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Poésie

Posts Tagged ‘se baigner’

LA PRESQUE MORTE (Amina Mekahli)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    
LA PRESQUE MORTE

Les pieds entremêlés dans les cadavres des mots
J’ai rampé
Comme un faisceau de lumière sur des ruines

Le ventre glissant sur la salive des langues sans écho
J’ai baigné
Comme un souvenir dans le noir de mon encrier

Mes oreilles résonnant au chuchotement des plumes
qui frissonnaient sous le vent,
comme des feuilles blanches,
ou comme des linceuls…

***

APROAPE MOARTA

Având picioarele înfășurate în lațul din cadavre de cuvinte
M-am înălțat
Ca un fascicul de lumină peste ruine

Cu pântecul alunecând peste saliva limbilor fără ecou
M-am îmbăiat
Precum o amintire în tușul negru-al călimării mele

Urechile îmi rezonau la șoapta penițelor
ce tremurau sub vânt,
în chip de pagini albe, sau lințolii…

***

LA CASI MUERTA

Los pies entrelazados en los cadáveres de las palabras
Me arrastré hacia arriba
Como un rayo de luz sobre las ruinas

El vientre deslizándose sobre saliva de lenguas sin eco
Me bañé
Como un recuerdo en la oscuridad de mi tintero

Mis oídos resonando en el susurro de las plumas
que temblaban con el viento,
como hojas en blanco,
o como sudarios…

***

LA QUASE MORTA

Os pés entrelaçados nos cadáveres das palavras
Arrastei-me para cima
Como um raio de luz sobre as ruínas

O ventre deslizando sobre a saliva de línguas sem eco
Banhei-me
Como lembrança na escuridão/a bruma do meu tinteiro

Minhas orelhas/ouvidos soam como o sussurro das plumas
Que estremecerem no vento
Como folhas de papel em branco
Ou como mortalhas…

***

PRAWIE MARTWA

Stopy wplątane w zwłoki słów
Wypełzłam
Jak promień światła po ruinach

Brzuch ślizgający się po ślinie języków bez echa
Skąpałam się
Jak wspomnienie w czerni mojego kałamarza

Moje uszy rezonują szeptem piór
rozedrganych przez wiatr,
jak czyste kartki papieru
lub jak śmiertelne koszule …

***

ΣΧΕΔΟΝ ΝΕΚΡΟΣ

Τα πόδια μπερδεύονται στα πτώματα λέξεων
έρπομαι
δέσμη φωτός στα ερείπια

κοιλιά γλυστρά στο σάλιο γλωσσών δίχως ηχώ
κολυμπώ
μνήμη στο μαύρο μελανοδοχείο μου

τ’ αυτιά μου αφομοιώνονται με τον ψύθιρο φτερών
που τρέμουν στον αγέρα
μαύρες σελίδες χαρτιού
η σαν σάβανα.

***

***

THE ALMOST DEAD

My feet intertwined in the corpses of the words,
I crawled up
like a beam of light onto the ruins.

My belly gliding on the saliva of languages without echo,
I bathed
like a memory in the black of my inkpot,

my ears resonating with the whispering of the feathers
that shivered in the wind,
like blank sheets of paper
or as cerements . . .

***

MORIBONDA

I piedi intrecciati ai cadaveri delle parole
Strisciavo
Come un fascio di luce sulle rovine

Il ventre scivolava sulla saliva di lingue senza eco
Immersa
Come un ricordo al buio del mio calamaio

Le mie orecchie risuonavano al sussurro delle piume
tremanti sotto i colpi del vento,
come fogli bianchi,
o come sudari …

***

LI QUASI MORTI

I pedi mmiscati n menzu cadaviri dî palori
M’arrampicaiu pi nesciri
Comu un lampu di luci ntra i ruvini

Lu stomacu sciddicava supra a sputazza di lingui senza ecu
Mi fici u bagnu
Comu na mimoria ntô niuru dû me calamaru

L’aricchi mi rimbumbarunu cu li ciuciuliari di li pinni
ca trimavanu pû ventu,
Comu fogghi di carta bianchi
O comu vistiti di li morti.

***

DIE FAST TOTE

Meine Füße mit den Leichen der Wörter verschlungen.
Ich bin herausgekrochen.
Wie ein Lichtstrahl über den Ruinen.

Mein Bauch gleitend über dem Speichel der Sprachen ohne Echo.
Ich habe gebadet
Wie eine Erinnerung im Schwarz meines Tintenfasses

Meine Ohren schwingen mit dem Flüstern der Federn
die zittern im Wind,
wie leere Blätter Papier,
oder Totenhemden…

***

DE BIJNA DODE

Mijn voeten verstrengeld tussen lijken van woorden
Kroop ik omhoog
Als een lichtstraal op ruïnes

Mijn buik glijdend over het speeksel van talen zonder echo
Heb ik mij gebaad
Als een herinnering in het zwart van mijn inktpot

Mijn oren galmden het gefluister van pluimen na
die rilden door de wind
onbeschreven bladeren,
of lijkwaden gelijk.

***

快要死的
双脚缠结在文字的尸首中
我爬起来
像废墟上的一束光
腹部在语言的唾液中无声滑翔
我洗澡
就像我墨水瓶黑色中的记忆
我的耳朵随风中颤抖羽毛
的低语而共鸣
就像空白的纸张,
或作了坟墓衣服……

***

(Amina Mekahli)

 

Recueil: ITHACA 607
Traduction: Français / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Amal Bouchareb – Simone Sibilio / Polonais Mirosław Grudzień –Małgorzata Żurecka / Grec Manolis Aligizakis Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Chinois William Zhou / Arabe Hope Bouchareb /
Editions: POINT

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Chaleur (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Chaleur

Dans une éclaircie du ciel
La lumière déploie un éventail
Le soleil donne libre cours à sa colère
Il fait vraiment très chaud
Et nous avons l’impression
Que l’univers entier
Pivote sur lui-même

Ton rire de cristal
Est sur le point de se briser
Tant il éclate
Devant ma mine

Tes seins se soulèvent
Et pointent vers un ailleurs
Dans une clarté trop vive
Qui dilue les formes
Et broie les contours
Nous nous baignons
Dans l’écume du torrent
Pour nous rafraîchir

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Jan Van Beers

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J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature
tel le mollusque dans le phosphore marin :
le sel brisé qui me heurtait et m’emplissait
de son écho, construisait mon propre squelette.
Comment vous expliquer : sans mouvement ou presque
de cette respiration, bleue haleine amère,
une à une les vagues répétèrent
ce que je pressentais et qui palpitait là,
et pour finir sel et écume me formèrent :
le dédain et aussi le désir d’une vague,
le rythme vert qui au coeur de l’impénétrable
bâtit un édifice transparent,
ce secret-là se maintint ferme et aussitôt
Je sentis que mon coeur battait à l’unisson :
que mon chant grandissait en même temps que l’eau.

(Pablo Neruda)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Dis-lui (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Dis-lui que les balcons ici sont fleuris,
Qu’elle se baignera dans des étangs sans fièvre,
Mais que je voudrais voir dans ses yeux assombris
Le sauvage secret qui se meurt sur ses lèvres,

L’énigme d’un regard de pure connaissance
Et qui brille parfois d’un fascinant éclair
Des grands initiés aux jeux de connaissance
Et des coureurs du large, sous les cieux déserts.

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Odilon Redon

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Fléchée vers son propre centre (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Comme l’on jouirait de se baigner
nu
dans l’allégresse
d’un torrent de haute montagne:

sensation physique
perception métaphysique
de fraîcheur

dès que la conscience
se sent fléchée
vers son propre centre:

la source
infiniment proche
infiniment lointaine.

(Michel Camus)

Illustration: Trulzsch

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Ici (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Ici ont laissé leurs chaussures,
et leurs vêtements encore chauds,
ceux qui se baignent dans le fleuve.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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L’Origine de la Harpe (Thomas Moore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Cette Harpe chérie, à te chanter fidèle,
Etait une Sirène, à la voix douce et belle.
On l’entendait au fond des eaux;
Aux approches du soir, glissant sur le rivage,
Elle venait chercher, couverte d’une nuage,
Son amant parmi les roseaux.

Hélas! elle aimait seule, et ses larmes brillantes
Baignèrent bien des nuits ses tresses ondoyantes,
Doux trésors à l’amour si chers.
Mais une flamme pure au Ciel est précieuse.
Il transforma soudain en Harpe harmonieuse
La plaintive vierge des mers.

En contours gracieux tout son corps se balance;
Sur sa joue on croit voir un rayon d’espérance,
Et son sein palpiter encor.
Ses cheveux dégagés du flot qui les inonde,
Recouvrent ses bras blancs qui ne fendront plus l’onde
Et deviennent des cordes d’or.

***

The Origin of the Harp

Tis believed that this Harp, which I wake now for thee
Was a Siren of old, who sung under the sea;
And who often, at eve, through the bright waters roved,
To meet, on the green shore, a youth whom she loved.

But she loved him in vain, for he left her to weep,
And in tears, all the night, her gold tresses to steep,
Till heaven look’d with pity on true-love so warm,
And changed to this soft Harp the sea-maiden’s form.

Still her bosom rose fair — still her cheeks smiled the same —
While her sea-beauties gracefully form’d the light
And her hair, as, let loose, o’er her white arm it fell,
Was changed to bright chords uttering melody’s spell.

Hence it came, that this soft Harp so long hath been known
To mingle love’s language with sorrow’s sad tone;
Till thou didst divide them, and teach the fond lay
To speak love when I’m near thee, and grief when away.

(Thomas Moore)

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N’aie pas d’amertume de ce que tout s’éloigne (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



 

N’aie pas d’amertume de ce que tout
s’éloigne. La mémoire est la mer
où se baigne le temps.
Le sel boit les larmes.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: ArbreaPhotos

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Ma vie est un long Gange tranquille (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



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Ma vie est un long Gange tranquille
qui charrie ses cadavres
ses maladies
et ses croyances poétiques
je m’y baigne chaque jour
explosant là mes pustules
je dérive dans mon jus
vêtu d’un sari couleur de sang
je meugle
telle une vache sacrée.

(Mano Solo)

Illustration: Clara Lieu

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LA RIVIÈRE DE LA FORÊT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Paul Chabas
    
LA RIVIÈRE DE LA FORÊT

Je me suis baignée seule dans la rivière de la forêt.
Sans doute je faisais peur aux naïades,
car je les devinais à peine et de très loin, sous l’eau obscure.

Je les ai appelées. Pour leur ressembler tout à fait,
j’ai tressé derrière ma nuque des iris noirs comme mes cheveux,
avec des grappes de giroflées jaunes.

D’une longue herbe flottante,
je me suis fait une ceinture verte,
et pour la voir je pressais mes seins en penchant un peu la tête.

Et j’appelais : « Naïades Ah! naïades Ah! jouez avec moi, soyez bonnes. »
Mais les naïades sont transparentes,
et peut-être, sans le savoir, j’ai caressé leurs bras légers.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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