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Poésie

Posts Tagged ‘se consoler’

Sur le pas de la porte (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Une fois j’ai aimé, j’ai cru qu’on m’aimerait,
Mais on ne m’a pas aimé.
Je ne fus pas aimé pour cette unique bonne raison :
Cela ne devait pas être.
Je me suis consolé en retournant sous le soleil et sous la pluie,
Et en m’asseyant à nouveau sur le pas de la porte.

(Fernando Pessoa)


Illustration: Hippolyte Flandrin

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Que d’yeux (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Juliette Brigand-Damville 20

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Etre espère, ont réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste ?
Oh ! qu’il fait seul ! oh ! fait-il froid !
Oh ! que d’après-midi d’automne à vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre !
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone

(Jules Laforgue)

Illustration: Juliette Brigand-Damville

 

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Églantine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Églantine

On a vu au commencement de ce livre
qu’en quittant le domaine de la Fée aux Fleurs,
l’Églantine manifesta l’intention bien arrêtée de se faire femme de lettres.
Cette profession était tombée en discrédit, et on ne se souvenait guère
que par tradition du temps où il existait des femmes de lettres,
lorsque l’Églantine arriva en Gascogne.
Ce pays lui plut naturellement, et elle se fixa à Toulouse, capitale des troubadours.
Jeune, belle, riche, elle obtint tout de suite un grand succès,
ses salons ne désemplissaient pas, on la citait pour son esprit,
son bon goût, l’éclat de sa parure.

Comme il faut que toute femme de lettres ait sa manie,
elle ne se montrait en public que chaussée de bas couleur d’azur.
De là le nom de bas-bleu qu’on a donné par la suite
à toutes les personnes du beau sexe qui s’occupent de poésie et de littérature.
L’Églantine épousa Lautrec, jeune et beau cavalier qui l’aimait passionnément,
et qui, pour devenir son mari, brava la malédiction paternelle.

Quelques mois après, Lautrec en était à se repentir.
Elle voulait qu’il s’occupât des soins du ménage,
qu’il comptât avec la cuisinière, avec la blanchisseuse,
avec le boucher, avec l’épicier, avec tous les fournisseurs.
Un moment Lautrec se consola en songeant qu’il allait devenir père.

Hélas, ce titre fut pour lui un nouveau surcroît de chagrin et de désespoir.
L’Églantine lui laissait tout le soin du marmot:
c’était à lui à le débarbouiller, à le bercer, à le garder.
Elle émit la première cette pensée, aussi ingénieuse que profonde:
un mari est une bonne donnée par le Code civil.

Lautrec mourut jeune, les uns disent de fatigue et de chagrin,
les autres d’une fluxion de poitrine.
Quoi qu’il en soit, l’Églantine le pleura et composa une magnifique épitaphe en vers gascons
pour orner la tombe de son mari.

(J.J. Grandville)

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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L’impossible (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



L’impossible

Je puis mourir ce soir! Averses, vents, soleil
Distribueront partout mon cœur, mes nerfs, mes moelles.
Tout sera dit pour moi! Ni rêve, ni réveil.
Je n’aurai pas été ici-bas, dans les étoiles!

En tous sens, je le sais, sur ces mondes lointains,
Pèlerins comme nous des pâles solitudes,
Dans la douceur des nuits tendant vers nous les mains,
Des Humanités soeurs rêvent par multitudes!

Oui! des frères partout! (Je le sais, je le sais!)
Ils sont seuls comme nous. — Palpitants de tristesse,
La nuit, ils nous font signe! Ah! n’irons-nous jamais?
On se consolerait dans la grande détresse!

Les astres, c’est certain, un jour s’aborderont!
Peut-être alors luira l’Aurore universelle
Que nous chantent ces gueux qui vont, l’Idée au front!
Ce sera contre Dieu la clameur fraternelle!

Hélas! avant ces temps, averses, vents, soleil
Auront au loin perdu mon coeur, mes nerfs, mes moelles,
Tout se fera sans moi ! Ni rêve, ni réveil!
Je n’aurai pas été dans les douces étoiles!

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Console-toi (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration
    
Console-toi

quand tous les oiseaux se taisent
dans l’été accablant
alouette on te voit prendre encore
la direction du ciel

quand tous les arbres renoncent
que les couleurs sont défraîchies
ô sapin tes cimes vertes
percent ce désert

pour cette raison tiens bon
le monde est malade mais toi tu entonnes
déjà le printemps
il fait des miracles le son exact

***

Trost

Wenn schon aile Vögel schweigen
In des Sommers schwülem Drang,
Sieht man, Lerche, dich noch steigen
Himmelwärts mit frischem Klang.

Wenn die Bäume all’ verzagen
Und die Farben rings verglühn’
Tannbaum ! deine Kronen ragen
Aus der Ode ewiggrün.

Darum halt nur fist die Treue !
Wird die Welt auch alt und bang :
Brich den Frühling an aufi neue,
Wunder tut ein rechter Kiang !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Les Uns Contre Les Autres (Luc Plamondon)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Benoit Colsenet
    
Les Uns Contre Les Autres

On dort, les uns contre les autres
On vit, les uns avec les autres
On se caresse, on se cajole
On se comprend, on se console
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

On danse, les uns avec les autres
On court, les uns après les autres
On se déteste, on se déchire
On se détruit, on se désire
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

On dort, les uns contre les autres
On vit, les uns avec les autres
On se caresse, on se cajole
On se comprend, on se console

Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde
Toujours tout seul au monde

(Luc Plamondon)

 

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LA PERDRIX ET LES COQS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LA PERDRIX ET LES COQS

Parmi de certains Coqs incivils, peu galants,
Toujours en noise et turbulents,
Une Perdrix était nourrie.
Son sexe et l’hospitalité,
De la part de ces Coqs peuple à l’amour porté
Lui faisaient espérer beaucoup d’honnêteté :
Ils feraient les honneurs de la ménagerie.
Ce peuple cependant, fort souvent en furie,
Pour la Dame étrangère ayant peu de respect,
Lui donnait fort souvent d’horribles coups de bec.
D’abord elle en fut affligée ;
Mais sitôt qu’elle eut vu cette troupe enragée
S’entre-battre elle-même, et se percer les flancs,
Elle se consola : « Ce sont leurs moeurs, dit-elle,
Ne les accusons point ; plaignons plutôt ces gens.
Jupiter sur un seul modèle
N’a pas formé tous les esprits :
Il est des naturels de Coqs et de Perdrix.
S’il dépendait de moi, je passerais ma vie
En plus honnête compagnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autrement.
Il nous prend avec des tonnelles,
Nous loge avec des Coqs, et nous coupe les ailes :
C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Tous les matins je me dis (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration
    
Tous les matins je me dis « l’Amour viendra ».
Je me console avec les mots.

Je voudrais me perdre dans une forêt où une autre vie m’attendra.

Ni plus belle ni plus moche,
elle sera neuve et là l’espoir a ses quartiers.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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GRAPHIQUE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



GRAPHIQUE

I
Courbe des espaces, courbe des baies,
Vie qui n’est pas celle des gestes inutiles,
Qui me consolera de mon corps enseveli ?

II
Elle est en moi, dans la clarté
Que le soleil dépose au sommet des montagnes.
Par elle je sais que je vaincrai la nuit
Et tout le poids mort de mes membres.

III
Montrez-moi les anémones, les méduses et les coraux
Du fond de la mer.
Je nais à l’instant.

IV
La femme blanche que la nuit porte en son ventre
Émergea à la surface des eaux et mourut.

V
J’arrive à la plage et je vois que c’est moi
Le jour blanc.

***

GRÁFICO

I
Curva dos espaços, curva das balas,
Vida que nao é vida com os gestos inúteis
Quern me consolará do meu coreo sepultado ?

II
Ela está dentro de mim na claridade
Que o sol poisa no cimo das montanhas
Por ela sei que vencerei a noite
E todo o peso morto dos meus membros.

III
Mostrai-me as anémonas, as medusas e os corais
Do fundo do mar.
Eu nasci há um instante.

IV
A mulher branca que a noite traz no ventre
Veio à tona das águas e morreu.

V
Chego à Praia e vejo que sou eu
O dia branco.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: George Hunter

 

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