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Posts Tagged ‘s’aveugler’

La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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PARODIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



PARODIE

Se parodiant de siècle en siècle
L’homme oscille
Entre crimes et beauté

Saccageant chaque lueur
Il échafaude des pièges
S’enlise dans la haine
S’aveugle d’obscurités

D’autres fois
Sa parole se partage
Son regard accueille

Son souffle le mène
Jusqu’à l’audace d’aimer.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Nous devenons sourds (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018




    
Nous devenons sourds et sourds,
mais jamais muets.
Mais nous fixons soleils
pour mieux nous aveugler.
Dès lors, nous entendons
frémissements et conciliabules.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Il y a dans le fond quelque chose qui beugle (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Il y a dans le fond quelque chose qui beugle

Que chacun s’observe ou que chacun s’ignore
que chacun se regarde ou que chacun s’aveugle
que chacun se refuse ou que chacun se subodore
il y a dans le fond quelque chose qui beugle

Que l’homme s’envole ou que la femme s’enceinte
que l’enfant pleurniche ou que le vieillard s’aveugle
que le curé fornique ou que la bonne soeur se croie sainte
il y a dans le fond quelque chose qui beugle

(Raymond Queneau)

 

 

 

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Chuchotements (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Chuchotements

Au bord d’un lac glacé, un vestige miroir
S’est dévêtu d’un gel qui ornait sa guêpière
D’un soupir noir, Vénus était beauté d’un soir,
Un secret décoiffé par un fil de lumière.

Un sombre désespoir au regard de satin,
Un esprit engorgé d’acide ! Des étoiles
Aux paupières de sang se sont émerveillées
En s’aveuglant d’un ciel bleu au petit matin.
Chaussés de sable fin les rides sont les voiles
D’un secret s’accrochant à des Lunes fardées.

L’éclat s’est assoiffé de plaisirs élégants,
Les racines de l’âge ont sucré mes entrailles,
Un gout de miel poivré de souvenirs fondants,
Chuchote ainsi l’amour aux douces funérailles.

(James Denis)

 

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Je m’enlise (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Je m’enlise
et volontairement
m’aveugle
et m’assoupis.

On me le reproche !
Et, cependant,
grâce à cela je vis,
je peux vivre en souriant,

sans mécontentement,
sans reproche !
Que le cœur y soit,
peu importe.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration: Henri Matisse

 

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LES MIROIRS (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2015



 

Virna Haffer

LES MIROIRS

Ne te regarde que de biais dans les miroirs de la
mort. Évite leurs eaux noires, leurs ruses,
leurs buées de sang. Qui veut s’y voir, y
boire, va perdre pied, hissé par les cheveux
dans la fureur d’un arbre renversé. Pourtant
ils sont partout, nous le savons, dans le
couloir où tu dénoues ta robe, où tu
te fardes, levant ta main baguée jusqu’à tes
yeux, soudain saisie par la menace au loin
d’une ombre molle. Dans le désert
des chambres quand se déplie le soir. Sur la
fenêtre où flambe un géranium. Dans la rosée
au détour du jardin. Flasques de la forêt,
neige oubliée, rive feuillue, muraille : tout est
frontière, tout est limite opaque qu’il faut
longer, tâtant du doigt le verre, connaissant
sa froideur, l’image obscure et l’appel du
vertige. Il faut savoir alors s’aveugler,
Vite marcher suivant un autre fil, une mince
lumière, ainsi qu’un voyageur égaré suit un chien
rouge qui saute et flaire le vent
et sûrement le guide vers la maison.

(Jean Joubert)

Illustration: Virna Haffer

 

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FUITE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2015



FUITE

ma vie a commencé dans un placard
sous les dépouilles et la poussière
je suçais des morceaux de sucre volés
dehors la lune à petits pas arpentait le toit
ponctuant le début de mon surcroit de vie
replié dans la fragilité de mon aventure
la curiosité me poussa dans l’escalier
mais je butai sur la douzième marche
et les portes ouvrirent des yeux muets
d’effarement devant ma nudité
pendant que je courais sous le ciel indifférent
les mains serrées sur un paquet de peur
une étoile jaune tomba du ciel
et frappa ma poitrine
c’est alors qu’ils m’attrapèrent
et m’enfermèrent dans une boîte
qu’ils trainèrent partout sur la terre
pour figurer ma honte
autour ils se battaient à coup de pierres
et faisaient des étoiles un énorme brasier
tous les jours ils venaient me toucher
mettre leurs doigts dans ma bouche
et me marquer de noir et ce bleu
mais par une fissure dans le mur
je vis un arbre en forme de feuille
et un matin un oiseau me vola dans la tête
je me mis à aimer si fort cet oiseau
que quand mon maître à l’oeil bleu
regarda le soleil et s’aveugla
j’ouvris la cage et cachai
mon coeur dans une plume jaune

***

ESCAPE

my life began in a closet
among empty skins and dusty hats
while sucking pieces of stolen sugar
outside the moon tiptoed across the roof
to denounce the beginning of my excessiveness
backtracked into the fragility of my adventure
curiosity drove me down the staircase
but I slipped on the twelfth step and fell
and all the doors opened dumb eyes
to stare impudently at my nakedness
as I ran beneath the indifferent sky
clutching a filthy package of fear in my hands
a yellow star fell from above and struck my breast
and all the eyes turned away in shame
then they grabbed me and locked me in a box
dragged me a hundred times over the earth
in metaphorical disgrace
while they threw stones at each other
and burned all the stars in a giant furnace
every day they came to touch me
put their fingers in my mouth
and paint me black and blue
but through a crack in the wall
I saw a tree the shape of a leaf
and one morning a bird flew into my head
I loved that bird so much
that while my blue-eyed master
looked at the sun and was blind
I opened the cage and hid my heart
in a yellow feather

(Raymond Federman)

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