Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘savoir’

EXIL (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




EXIL

Cette manie de me savoir un ange,
sans âge,
sans mort où me vivre,
sans piété pour mon nom
ni pour mes os qui pleurent à la dérive.

Et qui n’a pas un amour ?
Et qui ne jouit pas parmi des coquelicots ?
Et qui ne possède pas un feu, une mort,
une peur, une chose horrible,
même avec des plumes,
même avec des sourires ?

Sinistre délire que d’aimer une ombre.
L’ombre ne meurt pas.
Et mon amour
n’embrasse que ce qui flue
comme lave de l’enfer :
une loge secrète,
fantômes en douce érection,
prêtres d’écume
et surtout anges,
anges radieux comme des couteaux
qui se lèvent dans la nuit
et dévastent l’espérance.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Delvaux

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aime le brouillard (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Caroline Duvivier

    

J’aime le brouillard, tu le sais

Ses épaisseurs lumineuses
Ses taches de mort calme dans l’antre du jour

Et tu sais aussi que j’aime le brouillard
parce qu’il ressemble À ce regret qui est en moi
Entre l’heure et la mémoire
Quand j’ai la vertu de regarder ma mort
Les claires ruines et tout l’après
Où je n’aurai plus de structure
Où il n’y aura plus de langage, plus de formes

même ombreuses
Plus d’arête

aucune catégorie dans le vide
Aucun vide du vide

J’aime le brouillard de m’y faire réfléchir
S’il ressemble tant soit peu à ce destin

défaisant mon heure
Dans le vœu de l’instant et du rien

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu ne pourras jamais cueillir (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



Illustration    
    
Tu ne pourras jamais cueillir à flanc d’abîme
Ces fleurs qui tremblent dans le vent
Qui souffle en bas dans le torrent,
Mais si tu tombes, les frôler,
Savoir un instant leur parfum
Avant le gouffre et les voyages
Sans fleurs, sans ciel, sans paysages.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La solitude (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018




    
Vous savez, la solitude, je dirais presque que ce n’est qu’un mot.
On n’en veut pas, de la solitude. La solitude, c’est pour penser aux autres.
Je n’ai jamais tant pensé aux autres que quand j’étais seul.
Alors peut-on appeler ça de la solitude ?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Les Heures lentes
Traduction:
Editions: Arléa

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA PAYSANNE (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
LA PAYSANNE

Âpre, cette femme dit n’aimer personne, mais ce n’est pas vrai.
Elle est dure,
Se défend pied à pied.
Elle mourra dans cette lumière, adossée au néant.
Humilié de sa défaite
Son corps voudrait gémir. Elle le châtie,
Et tient, au creux de la poitrine, une fleur crispée
Sans savoir qu’elle est son offrande.

(Jean Malrieu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vent est de passage (André Schmitz)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
Le vent est de passage
(l’inconnu, celui qui surgit
d’une brèche dans l’horizon).

Nous l’invitons à table.
Sa langue de feu fascine les enfants
son habit trouble les robes.

On voit le vin s’agiter dans ses veines.
On sent une folie nouvelle
circuler dans les sangs.

On se parle en toutes sortes de langues.
On ne comprend rien
mais on va peut-être tout savoir.

(André Schmitz)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DES AMBITIONS RÉDUITES (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: Frédérique Manley
    
DES AMBITIONS RÉDUITES

Quand j’aspirais à l’amour, à la gloire,
A la fortune, au savoir, au salut,
Je soupirais après force et mémoire
Et chance, et grâce : et soupir ne valut.

Quand j’aspirais… Maintenant je n’aspire
A rien de plus qu’à ne plus aspirer.
La seule chose après quoi je soupire,
C’est de n’avoir après, quoi soupirer.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les saisons de passage (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Les saisons de passage

La terre a-t-elle un nom de l’autre côté d’ici
Voici enfin le jour où il me faut savoir
Je déserte comme l’oiseau pour ses noces
Que lui importe les toits et sous les toits la vie

L’amour a-t-il un nom de l’autre côté d’ici
Et cette liberté notre risque et notre mesure
La brèche donne-t-elle sur l’aube donne-t-elle
sur la nuit

Mais voilà l’instant où je rejoins les choses
Un appel une blessure ou la rose ont suffi
Et je suis en ta main
Terre ma terre aimée mon enjeu et ma cause.

(Andrée Chedid)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’entaille (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    
L’entaille

Toujours trop purs et cette fièvre
tant de douceur qui nous dit bois
et quand la peur dénoue ses doigts
le verre éclate dans nos lèvres

ce sang sur le dos de la main
depuis longtemps sait le chemin :
de la caresse vient la gifle
l’entaille noire en haut du coeur.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aime ce que je vois (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



J’aime ce que je vois parce que je cesserai
Un jour ou l’autre de le voir.
Je l’aime aussi parce qu’il est.

Dans cet intervalle placide où je suis ma propre fiction,
D’aimer, bien plus que d’être,
J’aime qu’il y ait tout et que je sois.

Mieux ne sauraient m’offrir, s’ils revenaient,
Les dieux primitifs
Car eux non plus ne savent rien.

(Fernando Pessoa)

Illustration: David Brayne

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :