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Poésie

Posts Tagged ‘se cogner’

Création d’un poème (Richard Brautignan)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




Illustration: Georges Braque
    
création d’un poème

Un oiseau gracieux
se cogne contre
la beauté cruelle de la nuit
et pond sur-le-champ
un oeuf enchanté.

***

creation of a poem

A delicate birdhit against
night’s cruel beauty
and promptly laid
an enchanted egg.

(Richard Brautignan)

 

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp / Romain Rabier
Editions: Points

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SUR LA VITRE DES AUTOMNES (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018


 


 

SUR LA VITRE DES AUTOMNES

Sur la vitre des automnes
Je dessine des printemps
Je travaille à contretemps
Mais jamais je n’abandonne

Un peu d’herbe et d’hirondelle
Une marguerite au vent
M’ont fait croire très souvent
Que je me souvenais d’elle

Je fais voile sans mâture
Je me chauffe de froidure
Et me loge au mauvais temps

Sachez combien je me lasse
Et combien je vous attends
A toujours changer de place

Vous qui passez sans parole
Mais dont je connais le pas
Je ne vous demande pas
De retourner à l’école

Petite saison lointaine
Où je sais que l’on apprend
A garder avec le rang
Le silence des fontaines

Si vous ne voulez rien dire
Ne rien faire ni sourire
Mourez de moi quelque part

Et pour peu que je me presse
Le moindre de vos départs
parlera de ma jeunesse

Mais mes automnes de verre
Et mes printemps de papier
M’auront fait tout gaspiller
Passe-roses et primevères

Tel arbre change de robe
Qui ne change pas de nom
Des pays à l’horizon
Se dérobent se dérobent

Un jour de neige un de pluie
Un de soleil que j’oublie
Et des visages s’en vont

A tant creuser mon enfance
Je m’y suis cogné au fond
Sur la pierre du silence

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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Ritou (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




    
Ritou, ta tête est belle sous des cheveux
où le soleil est pris comme dans un filet
et le soir les lampes s’allument plus douces
au contact de tes boucles et de ton regard.

Sûre de toi, tu tends les mains à la pluie
et tu t’étonnes de ne pouvoir la retenir.
Les mots sont dans ta bouche comme les pousses
qui trouent la terre dans la fraîcheur du matin.

Les herbes font contre ton visage
leurs bonnes caresses de bêtes
et toutes les fleurs te fêtent
comme si le monde venait de naître avec toi.

Quand tu entres dans la mer,
tu ris de n’avoir plus de jambes
et l’eau que tu fais jaillir
retombe sur toi comme un feuillage.

Les papillons te poursuivent
pour se poser sur tes yeux
et la rosée est pour tes joues
ton premier baiser d’amour.
dont il ne connaît que les bords
et où il se cogne jusque dans ses rêves.

Enchaîné à ses pas, il reste sur place
malgré l’appel amical du couchant
et son désespoir est si grand
qu’il ne peut, même en pleurant, perdre la face.

Il n’a plus que la ressource
de ramener les limites de l’horizon
à celles de son lit où, plomb,
il descend au fond de la plus noire des sources.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES

J’ai hurlé au milieu du feu
A l’aide!
Je veux vivre
Pardonnez-moi une seule fois
Je ne suis pas mort dans le feu et j’ai pleuré

Ce que je ne peux plus supporter
Ce que je ne peux plus vénérer
Je l’ai bien
Reconnu
J’ai agité brusquement les ailes.

En me cognant les ailes à un au-delà du monde
une voix qui m’appelait
Je l’ai entendue. Je
M’anéantirai
Je l’ai promis.

En tombant en tas de cendres
Dans le tas de cendres
Ne pas renaître en chair
Ne pas naître encore
Vase d’argile sur le point de se briser

En repliant mes ailes moi,
Vers la mer d’aurore

Vers le pays du matin où je rêve de voler
J’ai reposé ma tête
Vers une fenêtre haute qui attend quelques heures
le lever du soleil.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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On sent dans l’ombre (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
on sent dans l’ombre
un remuement plus sombre
et lent
l’ombre nous guette
on scrute sans voir
sans savoir ce qui vient

*

avançant à l’aveugle
dans la peur de nous perdre
on pressent
le moment où
se disloquera la petite carcasse
lentement construite

*

quand on parvient à s’évacuer
elle n’a plus rien à défaire
alors
on rit parfois
quand elle passe à travers le corps
folle et se cognant aux murs

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Caisse claire
Traduction:
Editions: Points

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Ton amour (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Illustration: Isidore Granville
    
Ton amour
efface la ligne de l’étendue
qui tirait la nuit vers moi.
Enfouie dans tes yeux, mon âme
se débarrasse du froid
des cendres et du silence.

D’un bout de l’horizon à l’autre
les cloches recommencent à sonner.
La douleur cesse
de cogner contre la vitre.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Egocentrisme (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Egocentrisme

Je m’attendais au coin de la rue
j’avais envie de me faire peur
en effet lorsque je me suis vu
j’ai reculé d’horreur
Faisant le tour du pâté de maisons
je me suis cogné contre moi-même
c’est ainsi qu’en toute saison
on peut se distraire à l’extrême

(Raymond Queneau)


Illustration: Escher

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Se souvenir (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017




Illustration: Mustapha Farroukh
    
Se souvenir

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton du coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait note âge;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.

(Nadia Tueni)

 

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII)

Je cherche dans ta bouche la source
du fleuve souterrain qui te parcourt
en rejetant en haut des cuisses
son écume de plante fraîchement coupée.

Quand tu écrases ton ventre contre moi,
quand mes doigts aiguisent ta gorge,
tu as des mots doux comme la salive,
des mots qui auraient poussé après un orage.

De ton corps je fais un pont
qui me conduit dans un monde
où nos dents se cognent contre le même verre d’air,
où nos regards à force d’être proches font la nuit entre eux.

Je ne vis plus au jour le jour
puisque tes baisers font partie de mon avenir
et nous allons jusqu’au bout de la lueur
que la foudre trace en remontant nos veines.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Quelque part dans une maison calme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
Quelque part dans une maison calme

le soleil passe à travers les volets
et la poussière se croyant seule se met à danser
sans autre bruit que celui que fait un insecte.

Il y a bien au loin le cri d’un enfant
ou celui d’un chien oppressé de solitude.
Il y a bien, dans l’herbe, le pas d’une source
où la mer vient, en se cachant, prendre pied.

Il n’y a plus soudain dans le jour immense
qu’un bourdon désorienté qui se cogne aux carreaux
qu’un oiseau brûlé de soleil
qui retombe comme une feuille au milieu des blés.

Et la chambre plus profonde que le monde
se tient dans l’ombre auprès de la porte
avec un coeur qui a cessé de battre
parce qu’il n’y a plus de soleil dans les volets.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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