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Un jour nous ne pourrons plus partir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Un jour nous ne pourrons plus partir.
Subitement, il se fera tard.
Il ne sera pas important de savoir
d’où venait et où allait le voyage.
Peut-être vers l’autre extrémité du monde
ou seulement de soi vers son ombre.

Nous dessinerons alors la figure d’un oiseau
et nous la clouerons au-dessus de la porte
comme blason et mémento,
afin de rappeler que l’ultime départ
n’existe pas non plus.

Et la lance,
qui était déjà clouée au sol,
ne s’enfoncera qu’un peu plus.

***

Un día ya no podremos partir.
Repentinamente, se habrá hecho tarde.
No importará desde dónde
o hacia dónde era el viaje.
Tal vez hacia el otro extremo del mundo
o sólo desde uno hacia su sombra.

Dibujaremos entonces la figura de un pájaro
y la clavaremos encima de la puerta
como blasón y memento,
para recordar que tampoco existe
la última partida.

Y la lanza,
que ya estaba clavada en el suelo,
sólo se hundirá un poco más.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il n’y a pas de fin heureuse (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration
    
Il n’y a pas de fin heureuse.

Au milieu,
le bonheur est improbable
et s’il survient,
il a presque toujours les yeux bandés.

À la fin,
les yeux n’ont pas besoin de bandeaux
pour ne pas voir.

Ne pas voir et ne pas être heureux
composent l’ultime équation.
Les autres équations possibles
tombent derrière la pensée
comme si un terrain plus fertile
les eût attendues là.

Il n’y a pas de fin heureuse.
La place du bonheur
a été occupée par un appel.
Et on ne sait même pas
si l’appel s’entend jusqu’à la fin.

***

No hay final feliz.

En el medio,
la felicidad es improbable
y si aparece
tiene casi siempre los ojos vendados.

Al final,
los ojos no necesitan vendas
para no ver.
No very no ser feliz

componen la última ecuación.
Las otras ecuaciones posibles
se caen detrâs del pensamiento,
como si alti las aguardara
un terreno más fértil.

No hay final feliz.
El lugar de la felicidad
lo ha ocupado un llamado.
Y ni siquiera sabemos
si el llamado se oye hasta el final.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Nous bougeons entre des signaux incomplets (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Nous bougeons entre des signaux incomplets
dont nous ignorons le sens.
Nous ne savons pas qui les a tracés
ni si nous pouvons les effacer.

Ils nous accompagnent comme des mots furtifs,
se superposent à ce que nous voyons,
rajoutent des gestes aux choses,
collent des signes au vide, nécessitant peu d’espace.

Mais parfois nous sentons que l’un d’eux
se réveille en nous, nous réveille,
nous mène à quelque chose qui est plus que le sens
mais aussi à quelque chose qui l’est moins.

Des signaux qui nous marquent le temps,
strict labyrinthe vers rien.
Ou peut-être vers une sortie
qui n’a pas de signaux.

***

Nos movemos entre señales incompletas,
cuyo sentido ignoramos.
No sabemos quién las trazó,
ni tampoco si podemos borrarlas.

Nos acompañan como palabras furtivas,
se superponen a todo lo que vemos,
le agregan gestos a las cosas,
le pegan signos al vacío, casi no necesitan espacio.

Pero a veces sentimos que una de ellas
se despierta en nosotros, nos despierta,
nos lleva a algo más que el sentido,
aunque a veces también hacia algo menos.

Señales que nos marcan el tiempo,
estricto laberinto hacia nada.
O tal vez hacia alguna salida
que no tiene señales.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il n’y a pas de saut dans le vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019




    
Il n’y a pas de saut dans le vide.

Même si les anges n’existent pas pour nous soutenir
ni non plus des traverses de la pensée,
ni des relativisations ou des absolus
qui puissent nous retenir par les bras.

Il faut par avance gagner le vide,
le coloniser avec nos abandons
comme s’il était un territoire dépouillé
ou une nouvelle liberté jamais exercée.
Et cultiver à l’intérieur ses fragments flottants
qui s’entremêlent aux choses
pour leur apprendre à ne pas être.
Et presque sans le savoir
arriver à aimer le vide.
Ce qui est aimé nous soutient,
même si cela nous pousse vers l’abîme.

Un vide aimé
ne peut pas nous abandonner.
Et dans un vide non aimé
il n’est même pas possible de sauter.

***

No hay salto al vacío.

Aunque no existan ángeles para sostenernos,
ni tampoco travesaños de pensamiento,
ni relativizaciones o absolutos
que puedan retenernos de los brazos.

Hay que ganar el vacío desde antes,
colonizarlo con nuestros abandonos
como si lisera un despojado territorio
o una nueva libertad nunca ejercida.
Y cultivar adentro sus fragmentos flotantes,
que se entreveran con las cosas
para enseñarles a no ser.
Y casi sin saberlo,
llegar a amar el vacío.
Aquello que se ama nos sostiene,
aunque también nos empuje hacia el abismo.

Un vacío que se ama
no puede abandonarnos.
Y a un vacio que no se lo ama
no es posible ni siquiera saltar.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les livres me regardent (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Les livres me regardent des étagères,
ils me regardent mais n’ont pas besoin de moi.
Leurs regards muets
pourraient regarder ailleurs.

Personne n’a besoin de moi,
pas même moi n’ai besoin de moi,
mais quelque chose au fond de moi a besoin d’autre chose.

Personne n’a besoin de nous.
Pas même un dieu n’aurait besoin de dieu.
Mais au fond de tout quelque chose a besoin de quelque chose.
Et nous le savons.

***

Los libros me miran desde sus estantes,
me miran pero no me necesitan.
Sus miradas calladas
podrían mirar otra cosa.

Nadie me necesita,
ni siquiera yo me necesito,
pero hay algo en mi fondo que necesita otra cosa.

Nadie nos necesita.
Ni siquiera un dios necesitaría a dios.
Pero en el fondo de todo hay algo que necesita algo.
Y nosotros lo sabemos.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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DEMANDES (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
DEMANDES

De tes petites mains serrées
et tu ne sais pas si tu as le droit
avant de t’endormir
tu vas demander tout doux

que les hiboux ne pleurent pas
que tu n’aies plus de chagrin
que la clef ne ferme pas
mais ouvre

et que tout soit là
pour l’arrivée des rêves
pour qu’ils puissent entrer
et sortir

De tes petites mains serrées
et tu ne sais pas si tu as le droit
avant de t’endormir
tu demanderas tout cela

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Entre celui qui donne et celui qui reçoit (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2019




    
Entre celui qui donne et celui qui reçoit,
entre celui qui parle et celui qui écoute,
il y a une éternité inconsolable.
Le poète le sait.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fragments verticaux
Traduction:
Editions: José Corti

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Qu’est-ce qui se cache derrière les couleurs ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Qu’est-ce qui se cache derrière les couleurs ?
Est-ce l’absence de la couleur et de la lumière ?
Ou peut-être une autre couleur inconnue ?
Ou simplement
un commencement des choses que nous ne savons pas ?

Car toute couleur dissimule quelque chose,
le revêt d’un jeu pour l’oeil,
d’une chanson qui ne se chante pas,
d’une consolation dans les ombres.

Mais s’il existe une autre couleur de fond,
y aura-t-il aussi un oeil qui la voie ?
Ou derrière les couleurs n’y a-t-il rien d’autre qu’un oeil
qui nous regarde à travers elles ?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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