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Poésie

Posts Tagged ‘se concentrer’

Ma vie diffuse et vaporeuse (Henry Thoreau)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



Ma vie diffuse et vaporeuse devient pareille
aux feuilles et aux aiguilles de givre
qui étincellent comme des joyaux sur les herbes
et les chaumes par un matin d’hiver…
Par la simplicité communément appelée pauvreté,
ma vie se concentre et s’organise, devient cosmos
de masse amorphe qu’elle était.

(Henry Thoreau)

 

 

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Me concentrer, me concentrer (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu

Me concentrer, me concentrer,
au point d’entendre en moi le centre ultime,
le centre qui atteint mon moi
le plus lointain,
celui qui me fond dans le tout!

***

¡Concentrarme, concentrarme
hasta oírme el centro último,
el centro que va a mi yo
más lejano,
el que me sume en el todo!
(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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La nature est un gaspillage (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



La nature est un gaspillage.
La pensée l’est aussi.

Mais il y a, entre elles deux, des ilots de solitude
où parfois se concentre l’oublié,
où l’homme de nouveau peut invoquer l’harmonie.

Bien qu’à l’évidence le gaspillage continue.

(Roberto Juarroz)

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Un coeur bat dans tout (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



 

Clint Newsham ed

un coeur bat dans tout, une idée
se concentre en tout, même dans les pierres du chemin,
et de même que tous les organismes s’orientent vers le soleil,
ce coeur et cette idée s’orientent vers l’idée suprême
et le coeur souverain du monde

(Saint-Pol Roux)

Illustration: Clint Newsham

 

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220 satoris mortels (François Matton)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Illustration

    

Quand ce serait l’heure d’y aller
mais qu’on n’y est pas du tout

Quand en sauvant un papillon
attaqué par des fourmis
on se prend pour un saint

Quand on est si loin de chez soi
qu’on finit par l’oublier

Quand on est couché dans son lit
et qu’on entend soudainement craquer
le plancher du grenier

Quand le spectacle de la Nature
devient le seul spectacle supportable

Quand on est heureux
et malheureux
simultanément
sans raison

Quand
OH Regarde

Quand un arc-en-ciel
une colline jaune
un lapin à deux pas

Quand la projection
est subitement suspendue

Quand on ne saurait dire
si le monde préexiste à la perception

Quand toutes les salles se vident
et que le silence revient

Qaund passer le balai
se révèle plus efficace
qu’avaler un anxiolytique

Quand on n’est plus personne
à l’instant où le petit oiseau va sortir

Quand tout paraît
bulles de savon
à la surface
et au-dedans

Quand un changement de focale
sauve du monde bavard des hommes

Quand on se demande bien
pourquoi
on n’a pas commencé par là

Quand la montagne
déplace la Foi

Quand on hésite à frapper
au seuil de l’Inconnu

Quand on jurerait être
déjà passé par là

Quand les mots s’espacent
à mesure que le souffle s’allonge

Quand la joie se réveille
au moment où
on s’y attend le moins

Quand toute votre enfance resurgit
du simple fait d’être
monté au grenier

Quand on s’arrête
soudainement
de se croire
un monstre

Quand ça chatouille les chakras
à travers la forêt
des plaisir sensoriels

Quand tout l’éclat du monde
se concentre sur un seul point

Quand on espère très fort
que ça n’est pas une mauvaise blague

Quand bêtement
d’un coup
on ne veut plus
mourir

Quand vous n’avez
plus de tête
et que vous ne
le regrettez pas

Quand on assiste
au retour inopiné
de figures
très aimées

Quand la joie descend
jusqu’aux orteils

Quand la tentation est trop forte
bien que le panneau soit énorme

Quand ça semblerait bien
pouvoir durer toujours

Quand Ouuuiii ii i iii i i i i

Quand on n’a plus
qu’une envie

Quand il fait si bon
si doux
si tout

Quand cet élan
qui nous prend
c’est le pur Amour

[…]

(François Matton)

 

Recueil: 220 satoris mortels
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Le silence dans une pierre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Le silence dans une pierre
se concentre,
les cercles s’y ferment,
le monde tremblant,
les guerres, les oiseaux et les maisons,
les villes, les trains, les forêts,
la vague répétant les questions de la mer,
le voyage successif de l’aurore
arrivent à la pierre, noix du ciel,
témoin prodigieux.

La pierre poussiéreuse du chemin
connaît Pierre et ceux qui Pont précédé,
elle connaît l’eau depuis sa naissance :
de la terre elle est la parole muette :
elle se tait car elle est l’héritière
du silence antérieur, de la mer immobile
et de la terre vide.

Ici la pierre a précédé le vent,
elle a précédé l’homme et précédé l’aurore :
son premier mouvement
a été la musique initiale du fleuve.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Je crois qu’il en reste encore (Arthur Bidegain)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

de l’air
l’espace
enfant ma chambre était
un monde de lumière
une chaleur émanait en bulle
alors…
le temps n’existait que pour les autres
et un silence me remplissait la bouche
maintenant — est-ce ailleurs ? — la froidure
l’espace qui se fige où tout peut aller très vite
ma chaleur… la chaleur…
toute petite se concentre en mon être
dans ma tête

je crois qu’il en reste
encore

(Arthur Bidegain)

Illustration

 

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POLITIQUE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

POLITIQUE

Comment pourrais-je, avec cette fille, là, devant moi,
Me concentrer sur les problèmes
De la politique de Rome,
De la Russie ou de l’Espagne ?
Pourtant, voici un homme qui a beaucoup voyagé
Et qui sait de quoi il parle,
Et voici un politicien
Qui a lu et médité,
Et sans doute ce qu’ils disent est-il vrai,
Quand ils parlent de guerre et des risques de guerre,
Mais ah ! si seulement j’étais jeune,
Si je la tenais dans mes bras !

***

POLITICS

How can l, that girl standing there,
My attention fix
On Romanor on Russian
Or on Spanish politics?
Yet here’s a travelled man that knows
What he talks about,
And there’s a politician
That has read and thought,
And maybe what they say is true
Of war and war’s alarms,
But O that I were young again
And held her in my arms!

(William Butler Yeats)

Illustration: Albert Lynch

 

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Dans une hôtellerie, le dernier soir d’une année qui s’accomplit (Taï-Cho-Lun)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Dans une hôtellerie, le dernier soir d’une année qui s’accomplit

Qui s’intéresse à moi dans cette hôtellerie ?
Avec qui pourrais-je échanger quelques mots ?
Une lampe froide, voilà mon unique compagnie.
Cette nuit même, une année de plus doit s’accomplir,
Et j’ai parcouru mille lieues,
et je ne revois pas encore mon pays.

Seul avec mes soucis,
je passe en revue ma vie entière ;
N’est-il pas risible et attristant tout à la fois
que notre misérable corps ne puisse tenir en place ?

Mon visage est chagrin,
les cheveux de mes tempes grisonnent,
Et demain commence la nouvelle année,
et c’est ainsi que je vais accueillir
le nouveau printemps.

Bien des années déjà se sont écoulées,
sans me laisser le cœur satisfait.
Que faut-il espérer de celle qui commence ?

Parmi les anciens compagnons
de ma jeunesse et de mes loisirs,
Quelques-uns ont atteint ce qu’ils poursuivaient :
mais combien la mort en a-t-elle surpris !

Désormais, je veux que le repos soit le but
vers lequel tous mes désirs se concentrent ;
Je veux renoncer aux fatigues vaines,
pour obtenir du moins la longévité.

La beauté du printemps n’a point d’âge ;
elle est, elle sera toujours la même ;
J’en jouirai dans ma pauvre demeure,
autant qu’un prince dans son palais.

(Taï-Cho-Lun)

 

 

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Quelle est la couleur du joyau ? (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



agate

Hommage aux anges
[13]

« Quelle est la couleur du joyau ? »
blanc-vert, opalescent,

avec sous-couche de bleu changeant,
avec veine rose ; une agate blanche

avec un pouls incalmé qui bat encore,
vague bleu-violet ;

il vit, respire,
il répand — fragrance ?

j’ignore ce qu’il dégage,
une vibration que nous ne pouvons nommer

car elle n’a pas de nom ;
mon patron a dit : « nomme-la » ;

j’ai dit, je ne peux pas la nommer,
il n’y a pas de nom ;

il a dit:
« invente-le ».

[14]

Je ne peux pas l’inventer,
j’ai dit que c’était agate,

j’ai dit qu’il vivait, qu’il donnait —
fragrance — j’étais assez proche

pour expliquer cette qualité
pour laquelle il n’est pas de nom ;

je ne veux pas le nommer,
je veux regarder sa vague

pulsation, battement de coeur
quand il frémit, je ne veux pas

en parler,
je veux minimiser la pensée,

me concentrer sur lui
jusqu’à rétrécir,

dématérialiser
et être entraînée en lui.

***

« What is the jewel colour? »
green-white, opalescent,

with under-layer of changing blue,
with rose-vein; a white agate

with a pulse uncooled that beats yet,
faint blue-violet;

it lives, it breathes,
it gives off—fragrance?

I do not know what it gives,
a vibration that we can not name

for there is no name for it;
my patron said, « name it »;

I said, I can not name it,
there is no name;

he said,
« invent it ».

I can not invent it,
I said it was agate,

I said, it lived, it gave
fragrance—was near enough

to explain that quality
for which there is no name;

I do not want to name it,
I want to watch its faint

heart-beat, pulse-beat
as it quivers, I do not want

to talk about it,
I want to minimize thought,

concentrate on it
till I shrink,

dematerialize
and am drawn into it.

(Hilda Doolittle)

 

 

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