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LE MENETRIER (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

LE MENETRIER

Quand le ménétrier des morts est passé
Avec un mignon cercueil pour boîte à violon,
Le crâne sans toque et les pieds déchaussés,
Lansquenets bravaches ou félons,
Pages d’amour charmants ou vieux cocus rossés
Ont fait la courbette jusqu’à ses talons.

Quand le ménétrier des morts est passé
Avec un tibia pour archet
Abbés papelards, mitrés et crossés,
Pourvus de pécheresses et d’évêchés
Ont lampé leur dernier pichet
Et sont vite allés se confesser.

Et toi aussi, chère petite adorée,
Tu as mis ta collerette de neige
Et ta couronne de fiancée
Pour suivre l’étrange cortège
De danseurs et d’amoureuses au bout du pré,
Quand le ménétrier des morts est passé.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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CHEZ MOI (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



CHEZ MOI

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son oeil brille
Quand Papa le peint en blanc.

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or,
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil, mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le Pape vient se confesser.
il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
il dort sur le paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille,
Tu veux te moquer de moi!
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt!

Ce que c’est d’être une fille
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long!

(René de Obaldia)

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Rêve d’avril (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Rêve d’avril

Lentes, lentes des barques glissent
Ainsi que de lointains remords
Et des rêves d’amour se tissent
Sur la trame des rêves morts.

Mon coeur qui ce soir se confesse
Egrène les jours révolus;
Ma mémoire exhume et caresse
Tous les rêves qui ne sont plus.

Du fond d’une barque qui passe
Un air aux accords languissants
Hésite à monter, puis s’efface
Dans l’air lourd du soir finissant.

De grands yeux, des yeux bleus de rêve
Ont fixé un instant mes yeux,
Puis s’éteignent – vision brève –
Dans l’éclat de leurs rêves bleus.

Je songe à ces yeux d’un bleu tendre
Dont j’ignore encor le secret,
Et mon rêve trop las d’attendre,
N’est plus fait que d’un lourd regret …

… Lentes, lentes les barques glissent
Ainsi que de lointains accords,
Et des rêves d’amour languissent
Sur la trame des rêves morts.

(Birago Diop)


Illustration

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