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Posts Tagged ‘se blesser’

DANS LES RUES DE PRAGUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




DANS LES RUES DE PRAGUE

Tu te souviens des rues de Prague,
de leur son dur comme si des tambours de pierre
avaient roulé dans la solitude de celui qui à travers les mers chercha ton souvenir :
ton image au-dessus du pont Saint-Charles était une orange.

C’est alors que nous avons franchi la neige de sept frontières,
partis de Budapest qui ajoutait des rosiers et du pain à son lignage,
jusqu’au moment où les amants — toi et moi —, traqués, assoiffés, affamés,
s’étant reconnus se blessèrent avec les dents et des baisers et des épées.

O jours tranchés par les cimeterres du feu et de la furie
où l’amant et l’amante souffrent sans répit et sans larmes
comme si l’amour était allé s’enterrer dans une lande parmi les orties
et comme si chaque expression se troublait et brûlait, devenait lave.

(Pablo Neruda)

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ORPIMENT (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



ORPIMENT

Que cèle ce masque d’or porté à la fête
première où tu ouvris la danse des volcans ?
Cousin du soufre, frère de l’arsenic
tu dus faire allégeance aux puissances de mort.
Depuis, tu n’offres plus qu’un miroir épuisé
où viennent se blesser les oiseaux de lumière.

(Jacques Lacarrière)

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La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines.
Elle va son chemin.
Et toi le tien.
Et ce n’est pas le même chemin.

Alors… Ce n’est pas que je voulais être heureuse, non.
Je voulais… me sauver de tout ça,
voilà : me sauver.
Mais j’ai compris tard de quel côté il fallait aller.

On croit que c’est autre chose qui sauve les gens :
le devoir, l’honnêteté, être bon, être juste.
Non. Ce sont les désirs qui vous sauvent.
Ils sont la seule chose vraie.

Si tu marches avec eux, tu seras sauvée.
Mais je l’ai compris trop tard.
Si tu lui laisses du temps, à la vie,
elle tourne d’une drôle de manière, inexorable:

et tu t’aperçois que là où tu en es maintenant,
tu ne peux pas désirer quelque chose sans te faire du mal.
C’est là que tout se complique,
il n’y a aucun moyen de s’échapper,

plus tu t’agites, plus le filet s’emmêle,
plus tu te rebelles, et plus tu te blesses.
On ne s’en sort plus.

Quand il était trop tard,
c’est là que j’ai commencé à désirer.
De toute la force que j’avais.
Je me suis fait tant de mal,
tu ne peux même pas imaginer.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

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COEUR MAL FLÉCHÉ (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018




    
COEUR MAL FLÉCHÉ

La flèche qui se prépare, qui te dépasse, qui t’agace,
qui se rapproche, qui se détourne,
la flèche qui se fichera,
qui te délivrera,
ta flèche.

Qui la garde?
Tenue sous quel sein
qui peut-être s’y blesse.
Émpennée d’un sang qui cherche le tien.
Elle chemine en vain, se tend, elle tremble.
Elle doit t’atteindre… Oh! Comme elle te manque,
celle qui t’attend, qui ne sait pas, qui gémit.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Inquiétude (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Inquiétude

Si mes mains se blessent à l’écorce
Qui sue la résine
C’est pour cueillir des fruits
Mais serai-je aussi patient que la sève ?

Dans l’air joyeux
Un orage est suspendu
La pluie se fait silence
Effrayé par l’espace
L’oiseau se pose
Sur l’ombre de la branche

Alors que le jour se taillade les veines
Que des étoiles vont neiger sur la nuit
Je ne tiens pas à réveiller les heures assoupies.

(Jean-Baptiste Besnard)


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Les sanglots d’or (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
Les sanglots d’or

Quel chagrin somptueux, cris rouges, sanglots d’or,
Flamboyante harmonie où le regard se blesse!
Le tragique soleil en de brûlant accords
Sur la lande déserte étale sa détresse.

Et voici que, tenant ses lévriers en laisse,
Se profile soudain parmi les beaux retors,
Plus svelte que n’était l’antique chasseresse
Et n’ayant pour péplos qu’un linceul noir, la Mort!

Mais pourquoi ces cris fous, ces plaintes fastueuses?
Les soleils ont-ils comme les hommes un coeur,
Un coeur qu’on peut trahir, des maîtresses menteuses,

Etoiles s’éclipsant dont la fausse lueur
Se glace en s’éloignant, puis un soir brumeux cesse
De s’unir à la leur? Est-ce qu’on les délaisse

Les soleils, pour qu’ils aient de tels cris de douleur!

(Marie Dauguet)

 

 

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Il disait (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Je m’égare et vis à tue-tête.
J’oublie la clef de mon destin.
Il disait: j’annonce la fête
Des bras nus, des fruits et du vin
Et le grand règne des tempêtes.

J’ai le Mot, l’Astre, la promesse.
A la cassure bleue du temps
Ma bouche jamais ne se blesse.
J’approfondis au creux du vent
L’éternité d’une caresse.

(Jean Joubert)


Illustration:
Suzana Skalnikova

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Ce sera un jour… (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



Ce sera un jour…

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Eprouvées parce qu’elles sont quotidiennes.

Avec des mots brûleurs du ciel
Avec des mots traceurs de route
Qui font du bonheur une question de patience
Qui font du bonheur une question de confiance.

Et ces femmes fières d’avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

Forte comme une femme aux mains roussies d’acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu’ils se reposent.

(Anna Gréki)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration

 

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La petite chambre (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



La petite chambre

Il y eut un grand règlement de comptes.
Les mots volaient comme des pierres à travers les fenêtres.
Elle hurlait, elle hurlait, comme l’Ange du Jugement.

Puis le soleil jaillit et un sillage de fumée
stria le ciel matinal.
Dans le silence soudain, la petite chambre
se retrouva étrangement seule, tandis qu’il lui séchait ses larmes.
Elle devint comme toutes les autres petites chambres sur terre
que la lumière a du mal à envahir.

Des chambres où les gens hurlent et se blessent.
Puis éprouvent douleur, et solitude.
Incertitude. Un besoin de consolation.

(Raymond Carver)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Carlo Maria Marian

 

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LE COUTEAU DANS L’ÉTREINTE (Laure Cambau)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



LE COUTEAU DANS L’ÉTREINTE
(extraits)

Au fin fond de nos nuits spirales
je me blesse à un ailleurs fermé
donne-moi ton souffle
en forme de cage
que j’y laisse mon âme en feu

*

j’ai pris le sommeil dans ta poche,
sur ton os il y avait une fleur tatouée
rouge offerte
j’ai rangé tes entrailles
qui séchaient avec les poils et les sabots
à l’oreille
j’ai pris la température de l’extase
et sur ta lèvre bleue
testé le goût du vide,
mon souffle te va si bien

(Laure Cambau)

Illustration: Salvador Dali

 

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