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Posts Tagged ‘se battre’

Comme une pierre blanche au fond d’un puits, dort en moi un souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Comme une pierre blanche au fond d’un puits,
Dort en moi un souvenir.
Je ne peux pas, je ne veux pas me battre :
Il est joie, il est souffrance.

Il me semble que si on regardait
De près dans mes yeux on le verrait.
On se sentirait plus triste et plus pensif
Que celui qui entend le douloureux récit.

Je sais que les dieux ont transformé
Des hommes en objets, sans tuer la conscience.
Pour que vive à jamais ce miracle de douleur,
Tu es transformé en un souvenir.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

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Je n’appelle, ni ne pleure (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jacques Muller
    
Je n’appelle, ni ne pleure, ni ne regrette rien,
tout passe comme brume de pommiers en fleurs.
Miné désormais par l’or de défloraison
je ne connaîtrai plus la jeunesse.

Tu ne battras plus comme avant
désormais, coeur transi,
plus ne t’incitera à flâner pieds nus
la terre du bouleau et du calicot.

Esprit follet qui attisa mes lèvres
comme tu te fais rare, rare aujourd’hui.
Flots d’émotion, pétulance du regard,
ô ma fraîcheur d’âme perdue.

De désirs même je deviens avare.
Ma vie ! Ou ne fut-ce qu’un songe ?
Comme si par un bruissant matin de printemps
j’eusse passé au galop sur un destrier rose.

Tous en ce monde, tous sont périssables,
lentement s’écoule le cuivre de l’érable…
Béni sois-tu néanmoins dans les siècles
toi qui es venu éclore et mourir.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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CONJONCTURE (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
CONJONCTURE

Ce que vous mangez ce n’est pas
ce que vous croyez ce n’est pas
de la viande qu’on vous donne à bouffer,
c’est de l’appât, c’est bon
(peut-être les pêcheurs ont-ils
oublié leur ligne, peut-être
ont-ils fait le voeu
de jeûner désormais?)

L’hameçon n’a pas un goût de gâteau
mais le goût du sang
il va vous arracher à votre bouillon tiède :
Comme l’air est froid au bord de la Bérézina!
Et vous allez dévaler
sur un sable étranger
sur des glaces étrangères :
Groenland Nevada,
vos membres vont agripper
la peau du désert de Nubie.

Soyez sans crainte ! Les pêcheurs distingués
ont bonne mémoire et vieille expérience.
Ils ont pour vous l’affection
du charcutier pour son cochon.
Les voici sagement assis au bord du Rhin,
du Potomac, de la Bérézina,
au bord de tous les fleuves du monde.
Ils vous font paître. Ils attendent.

Et vous, vous déchirant la gorge à belles dents,
dans votre crainte de crever de faim,
vous vous battez pour le mortel appât.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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FIGURES (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
FIGURES

Je bats comme des cartes
Malgré moi des visages,
Et, tous, ils me sont chers.
Parfois l’un tombe à terre
Et j’ai beau le chercher
La carte a disparu.
Je n’en sais rien de plus.
C’était un beau visage
Pourtant, que j’aimais bien.
Je bats les autres cartes.
L’inquiet de ma chambre,
Je veux dire mon coeur,
Continue à brûler
Mais non pour cette carte,
Qu’une autre a remplacée :
C’est un nouveau visage,
Le jeu reste complet
Mais toujours mutilé.
C’est tout ce que je sais,
Nul n’en sait davantage.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LA CLAIRIÈRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration
    
DANS LA CLAIRIÈRE

Pour plus d’agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé qu’Elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues;
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel;
Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d’ambre et des formes ténues;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l’on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s’avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l’oeil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Petite Susie (Michael Jackson)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018




    
Petite Susie

Quelqu’un a tué la petite Susie
La fille qui respire la musique
Qui chante la journée, à midi
Elle était là hurlant
Brisant sa voix dans son destin funeste
Mais personne ne lui vint en aide à temps…

Une chute dans les escaliers
Sa robe déchirée,
Oh le sang dans ses cheveux…
Un mystère si renfrogné dans l’air
Elle est allongée là, si fragile
Avec son petit corps tout maigre
Soulevez là avec soin
Oh le sang dans ses cheveux…

Chacun vint pour voir
Cette fille qui est maintenant morte
Le regard dans ses yeux n’était plus…
Et soudain une voix s’éleva de la foule en disant
Cette fille a vécu pour rien
Son visage laissait deviner une telle agonie, une telle épreuve…

Et seul un homme, qui était leur voisin,
Connaissait la petite Susie, et comme il pleura,
Quand il se baissa
Pour fermer les yeux de Susie…
Elle était allongée là, si fragile
Avec son petit corps tout maigre
Soulevez là avec soin
Oh le sang dans ses cheveux…

C’était seulement pour l’amour de Dieu
Qu’elle chantait la mélodie
Pour que quelqu’un sente sa misère
Etre condamné à savoir que tout espoir est perdu et que c’est votre destin
Ensuite crier, crier très fort
Et que personne n’entende…

Elle savait que personne ne se souciait d’elle

Son père avait quitté la maison, sa pauvre mère était morte
Laissant Susie toute seule
Même l’âme du grand père s’était envolée
Personne qui se préoccupait
Rien que de l’aimer
Combien de temps peut-on supporter
De se voir rejeter ce que l’on demande dans ses prières ?

Le manque d’amour peut tuer
Comme un couteau dans votre âme
Oh c’est ce qui arrivera
La petite Susie s’est battue si durement pour vivre…
Elle est allongée là si fragile
Avec son petit corps tout maigre
Soulevez là avec soin
Si jeune et si juste

***

Little Susie

Somebody killed little Susie
The girl with the tune
Who sings in the daytime at noon
She was there screaming
Beating her voice in her doom
But nobody came to her soon…

A fall down the stairs
Her dress torn
Oh the blood in her hair…
A mystery so sullen in air
She lie there so tenderly
Fashioned so slenderly
Lift her with care,
Oh the blood in her hair…

Everyone came to see
The girl that now is dead
So blind stare the eyes in her head…
And suddenly a voice from the crowd said
This girl lived in vain
Her face bear such agony, such strain…
But only the man from next door
Knew Little Susie and how he cried
As he reached down
To close Susie’s eyes…
She lie there so tenderly
Fashioned so slenderly
Lift her with care
Oh the blood in hair…

It was all for God’s sake
For her singing the tune
For someone to feel her despair
To be damned to know hoping is dead and you’re doomed
Then to scream out
And nobody’s there…

She knew no one cared…

Father left home, poor mother died
Leaving Susie alone
Grandfather’s soul too had flown…
No one to care
Just to love her
How much can one bear
Rejecting the needs in her prayers…

Neglection can kill
Like a knife in your soul
Oh it will
But Susie fought so hard to live…
She lie there so tenderly
Fashioned so slenderly
Lift her with care
So young and so fair

(Michael Jackson)

Merci pour cette découverte à MarronBleu (cf réponse comm)

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L’identité sommeille (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
L’identité sommeille
Un désir d’espaces
Se bat dans la mémoire

(Joséphine Bacon)

 

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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LES VIVANTS ET LA VIE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Salvador Dali__ Prémonition de guerre civile

LES VIVANTS ET LA VIE

Les vivants et la vie
ne se ressemblent guère,
mais parfois ils se croisent
et s’aiment un moment.

J’en ai vu, sous la pluie,
se partager le vin.
Les solitaires parlent
avec leur destinée.

Et d’autres qui se battent
et qu’on ramasse morts,
un sourire caillé
entre les deux épaules.

(Axel Toursky)

Illustration: Salvador Dali

 

LES VIVANTS  ET LA VIE

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Les deux loups (Conte Cherokee)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Un soir, un grand-père s’assoit autour du feu
et voit son petit-fils, arriver vers lui, plein de colère.

– Qui y’a t-il Tempête de vent ? demande le vieillard.

– Je suis en colère contre mon frère qui n’a pas été juste envers moi,
répond-il bouillant de rage.

– Oui, moi aussi, j’éprouve de la colère, parfois,
lorsque je trouve que l’on se comporte mal envers moi, acquiesce le vieil homme.
Mais cela me fatigue de plus en plus.

On raconte qu’une dispute entre deux frères
est une représentation des deux loups qui se battent en nous.

Le premier loup est juste, bon, vit en harmonie avec le monde.
Le deuxième loup est colérique et haineux.

Le problème n’est pas d’avoir les deux loups en soi
mais qu’ils veulent constamment avoir le dessus l’un sur l’autre.

Tempête de vent réfléchit aux paroles de son grand-père
puis finalement demande :

– Mais lequel gagne à la fin ?

Le grand-père de répondre :

– Celui que tu as décidé de nourrir.

(Conte Cherokee)

 

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