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Ballade des pendus (Fabrizio De André)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ballade des pendus

Nous mourûmes tous à grand peine
avalant un dernier cri
donnant des coups de pied au vent
nous vîmes la lumière s’estomper.

Le hurlement emporta le soleil
l’air se resserra
des cristaux de mots
le dernier blasphème.

Avant que tout ne fût fini
nous rappelâmes aux vivants
que le prix à payer pour mal
fait en une heure est la vie.

Puis nous glissâmes dans le froid
d’une mort sans abandon
récitant l’antique credo
de ceux qui meurent sans pardon.

Que celui qui se moqua de notre défaite,
de la grande honte, d’être
étouffé de la sorte
apprenne à connaître le nœud.

Que celui qui répandit la terre sur nos os
et reprit tranquillement son chemin
rejoigne lui aussi la fosse hagard
dans la brume du petit matin.

Que la femme qui cacha derrière un sourire
la gêne de se souvenir de nous
découvre chaque nuit sur son visage
une insulte du temps et une scorie.

Nous cultivons pour tous une rancœur
qui a l’odeur du sang coagulé
ce qu’alors nous appelâmes douleur
n’est qu’une conversation suspendue.

***

Ballata degli impiccati

Tutti morimmo a stento
ingoiando l’ultima voce
tirando calci al vento
vedemmo sfumar la luce.

L’urlo travolse il sole,
l’aria divenne stretta
cristalli di parole
l’ultima bestemmia detta.

Prima che fosse finita
ricordammo a chi vive ancora
che il prezzo fu la vita
per il male fatto in un’ora.

Poi scivolammo nel gelo
di una morte senza abbandono
recitando l’antico credo
di chi muore senza perdono.

Chi derise la nostra sconfitta
e l’estrema vergogna ed il modo
soffocato da identica stretta
impari a conoscere il nodo.

Chi la terra ci sparse sull’ossa
e riprese tranquillo il cammino
giunga anch’egli stravolto alla fossa
con la nebbia del primo mattino.

La donna che celò in un sorriso
il disagio di darci memoria
ritrovi ogni notte sul viso
un insulto del tempo e una scoria.

Coltiviamo per tutti un rancore
che ha l’odore del sangue rappreso
ciò che allora chiamammo dolore
è soltanto un discorso sospeso.

(Fabrizio De André)

 

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Légèreté (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
Légèreté
tromperie fameuse et jeu de dupes
On pariait alors pour l’épure
on s’appliquait aux mots d’envol
Donnez-moi maintenant un corps lourd
la boue les scories la vieille résistance
du poids sur la terre
non plus la retenue le juste équilibre
mais la dureté d’un corps de femme
souple et féroce

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Allez on aura fait son exercice du matin (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
Allez on aura fait son exercice
du matin
ses ablutions spirituelles
l’âme purgée des scories
de la nuit
rinçant à grande eau son corps obscur
(une autre toujours plus absente
s’abrite derrière la familière
qui s’obstine
et se défait dans les mots qu’on émiette)

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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TABLEAU (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Chris Ludlow  train à vapeur  url

TABLEAU

Enclavé dans les rails, engraissé de scories,
Leur petit potager plaît à mes rêveries.
Le père est aiguilleur à la gare de Lyon.
Il fait honnêtement et sans rébellion
Son dur métier. Sa femme, hélas ! qui serait blonde,
Sans le sombre glacis du charbon, le seconde.
Leur enfant, ange rose éclos dans cet enfer
Fait des petits châteaux avec du mâchefer.
À quinze ans il vendra des journaux, des cigares
Peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares !

(Charles Cros)

Illustration: Chris Ludlow

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La solitude a quelque chose d’amer et de vigoureux (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



La solitude a quelque chose d’amer et de vigoureux,
un goût de chicorée, de chicon, comme des scories dans la bouche,
une cigarette qu’on ne finit pas de mâchouiller,
un bout de terre au coin des lèvres, la foutue salissure, rien à faire,
on tousse, on chique, on crache, on est là à renâcler, à se rebiffer devant l’évidence,
l’ébauche est là, parfois elle remue, ça fait mal,
et son grand corps de bête cogne dans la poitrine, à rompre, à briser la cage.

(Dominique Sampiero)

 

 

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ÉLÉGIE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016




ÉLÉGIE

J’ouvre la première porte.
C’est une grande chambre inondée de soleil.
Une lourde voiture passe dans la rue
et fait trembler la porcelaine.

J’ouvre la porte numéro deux.
Amis! Vous avez bu de l’ombre
pour vous rendre visibles.

Porte numéro trois. Une chambre d’hôtel étroite.
Avec vue sur une ruelle.
Une lanterne qui étincelle sur l’asphalte.
Belles scories de l’expérience.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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