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Trouve l’Amour de tous les commencements (Dîn Doyal)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2023



    

Trouve l’Amour de tous les commencements,
Connais-le,
Alors chaque jour est émotion durable
Jamais ne se rompra le commencement.
Si le doux sage joue, subtil, du Plein Amour,
Pierre précieuse,
Lotus flottant sur le lac,
Alors la lune s’élève dans le ciel bleu,
L’étoile accrochée,
Les deux prises l’une à l’autre ;
Deux lettres enlacées pour être,
Trois pour le rituel,
L’extase portée vers.

L’Amour agit
Si tu sais mourir vivant à l’Amour,
Immortel tu deviendras dans le monde mortel

Trouve l’Amour de tous les commencements,
Connais-le.

(Dîn Doyal)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHANSON AU BOUT DU MONDE (Satprem)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2023



Illustration: Rabi Khan
    
LA CHANSON AU BOUT DU MONDE

J’ai aimé
J’ai aimé tant de choses qui passent

J’ai aimé le grand vent
et le ressac
et l’oiseau libre sur son rocher
J’ai aimé ce tendre visage
et cette mère comme le large
j’ai aimé
j’ai aimé tant de choses qui passent

Mais ce vent me disait autre chose et ce
visage me souriait d’ailleurs et cet
oiseau volait par mon coeur
depuis
depuis des âges

J’ai aimé
J’ai aimé tant d’infortunes
et promené un chagrin comme les âges

Et j’ai aimé enfin
ce qui battait dans mon cœur
partout
ce qui chantait dans mes chagrins
partout
ce qui souriait dans tout

J’ai aimé Toi qui es mon voyage et mon grand large
et mon océan au bout des peines et des chemins

Ô Toi, mon oiseau
si vieux
si chantant toujours
je ne savais pas
je ne savais pas
que je t’aimais toujours
depuis toujours

Tu es mon ciel et mon enfer et ma joie et ma peine
et ce qui chante toujours-toujours

Avec un cri aussi
de ne pas t’avoir aimé toujours
de n’avoir pas su
ce que je savais depuis des âges
avec les rochers et le ressac
et le n’importe quoi
qui passe
qui passe
qui est toujours

(Satprem) (1923-2007)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉTREINTES (Mâgha)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2023



Maria Amaral
    
ÉTREINTES

Embrassée par son bien-aimé,
on eût dit qu’elle eût envie d’entrer chez lui
jusqu’au milieu du coeur : peut-être, en vérité !
Ne savait-elle pas qu’en lui-même
il lui réservait une demeure perpétuelle.

Rempli des eaux de l’amour,
le corps de la femme portait sans doute en soi une source,
car dans les bras de son amant qui l’étreignait avec vigueur,
l’eau, ayant d’abord mouillé sa robe, en tombait comme une pluie.

(Mâgha) (VIIe siècle)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô grand-mère (Mundhr Masri)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2023




    
Ô grand-mère
sais-tu que les deux tiers du corps de l’homme
sont de l’eau?

– certes, mais
ses deux tiers
sont plutôt de larmes…

(Mundhr Masri)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Je pense que je pense et d’y penser je suis (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2023



Illustration: Salvador Dali
    
Je pense que je pense et d’y penser je suis
Et ne suis parce que je pense
Et ce triste savoir embrouille ma science
Ajoute une nuit à mes nuits.

Que ne suis-je sans être et sans une mémoire
Mêlant le demain et l’hier
Et qui déroule en moi cette mouvante moire
Dangereuse comme la mer.

Mieux me va le sommeil et son vague mélange
Où je ne me charge de rien
Et son théâtre obscur dont la pièce me change
En un moi qui n’est plus le mien.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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Ne sachant pas quand l’Aube viendra (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2023



Illustration: Marc Chagal
    
Ne sachant pas quand l’Aube viendra,
J’ouvre toutes les Portes,
Peut-être a-t-elle des Plumes, comme un Oiseau,
Peut-être des Vagues, comme un Rivage —

***

Not knowing when the Dawn will come,
I open every Door,
Or has it Feathers, like a Bird,
Or Billows, like a Shore —

(Emily Dickinson)

 

Recueil: Ses oiseaux perdus
Traduction: de l’américain par François Heusbourg
Editions: Unes

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Ceux — qui mouraient alors (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2023



Illustration: Van der Weyden
    
Ceux — qui mouraient alors,
Savaient où ils allaient —
Ils allaient vers la Main Droite de Dieu —
Cette Main est aujourd’hui amputée
Et Dieu est introuvable —

***

Those — dying then,
Knew where they went —
They went to God’s Right Hand —
That Hand is amputated now
And God cannot be found —

(Emily Dickinson)

 

Recueil: Ses oiseaux perdus
Traduction: de l’américain par François Heusbourg
Editions: Unes

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Le port (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023



Illustration: Takahiro Hara
    
Le port

Déchiré par les orages de l’amour
et ressoudé par les accalmies
de l’amour,

me voilà allongé dans un port
qui ne sait pas
où ton corps se termine
et où mon corps commence.

Des poissons nagent entre nos côtes
et des mouettes crient comme des miroirs
après notre sang.

***

The Harbor

Torn apart by the storms of love
and put back together by the calms
of love,

I lie here in a harbor
that does not know
where your body ends
and my body begins.

Fish swim between our ribs
and sea gulls cry like mirrors
to our blood.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Comètes (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Comètes

Il y a des comètes
qui traversent en un éclair
nos bouches, elles portent
la grâce
d’océans et de galaxies.

Dieu sait
que nous essayons de faire de
notre mieux.

Il y a des comètes
liées à des produits chimiques
qui télescopent nos langues
pour se consumer dans
l’air.

Je sais
que nous essayons.

Il y a des comètes
qui se rient de nous
de derrière nos dents,
elles portent des habits
de poissons et d’oiseaux.

Nous essayons.

***

Comets

There are comets
that flash through
our mouths wearing
the grace
of oceans and galaxies.

God knows,
we try to do the best
we can.

There are comets
connected to chemicals
that telescope
down our tongues
to burn out against
the air.

I know
we do.

There are comets
that laugh at us
from behind our teeth
wearing the clothes
of fish and birds.

We try.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Il pleut en amour (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Il pleut en amour

Je ne sais pas ce qui se passe,
mais je ne me fais pas confiance
quand je commence à beaucoup aimer
une fille.

Ça me rend nerveux.
Je ne dis pas ce qu’il faut
ou peut-être que je commence
à examiner,
évaluer,
calculer
ce que je suis en train de dire.

Si je dis : « Tu crois qu’il va pleuvoir ? »
et qu’elle me dit : « Je ne sais pas », je me mets
à gamberger : je lui plais vraiment ?

Autrement dit
je deviens un peu lourd.

Un de mes amis a dit un jour :
« C’est vingt fois mieux d’être ami
avec quelqu’un
plutôt que d’en tomber amoureux. »

Il a raison, à mon avis, et à côté de ça
il pleut quelque part,
ça programme des fleurs
et ça rend les escargots heureux.
Tout ça, c’est réglé.

MAIS

Si une fille m’aime beaucoup
et commence à être vraiment nerveuse
et soudain se met à me poser de drôles de questions
et a l’air triste si je donne les mauvaises réponses
et me dit des trucs du style :
« Tu crois qu’il va pleuvoir ? »
et que je dis : « Je n’en sais rien »
et qu’elle dit : « Oh »,
et prend son petit air triste pour regarder
le ciel bleu clair de Californie,
je pense : Dieu merci, c’est toi, baby, cette fois-ci,
et non pas moi.

***

It’s Raining in Love

I don’t know what it is,
but I distrust myself
when I start to like a girl
a lot.

It makes me nervous.
I don’t say the right things
or perhaps I start
to examine,
evaluate,
compute
what I am saying.

If I say, « Do you think it’s going to rain? »
and she says, « I don’t know »,
I start thinking: Does she really like me?

In other words
I get a little creepy.

A friend of mine once said,
« It’s twenty times better to be friends
with someone
than it is to be in love with them. »

I think he’s right and besides,
it’s raining somewhere,
programming flowers
and keeping snails happy.
That’s all taken care of.

BUT

if a girl likes me a lot
and starts getting real nervous
and suddenly begins asking me funny questions
and looks sad if I give the wrong answers
and she says things like,
« Do you think it’s going to rain? »
and I say, « It beats me »,
and she says, « Oh »,
and looks a little sad
at the clear blue California sky
I think: Thank God, it’s you, baby, this time
instead of me.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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