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Poésie

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Les incendies se succèdent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Artem Chebokha   
    
Les incendies se succèdent dans la nuit
découvrant ce que les murs ont de hagard,
ce que le regard de l’homme a d’inutile
quand il se mesure à la hauteur du ciel.

A peine éveillé, je me trouve à un carrefour
parce que les carrefours avancent avec moi,
avancent avec celui que mon coeur fait
pour que la mort arrive sans erreur jusqu’à lui.

Les mains sont faites pour être devant le visage
des barreaux de prison.
Ne cherche pas la rue par où tu crois fuir:
le poids du sang est partout le même.

La mémoire est là, dressée comme une statue
à chaque détour où je m’engage pour trouver l’oubli.
Tout brûle et le monde se tord comme des entrailles
où le jour fait en se levant un bruit de baiser.

Il faudra des siècles de ce moment de clarté
pour que je sache comment peut naître la joie.
Il faudra me pencher sur ce gouffre
d’où l’air respire à toutes les sources de l’espace
pour sentir la fraîcheur d’un seul visage de femme.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Mains sur un Front de Malade (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
C’est l’imposition fraîche et lente des mains
Sur mon front que remplit l’horreur des lendemains,
O bénédiction suave de ses mains !

Les douces mains de femmes ont des gestes de prêtre
Et répandent en vous la paix et le bien-être,
La consolation que vient donner le prêtre !

Elles n’apprennent point le geste qui guérit,
Elles l’ont toujours su… Dans l’horreur de la nuit
Cette imposition très calme nous guérit…

Apaise mon grand mal, de tes mains secourables,
Tandis que l’heure glisse aux sabliers des sables,
Car le bienfait me vient de tes mains secourables !

Donne-moi ta fraîcheur et donne-moi ta paix !
Et calme le démon qui sur moi se repaît,
En signant sur mon front le geste de la paix !

(Renée Vivien)

 

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Ton corps est la seule lumière (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




Illustration: Albert Angus MacDonald
    
Ton corps est la seule lumière
que reconnaît mon regard
Il est plus beau sur mon lit
qu’un ciel de joie sur le monde.

Tous les chemins conduisent à ton sexe
dernière impasse avant la mort
mais impasse où ma vie prend un sens
qu’aucune morale n’a pu lui donner.

En pressant ta chair contre ma chair
je sais pourquoi la terre est gonflée de collines,
pourquoi elle chavire sous les forêts,
pourquoi elle accourt vers une source qui naît.

A chaque baiser, ma nuit prend fin
et dans mes veines s’écoule toute la mer
Ton corps est une haute tige
qui, ployée, livre son printemps.

Je te vois dans le regard de toutes les femmes.
J’oublie que tu n’existes qu’entre mes bras
L’espace perd son pouvoir de distance :
tu es si belle, veillée par tes paupières.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Si loin (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration

    

Si loin de ton regard et de ta vie
je ne retrouve plus les pas
qui me conduisaient vers toi.
Je ne peux plus m’enfermer

dans tes mains, ni dans ton sommeil.
Quelques lettres toujours pareilles
vont de l’un à l’autre
comme autant de géants sans voix.

Tu es pour mon coeur, pour ma bouche
pour le pantin désarticulé de ma vie
une brûlure toujours plus forte
qui ne les réchauffe pas.

Je cherche en vain, sans jamais me rendre,
à te reconnaître, à te reprendre.
Je ne sais même plus la place
que tu tenais entre mes bras.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le rouge-gorge est au jardin (Robert Gélis)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Le rouge-gorge est au jardin.
Je le sais, je l’ai vu.
Le chat aussi.

(Robert Gélis)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Tu es trop petit (René Maublanc)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



chaton 5

Tu es trop petit, chaton, pour savoir.
Ne mords pas là-dedans :
C’est ta queue.

20 Juillet 1917.

(René Maublanc)

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La fraîcheur des mots, le sentiment simple (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


 

La fraîcheur des mots, le sentiment simple,
Si nous les perdions, nous deviendrions
Des peintres sans yeux, des acteurs sans voix,
De belles femmes sans beauté.

Mais ne tente pas de garder pour toi
Ce dont les Cieux t’ont fait présent.
Nous sommes condamnés – nous le savons –
A dissiper, et non à amasser.

Marche tout seul et guéris les aveugles,
Pour éprouver quand vient l’heure du doute,
La raillerie méchante des disciples
Et l’indifférence de la foule.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Je ne sais si tu es vivant ou mort (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Je ne sais si tu es vivant ou mort,
Si l’on peut te chercher sur la terre
Ou seulement, quand on médite, sur le soir,
Sur celui qui n’est plus pleurer dans la lumière.
Tout est pour toi: la prière de chaque jour,
La fiévreuse langueur de l’insomnie,
La troupe blanche de mes vers
Et le brasier bleu de mes yeux.
Personne n’est plus proche de mon coeur,
Personne ne m’a fait autant souffrir,
Même celui qui m’a vouée à la torture,
Même celui qui m’a aimée et oubliée.

(Anna Akhmatova)

 Illustration: Arthur Braginsky

 

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Un bateau peut être mis à l’abri (Chang-Tzu)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Un bateau peut être mis à l’abri dans une crique ;
une nasse mise à l’abri dans un lac,
mais à minuit un homme robuste peut venir et les emporter.

L’ignorant ne sait pas que
quels que soient les lieux où vous mettez un objet à l’abri,
les plus petits dans les plus grands,
ce que vous avez caché peut disparaître et vous être enlevé.

Mais si vous cachez l’univers dans l’univers,
ce qui vous était précieux ne risque pas de vous être enlevé,
et ce que vous possédez est à vous pour toujours.

Donc, le sage sait que la séparation n’est pas possible
et que ce qui est perdu n’est pas vraiment perdu.

(Chang-Tzu)

 

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Ce que je sais (Saint Bernard)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Ce que je sais de la science de Dieu et des Écritures,
je l’ai appris dans les bois et les champs.
Je n’ai pas d’autres maîtres que les hêtres et les chênes.

(Saint Bernard)

 

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