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Posts Tagged ‘savourer’

VIEILLIR (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Jean-Baptiste Besnard

VIEILLIR

A force d’être jeune, on devient vieux.
Les ans passent trop vite et l’on ignore
Si un monde meilleur existe encore
Ou s’il est exilé en d’autres lieux.
Un été se termine et c’est l’automne
Dont la splendeur annonce un autre hiver.
Les arbres dépouillés ne sont plus verts
Et le décor paraît bien monotone.
Il nous faudrait, d’après l’auteur ancien,
Sans attendre cueillir toutes les roses.
La vie ne suffit pas à un païen
Pour pouvoir savourer toutes les choses.
Et je croyais triompher du destin,
Me réchauffer toujours près de la flamme
Mais, froid, j’avais déjà perdu mon âme,
Convive repoussé hors du festin.

(Jean-Baptiste Besnard)

Son blog ici: https://jeanbaptistebesnard.wordpress.com/
 

 

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LE LIVRE DU POURQUOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019



 

Edmund Dulac dreamer_of_dreams_p

LE LIVRE DU POURQUOI

Quand vint l’été, son soleil et ses mouches,
Je savourais des mots, je savourais
Le plaisir d’être — oubliant les microbes
Et la morsure et la lèpre et le vent.

Sur le versant du fjord, amère étoile
Se dissolvant au soleil de minuit,
J’imaginais de longues nuits polaires
Tandis qu’un ours léchait ma peau, ma peau.

J’aimais les corps, leur nudité sans herbe,
Le doute aussi trop prompt à me trahir
Et je luttais pour un muscle, une artère,
Un morceau d’ongle oublié par les jours.

(Robert Sabatier)

Illustration: Edmund Dulac

 

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Les pas lointains (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Les pas lointains

Mon père dort. Son auguste visage
figure un coeur serein ;
il est maintenant si doux…
s’il est en lui quelque chose d’amer, ce doit être moi.

Il y a de la solitude au foyer; on prie;
et pas de nouvelles des enfants aujourd’hui.
Mon père s’éveille, ausculte
la fuite en Égypte, l’adieu apaisant.
Il est maintenant si proche;
s’il est en lui quelque chose de lointain, ce doit être moi.

Et ma mère se promène là-bas dans les jardins,
savourant une saveur désormais sans saveur.
Elle est maintenant si suave,
si aile, si départ, si amour.

Il y a de la solitude au foyer sans tumulte,
sans nouvelles, sans vert, sans enfance.
Et s’il est quelque chose de brisé ce soir,
et qui descend et qui grince,
ce sont deux vieux chemins blancs, courbés.
Mon coeur les parcourt à pied.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Le nom (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Le nom

Je vous aime vous et votre nom séparément
personnes séparées
Je vous aime vous et votre nom pour
des raisons différentes
Je ferme les yeux et je suis avec votre
nom Je les ouvre et je vous trouve
Je ferme les yeux et
je suis avec vous je les ouvre et je trouve votre nom

Ah c’est
une longue histoire dont je ne puis raconter qu’un petit bout
Il était une fois votre nom et une route
Votre nom était tout seul sur la route Il savait que j’allais
passer par là et il m’attendait
C’est arrivé comme ça Je suis passée
Vraiment par hasard Nous nous sommes dit bonjour
Et sommes restés côte à côte Nous n’avons pas dit pour toujours
comme les amants d’autrefois mais nous avons écrit au fond de
la mer ou dans le repaire de l’arbre qui nous abrita jusqu’à
l’aube quelque chose d’autre
qui voulait dire la même
chose

Nous sommes partis nous perdant de vue Mais
inespérément un jour votre nom vient de nouveau
à ma rencontre Il me monte de nouveau aux lèvres

je savoure de nouveau toutes ses syllabes ses consonnes et
ses voyelles une à une je reconnais leurs sons
leurs contours
dans ma gorge dans ma peau dans mon sang
Puis
nous sommes partis chacun de notre côté sans plus nous voir
jusqu’au jour où de nouveau
à un autre virage du temps
votre nom
Là toujours vivants
les arêtes
le stylet des semi-voyelles
Et par-dessus le pic de la plus
escarpée de la plus seule
la petite goutte de sang jamais
coagulé avec laquelle au-delà de la mort tu m’assistes
adolescent tu me souris
et quelque peu impatient
tu m’attends
Toi
le véritable détenteur
du nom

***

O nome

Gosto de si e do seu nome separadamente
pessoas separadas
Gosto de si e do seu nome por
razôes diferentes
Fecho os olhos e estou corn o seu
nome Abro-os e encontro-o a si
Fecho os olhos e
estou consigo abro-os e encontro o seu nome

Ah é
uma historia comprida de que so posso contar um
bocadinho
Era uma vez o seu nome e uma estrada
O seu nome estava sozinho na estrada Sabia que eu
ia passar por ele e esperava-me
Assim foi passei
Tâo por acaso Dissemos bom dia um ao outro
E ficâmos lado a lado Nâo dissemos para sempre como
os amantes de antigamente mas escrevemos no fundo
do mar ou na toca da ârvore que nos deu abrigo até de
madrugada qualquer coisa outra
que queria dizer
a mesma coisa

Partimos e perdemo-nos de vista Mas
inesperadamente um dia o seu nome vem de novo
ao meu encontro Sobe-me de novo aos lâbios

Saboreio-lhe de novo todas as sîlabas as consoantes e
as vogais uma por uma reconheço-lhes o som
os contornos
na garganta na pele no sangue
Depois
fomos à vida cada um à sua e deixàmos de nos ver
Até que um dia de novo
a outra esquina do tempo
o seu nome
Là estâo elas sempre vivas
as arestas
o estilete das semi-vogais
E por cima do pico da mais
ingreme da mais sô
a gotinha de sangue nunca
coagulada corn que para além da morte me assistes
adolescente me sorris
e um tanto impaciente
me esperas
Tu
o verdadeiro detentor
do nome

(Teresa Rita Lopes)

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L’ÉCART (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Aat Verhoog (14)

L’ÉCART

Souvent j’habite mon corps
jusqu’aux creux des aisselles
Je me grave dans ce corps
jusqu’aux limites des doigts
Je déchiffre mon ventre
Je savoure mon souffle
Je navigue dans mes veines
à l’allure du sang

Sur mes pommettes la brise prend appui
Mes mains touchent aux choses
contre ma chair ta chair m’établit

Souvent d’être mon corps
J’ai vécu
Et je vis

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je l’entrevois
martelé par les jours
assailli par le temps

Souvent d’un point sans lieu
J’assourdis mon histoire
De l’avant à l’après
je conjugue l’horizon

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je le distance

Et de cet écart même
en alternance
Je vis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Aat Verhoog

 

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Exil doré (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Duy Huynh -   (26)

Exil doré

J’ai retiré mon âme au manoir du Silence ;
J’ai fait derrière moi sonner les gonds d’airain.
Nul ne viendra troubler ma solitude immense,
Nul ne viendra souiller mon vierge souterrain !

Les rumeurs de la vie expirent à ma porte :
Mon parc est sans ramage et mon mur sans échos.
J’ai ravagé les nids que le printemps m’apporte,
Et, de mon lourd donjon, j’ai chassé les corbeaux.

Nulle clarté d’emprunt n’illumine mes salles,
Ni lustres aux plafonds, ni torches aux piliers ;
Seuls, les rayons du jour, bondissant sur les dalles,
Ruissellent à travers mes larges escaliers.

Puis, la Nuit lentement accroche ses pans d’ombre
Aux chapiteaux massifs des pilastres géants ;
Le manoir, tout entier, dans les ténèbres sombre,
Partout on voit s’ouvrir des abîmes béants.

J’aime mes murs déserts comme un rustre ses landes ;
J’y savoure, à l’écart, la douceur du relais,
Les Heures, le front ceint de fleurs et de guirlandes,
Y tissent mon destin d’allégresse et de paix.

Et je ne suis pas seul dans ce palais féerique,
Bien que nul importun n’y pénètre jamais,
Car le Rêve y déploie, étrange et magnifique,
Sa verte frondaison en superbes forêts.

(Jean Royère)

Illustration: Duy Huynh

 

 

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JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Là où tout se fige (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

 

baiser

Là où tout se fige,
Savoure l’image!

(Goethe)

 

 

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Ce que l’on savoure (Hadewijch II)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Brad Kunkle l

Ce que l’on savoure n’est que pressentiment ou désir,
Jusqu’à l’heure où le bien espéré se révèle :
Et la multitude innombrable des raisons
Qui me font vous préférer à toute chose,
M’échappent. Seigneur, quand je me tourne
Dans la nudité vers Vous seul,
Vous aimant sans pourquoi, Vous-même pour Vous-même.

(Hadewijch II)

Illustration: Brad Kunkle

 

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