonds champignons tapis sous les broussailles,

Oreilles couleur de chair,
Morilles d’or, bolets couleur de paille,

Mamelles couleur de lait !

Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois

Est un lit et un asile,
Un confident aimable à nos émois,

Une idée et une idylle.

*

Mais un désir me ramène au jardin :

Je retrouve ses allées,
Ses bancs verdis, ses bordures de thym,

Ses corbeilles dépeuplées.

Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers,

Ses myrtes un peu moroses,
Et voici les rubis de ses mûriers

Et ses guirlandes de roses.

Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul,

Dans la rumeur des abeilles,
Et je retrouve, en méditant, l’orgueil,

O sourire, et tes merveilles.

Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir

Et la tendresse des aubes :
Je veux, ayant vécu de l’aube au soir,

Vivre aussi du soir à l’aube.

Le présent rit à l’abri du passé

Et lui emprunte ses songes :
Le renouveau d’octobre a des pensées

Douces comme des mensonges.

O vieux jardin, je vous referai tel

Qu’en vos nobles jours de grâce ;
J’effacerai tous les signes de gel

Qui meurtrissaient votre face.

III

Voilà toutes les fleurs, qui passaient dans les rues,
En ce matin équivoque de mai.
Viens, leurs demeures me sont connues :
Nous les retrouverons aux jardins du passé.

Viens respirer l’odeur jeune de la vieille terre,
Du bois et du grand parc abandonné aux oiseaux.
Viens, nous ferons jaillir de son cœur solitaire
Des moissons de fruits et de rêves tendres et nouveaux.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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