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Poésie

Posts Tagged ‘scintiller’

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES CLOCHES (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




LES CLOCHES

Des traîneaux entendez les cloches…
Les petites cloches d’argent !
Quel monde de gaîté leur mélodie appelle !
Comme elles tintent, tintent, tintent,
Dans l’air glacial du crépuscule !
Tandis que les étoiles qui, là-haut, parsèment
Tout le ciel, dirait-on, scintillent
D’un plaisir de cristal;
Marquant le temps, le temps,
Le temps, en une sorte de rythme runique,
Du tintement qui, musicalement, sourd
Des cloches, cloches, cloches, cloches,
Des cloches, cloches, cloches…
Du tintamarre et du drelin-drelin des cloches.

***

THE BELLS

Hear the sledges with the bells—
Silver bells!
What a world of merriment their melody foretells!
How they tinkle, tinkle, tinkle,
In the icy air of night!
While the stars that oversprinkle
All the heavens, seem to twinkle
With a crystalline delight;
Keeping time, time, time,
In a sort of Runic rhyme,
To the tintinnabulation that so musically wells
From the bells, bells, bells, bells,
Bells, bells, bells—
From the jingling and the tinkling of the bells.

(Edgar Allan Poe)

Illustration: Vsevolod Vyacheslavovich Ivanov

 

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Les myriades d’étoiles (Bing Xin)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



 

Henri Edmond Cross landscape-with-stars-1908 [1280x768]

Les myriades d’étoiles

Les myriades d’étoiles scintillent
sur le fond bleu du ciel
Qui a jamais perçu ce qu’elles se disent?

Au plus profond du silence
chacune de sa faible clarté
Rend à ses compagnes un secret hommage

Fleur qui pousse dans les cailloux entre les rails
une seconde seulement
toi et moi
rencontre fortuite dans l’immensité de la vie
adieu à jamais dans l’immensité de cette vie
Même si je revenais
parmi tant d’autres entre les rails
comment te retrouverais-je

Trop longtemps assise
Ouvre grand la fenêtre: la mer
Ta nostalgie infinie
Livre-la aux confins du ciel
là où jusqu’à l’oubli s’étendent les vagues

(Bing Xin)

Illustration: Henri Edmond Cross

 

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ANIMAUX (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019



ANIMAUX

Les animaux sont toujours aux aguets,
On est tout tremblant,
Si l’on surprend,
Si l’on capture.
Toujours – un Si
Scintille – pupille,
Tressaille – le corps
Et si – la mort.

*

Tous les animaux sont sérieux,
Soucieux,
Amers,
Amoindris.
Les yeux des animaux, glauques d’humiliation.
L’éternité les a humiliés.
Toujours – méditatifs
Ainsi que des philosophes
Ainsi que des fenêtres
Ainsi que des champs désolés
Ainsi que le mutisme
Ainsi que la lune.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SÉCHERESSE (Jacob-Zvi Sharguel)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



    

SÉCHERESSE

Deux bonzes japonais font tinter leurs clochettes
Et de la canicule égrènent la chanson.
Chacun porte un lotus à sa robe accroché
Afin de conjurer la mauvaise moisson.

Deux curés en soutane noire prient en choeur,
Agenouillés devant de pieuses images :
Jésus que tout le sang qui coule de ton coeur
Au-dessus du pays se transforme en nuage.

Deux rabbins sont blottis au profond de leur être
Et pleurent en priant la résurrection :
Ô Toi qu’ils ont trouvé, que nos lointains ancêtres
Plaident pour nous Ta grâce et Ta compassion.

Tandis que tout là-haut le visage solaire
Scintille – ardent buisson dans l’azur embrasé,
Et que deux arbrisseaux, la bouche grande ouverte
Semblent, à l’agonie, attendre la rosée.

(Jacob-Zvi Sharguel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERS DE HAUTES PORTES (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall 
    
VERS DE HAUTES PORTES

Seul est mien ce pays
Qui se trouve en mon âme;
Comme un familier, sans papiers,
Je m’y rends.
Il voit ma tristesse et ma solitude,
Il me couche pour m’endormir,
Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.

Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,
En moi mes propres rues s’étendent.
Les maisons manquent
Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,
Leurs habitants s’égarent dans les airs,
Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.

Voici pourquoi quelquefois je souris
Quand le soleil scintille à peine,
Ou bien je pleure
Comme une pluie légère dans la nuit.

Je me souviens d’un temps
Où je portais deux têtes…
C’était un temps
Où les deux têtes
Se couvraient d’un voile d’amour,
Se dissipaient comme le parfum d’une rose.

Il me semble à présent
Que même en revenant sur mes pas
J’avance
En direction de hautes portes
Qui cachent un chaos de murs
Où les tonnerres abattus passent leurs nuits
Et les éclairs brisés.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nuit aux senteurs d’animal aux aguets (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019



Illustration: Henri Rousseau
    
La nuit aux senteurs d’animal aux aguets
– tantôt proie tantôt chasseresse –
la nuit subtilise nos corps
pour mieux illuminer nos rêves.

La nuit au front de taureau,
aux mille banderilles scintillantes,
déploie sa cape aveugle devant nos yeux
pour mieux y planter la dague
des sommeils sans retours.

Dans mon rêve,
à la fois rêveuse et rêvée,
contenu et contenant,
je me transporte toute entière
dans un paysage sans ombre ni soleil.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les Cahiers du Sens
Traduction:
Editions: Le Nouvel Athanor

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PAIX SUR LA TERRE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Jacob Jordaens

Peintures Jacob Jordaens au Sénat
    
PAIX SUR LA TERRE

L’Archer est debout!
Le Cygne envolé!
Or contre bleu
Une flèche allongée.
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Ourses sont au loin!
L’Aigle hurle!
Or contre bleu
Leurs veux étincellent!
Dors!
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Soeurs reposent
Leurs bras entrelacés:
Or contre bleu
Leurs cheveux brillent!
Le Serpent s’entortille!
Orion écoute!
Or contre bleu
Son épée scintille!
Dors!
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

***

PERCE ON FARTE

The Archer is wake!
The Swan is flying!
Gold against blue
An Arrow is lying.
There is hunting in heaven
Sleep safe tilt to-morrow.

The Bears are abroad !
The Eagle is screaming!
Gold against blue
Their eyes are gleaming!
Sleep !
Sleep safe till to-morrow.

The Sisters lie
With their arms intertwining;
Gold against blue
Their hair is shining!
The Serpent writhes!
Orion is listening!
Gold against blue
His sword is glistening!
Sleep!
There is hunting in heaven
Sleep safe till to-morrow.

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Tu n’auras pas semé… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

Alice Pike Barney_-_Waterlily [1280x768]

Tu n’auras pas semé…

Tu n’auras pas semé ta couronne étoilée
Sur le miroir tari du ruisseau de tes jours.
Toute pleine de jours, toi, tu t’en es allée
Et ton frais souvenir en scintille toujours.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alice Pike Barney

 

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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