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Posts Tagged ‘se bercer’

En ces filets si fins (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Eugène Begarat   le vetement rose 55x38cm-650

En ces filets si fins
comme l’âme se berce,
ah, mon printemps !

Branches de saule, dans
la lumière seule encore du bourgeon ;
ah, fraîche jeunesse !

Amandiers, dans l’aube seule
encor d’une rose candeur ;
ah, divin matin !

***

En estas redes finas,
cómo se mece el alma,
¡ay, primavera mía!

Ramas de sauce, aún
sólo con luz de brote;
¡ay, fresca juventud!

Almendros, aún con alba
sólo, de candor rosa;
¡ay, divina mañana!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Eugène Begarat

 

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Les objets (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Illustration

    
Les objets

Les objets inanimés sont toujours comme il faut,
et on ne peut malheureusement rien leur reprocher.

Je n’ai jamais réussi à voir une chaise
se balancer d’un pied sur l’autre, ni un lit se bercer.

Aussi les tables, même quand elles sont fatiguées,
n’osent pas plier.

Je crois que les objets font cela pour nous éduquer,
afin de nous reprocher notre inconstance.

(Herbert Zbigniew)

 

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D’EN HAUT TOMBAIT LE CRÉPUSCULE… (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

D’EN HAUT TOMBAIT LE CRÉPUSCULE…

D’en haut tombait le crépuscule,
Ce qui fut proche est loin déjà;
Mais, première en sa clarté douce,
S’élève l’étoile du soir.
Tout n’est qu’ondoiement dans le vague,
Des brumes gagnent les hauteurs ;
Le lac, reflétant des ténèbres
D’un noir profond, est immobile.
Mais à l’orient je devine
La lueur, l’éclat de la lune;
Les fins rameaux de saules sveltes
Se bercent sur les eaux prochaines.
Parmi des jeux d’ombres mouvantes
Tremblent de magiques reflets,
Et par les yeux une fraîcheur
Entre, apaisante, jusqu’à l’âme.

***

DAMNRUNG SENKTE SICH VON OBEN…

Dämnrung senkte sich von oben,
Schon ist aile Nähe fern;
Doch zuerst emporgehoben
Holden Lichts der Abendstern!
Alles schwankt ins Ungewisse,
Nebel schleichen in die HM;
Schwarzvertiefte Finsternisse
Widerspiegelnd ruht der See.

Nun im östlichen Bereiche
Ahn ich Mondenglanz und —glut,
Schlanker Weiden Haargezweige
Scherzen auf der nächsten Flut.
Durch bewegter Schatten Spiele
Zittert Lunas Zauberschein,
Und durchs Auge schleicht die Kühle
Sänftigend ins Herz hinein.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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La Dryade (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
La Dryade

La Dryade se berce au rythme des feuillages.
L’or vert de ses cheveux palpite dans le vent,
Et la précocité de l’avril décevant
Emplit de floraisons fragiles les bocages.

La Dryade pensive écoute les oiseaux…
Ses membres ont frémi d’une extase inconnue.
Les lianes ont fait un lacis de réseaux
Autour des blancs frissons de sa volupté nue…

La Dryade pensive écoute les oiseaux.

La Dryade se meurt de la mort de l’automne ;
Le soir tombe, et l’amour a tu son rire amer…
Le monde ensanglanté de vendanges s’étonne
A voir naître et grandir l’angoisse de l’hiver…

La Dryade se meurt de la mort de l’automne.

(Renée Vivien)

 

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L’HOMME SOLITAIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
L’HOMME SOLITAIRE

Ma chaise s’berce-berce dehors toute la journée
Personne jamais n’arrive â m’arrêter,
Personne jamais n’arrête dans mon allée.

Mes dents mâchent-mâchent jusqu’à l’os un jambon,
Je lave tout seul gamelles et bidons,
Tout seul je fais la vaisselle pour de bon.

Mes pieds clopinent sur le bois du plancher
Parce qu’on n’achète pas l’amour au marché,
Ne veux pas d’un amour qu’il faut payer.

L’horloge tictaque près de mon lit étroit
Et la lune lorgne ma tête qui ne dort pas,
La lune se marre d’une tête de vieux gaga.

***

LONESOME MAN

My chair rock-rocks by the door all day
But nobody ever stops my way,
Nobody ever stops by my way.

My teef chaw-chaw on an old ham bone
An’I do the dishes all alone,
I do the dishes all by my lone.

My feet clop-clop on the hardwood floor
Cause I won’t buy love at the hardware store,
I don’t want love from the mercantile store.

Now the clock tick tocks by my single bed
While the moon looks down at my sleepless head,
While the moon grins down at an ole fool’s head.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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LE PHARE (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2016



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LE PHARE

Un nid haut placé
Pour voir le danger
Et se bercer en lui

L’eau est d’un bleu
A blanchir la terre

Penchée sur le balcon de l’air
Je prends sur la main
Une voile comme une bague ailée
Glissée par la distance

Les siècles sont cette chute
Qui me comble de fraîcheur

(Heather Dohollau)

 

 

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L’Esprit des Fleurs (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



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L’Esprit des Fleurs

Sylphe léger, fils des molles rosées,
J’aime à bondir sur les gazons en fleurs,
Et l’arc-en-ciel aux teintes irisées
Fait à mon front chatoyer ses couleurs ;
Sur un brin d’herbe, en passant, je me pose,
Et, sous mes pieds, bourdonnent les sillons ;
J’ai, pour tunique, une feuille de rose,
J’ai, pour voler, l’aile des papillons.

Quand du matin glissent les brises folles,
Dès que l’oiseau commence ses chansons,
Avec mes doigts, j’entr’ouvre les corolles,
Et doucement j’éveille les buissons :
« Debout ! debout !… » Tout frémit, et la plaine,
Et le lac bleu dont je rase !e bord
Avec mon char de roseaux verts qu’entraîne
Un scarabée à la cuirasse d’or.

« Debout ! debout !… » Les sveltes demoiselles
Dansent en rond sur les blancs nénufars,
Au grand soleil bruissent mes deux ailes,
Aux flots d’azur se plongent mes regards.
Quand vient le soir, et que les fleurs sont closes,
Du ver luisant je m’éclaire en chemin,
Et vais frapper à la porte des roses,
Pour m’endormir dans mon lit de satin.

L’hiver, je tremble, et mes fleurs sont flétries,
Sur l’arbre nu pendent les blancs frimas ;
Près de la vitre aux froides broderies,
Des blonds enfants j’écoute les ébats…
Mais si, parfois, je peux franchir les grilles,
Au feu qui danse, ouvrant mes doigts gelés,
Je me blottis au sein des jeunes filles,
Ou je me berce à leurs cheveux bouclés.

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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Entre s’en aller et rester (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2015




Entre s’en aller et rester

Entre s’en aller et rester hésite le jour,
amoureux de sa transparence.

Le soir circulaire est déjà une baie :
dans son calme va-et-vient se berce le monde.

Tout est visible et tout est élusif,
tout est proche et tout est intouchable.

Les papiers, le livre, le verre, le crayon
reposent à l’ombre de leurs noms.

Battement du sang qui dans ma tempe répète
la même syllabe têtue de sang.

La lumière fait du mur indifférent
un théâtre spectral de reflets.

Dans le centre d’un oeil je me découvre;
il ne me regarde pas, je me regarde dans son regard.

L’instant se dissipe. Sans bouger
je reste et je m’en vais : je suis une pause.

(Octavio Paz)

 

 

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