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Poésie

Posts Tagged ‘se consumer’

АU SECOURS ! (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration
    
АU SECOURS !

Ah, aimez-moi farouchement,
Chassez de moi le long tourment !
Singe en mon crâne en feu je glisse,
Cognant ma cage, hanté, dément,
Et je veux mordre et ma voix crisse…
Je ne crois plus, c’est mon supplice :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment!

Oh ! mortel, comprends-tu mon chant,
Ou n’est-il qu’un écho changeant,
Forêt qui vaguement murmure ?
Enlace-moi, quitte l’aimant
Du poignard à la lame sûre.
Plus de sauveur qui me rassure :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment !

Radeau sur le fleuve flottant,
Flotteur amer sur le courant,
Ma race d’homme va, meurtrie,
Dans la douleur se consumant.
Garde-moi, préviens ma furie,
Aimez-moi ! Je pleure et je crie :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Quand je vois l’alouette (Bernard de Ventadour)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Quand je vois l’alouette agiter
De joie ses ailes face aux rayons,
S’oublier et se laisser choir
Dans la douceur qui au coeur lui vient,
Hélas ! une si grande envie me pénètre
De ce bonheur que je vois,
Que je tiens à miracle
Si mon coeur ne se consume pas de désir.

Hélas! Je croyais tant savoir
Sur l’amour et j’en sais si peu!
Car je ne peux me retenir d’aimer
Celle que je ne peux atteindre.
Elle a tout mon coeur, elle m’a tout entier,
Elle-même et tout l’univers.
Elle ne m’a rien laissé,
Sauf le désir et un coeur fou.

(Bernard de Ventadour)

Illustration

 

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ENTRETIEN DU FEU (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



 

ENTRETIEN DU FEU

Le feu inspire et respire le monde
s’y consume et irradie
la contraignante liberté des astres
énigme programmée des hommes
pour anéantir purifier allier forger

Chaque homme prend racine
dans son feu intérieur
il peut en être consumé
sans le moindre élixir
capable de l’éteindre
jusqu’à l’instant où soufflera la mort

Immortel le feu qui tourmente le magma
parfois explose et ruine le sol des hommes
et la terre ressasse son tournoiement
dans un immuable rituel de derviche

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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QUATRE PEUPLIERS (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




QUATRE PEUPLIERS

Comme derrière elle-même va cette ligne
qui se poursuit dans les limites horizontales
et dans l’occident toujours fugitif
où elle se cherche se dissipe

– comme cette même ligne
par le regard levée
change toutes ses lettres
en une colonne diaphane
résolue en une non touchée
ni entendue ni vue mais pensée
fleur de voyelles et de consonnes

– comme cette ligne qui n’en finit pas de s’écrire
et avant de se consumer se redresse
sans cesser de s’écouler mais vers le haut :

les quatre peupliers.

Aspirés
par la hauteur vide et là en bas,
dans une flaque faite ciel, dupliquée,
les quatre sont un seul peuplier
et ils n’en sont aucun.

Derrière, frondaisons en flammes
qui s’éteignent – le soir à la dérive –
d’autres peupliers déjà haillons spectraux
interminablement ondulent
interminablement immobiles.

Le jaune glisse vers le rose,
la nuit dans le violet s’insinue.

Entre le ciel et l’eau
il y a une frange bleue et verte :
soleil et plantes aquatiques,
calligraphie ardente
écrite par le vent.
C’est un reflet suspendu dans un autre.

Passages : palpitations de l’instant.
Le monde perd corps,
il est une apparition, il est quatre peupliers,
quatre mélodies mauves.

De fragiles branches grimpent par les troncs.
Elles sont un peu de lumière avec un peu de vent.
Va-et-vient immobile. Avec les yeux
je les entends murmurer des paroles d’air.

Le silence s’en va avec le fleuve,
revient avec le ciel.

Réel est ce que je vois :
quatre peupliers sans poids
plantés sur un vertige.
Une fixité qui se précipite
vers le bas, vers le haut,
vers l’eau du ciel dormante
en un svelte effort sans dénouement
pendant que le monde lève l’ancre vers l’obscur.

Pulsation de clartés dernières :
quinze minutes assiégées
que Claude Monet voit d’une barque.

Dans l’eau s’abîme le ciel,
en elle-même l’eau fait naufrage,
le peuplier est un coup de feu bleu:
ce monde n’est pas solide.

Entre être et ne pas être titube l’herbe,
les éléments s’allègent,
les contours s’estompent,
moires, reflets, réverbérations,
scintillement de formes et présences,
brume d’images, éclipses,

nous sommes ce que je vois : miroitements.

(Octavio Paz)

Illustration: Claude Monet

 

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Tête ventre coeur réconciliés (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration: Oskar Kokoschka    
    
tête ventre coeur réconciliés. incandescence qui fouille aimer jusqu’à l’onde de choc.
idiotie flamboyante où il fait bon se consumer

.

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: Salerni
Traduction:
Editions: La lettre volée

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ÉTÉ (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




Illustration: Alejandra Atarés

    

ÉTÉ

Voici l’été qui vient à nous, l’été s’en vient c’est chose sûre
Car les bois sont pleins de jacinthes et les haies foisonnent de fleurs
Et la corneille est sur le chêne en train de bâtir sa demeure
Et l’amour est diamants de feu dans le sein de ma douce amante
Qui tresse là-bas ses cheveux sous le buisson d’épine blanche
Ah je veux l’aller retrouver lui faire ma tendre demande
Et contempler son clair visage et reposer en sa beauté
Et sur son doux sein alléger ma peine de coeur lancinante
La bête à bon Dieu va quêtant sur la fleur épanouie du mai
L’abeille allègre butinant de l’aube jusqu’à la vêpraie
Et le pinson couve en son nid que tapisse la mousse grise
Dans le buisson d’épine blanche où sur son sein je m’appuierai
Oui je m’appuierai sur son sein en lui chuchotant à l’oreille
Que je ne puis plus fermer l’oeil à force de penser à elle
Que j’ai perdu tout appétit que je me consume d’amour
Pareil à la rose des haies qu’assassine l’ardeur du jour

Sous le buisson d’épine blanche au bout du pré ma douce amante
Fait un ouvrage de filet et nulle à voir n’est plus charmante
Elle n’a chapeau ni bonnet mais un peigne incrusté de perles
Dont la diamantine rosée sur sa tête exquise étincelle
Sa robe de moire ou de soie est rouge ensemble que bleu ciel
Brillant écrin où son coeur bat comme un balancier très fidèle
Je veux enlacer de ce bras le tendre sein de mon amie
Et la baiser sans émouvoir le pinson qui couve en son nid

***

SUMMER

Come we to the summer to the summer we will come
For the woods are full of bluebells and the hedges full of bloom
And the crow is on the oak a building of her nest
And love is burning diamonds in my true lover’s breast.
She sits beneath the white thorn a-plaiting of her hair
And I will to my true love with a fond request repair
I will look upon her face I will in her beauty rest
And lay my aching weariness upon her lovely breast
The clock-a-clay is creeping on the open bloom of May
The merry bee is trampling the pinky threads all day
And the chaffinch it is brooding on its grey mossy nest
In the white thorn bush where I will lean upon my lovers’s breast
I’ll lean upon her breast and I’ll whisper in her ear
That I cannot get a wink o’sleep for thinking of my dear
I hunger at my meat and I daily fade away
Like the hedge rose that is broken in the heat of the day.

Among the white thorn bushes at the edge of the green
My Love is doing network and is lovely to be seen
No cap or bonnet on her hair her comb with pearls inlaid —
They shine like diamond drops o’dew upon the lovely maid
Her gown is silk or satin — its colours red and blue
And her heart beats ‘neath the gloss on’t like a pendulum so true
I’ll go and clasp an armful about her bonny breast
And kiss and ne’er disturb the chaffinch on its nest

(John Clare)

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Confiance (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter

Confiance

Ils s’aiment en silence, et leur coeur se consume;
En attendant toujours l’instant qui doit venir.
Ils souffrent, mais pourtant ils n’ont pas d’amertume,
Ils savent que demain leur tourment va finir.

Ils savent que demain les Heures merveilleuses
Viendront sonner pour eux la fête de l’Amour
Et qu’Elles souriront aux belles amoureuses
Qui pleurent dans la nuit en espérant le jour.

Et dans le soir, fiévreusement, leurs bras se tendent
Bien qu’ils soient séparés, ils se parlent tout bas.
Ils disent doucement que leurs âmes s’attendent,
Et qu’il est des amours que l’on ne détruit pas.

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Je m’assiérai… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Je m’assiérai…

Je m’assiérai au pied d’un chêne
Pour écouter la chute vaine
Des feuilles dans le soir mourant.

Rongeant la mousse et la bourdaine,
J’écouterai, qui les ravine,
L’eau s’écouler en soupirant;

S’éffacer aux combes baignées
D’ombre, le rythme des cognées
Qui trouble le bois endormi;

Sous la hache qui le dépèce
Le hêtre qui penche et s’affaisse
Et son cri lentement gémi,

Comme sorti d’une âme humaine.
J’écouterai craquer les faînes,
Et les glands avec un bruit doux

Tomber en frôlant l’herbe sèche,
Puis tout à coup la pie-grièche
Eclater de rire. Dessous

La mousse, dans son trou humide,
Le mulot rentrer et, fluide,
Aux rameaux pourris déchirant

Ses lambeaux, crépiter la brume.
Las! tout s’éteint et se consume….
O mon coeur, pèlerin errant,

Dépose ton bourdon, ta gourde
Et le manteau. Voici la tourbe
Où le ruisseau s’anéantit,

Dans la paix des choses qui meurent
Entre comme en une demeure,
Mulot sous la terre blotti.

Aux sources que la ronce obstrue
Et s’engourdissant sous la crue
Des feuilles rousses, mire-toi.

Pareil à ce méchant érable,
Toi que lasse l’insaisissable
Rêve, vers l’ombre courbe-toi.

Libéré surtout de toi-même,
Sois cet inconscient poëme:
Au creux des serpolets velus

L’eau de mystère et de silence
Et d’où nul sanglot ne s’élance,
L’eau qui dort et ne souffre plus.

(Marie Dauguet)

 

 

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Pierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Pierre

Les villages somnolent sous leur couvercle de pierre
rêvant tout haut dans la voix des batteuses
les matins se soulèvent d’argent
entre les arbres immobiles d’attente et d’espoir
l’espace jeté sur le monde
se consume comme un peu d’alcool trop bleu
vos fantômes se couchent au seuil des portes
spongieux d’incertitude
Un souffle menu comme un fil de lumière
s’échappe de leurs poumons de soie rouge
De vieilles prières d’amour
apprises au long des routes
étanchent leurs lèvres pâles
Quelques lambeaux de femme
flottent dans leur cœur vide…
Les charrues jouent mal du violon
sur les coteaux savonnés de brume.
Automne, ô belle fille baignée de larmes
ô belle blonde qui plonge tes seins nus
dans la paume transparente du soleil
tes yeux sont trop clairs de regrets
Ta bouche entr’ouverte brille d’un peu de ciel
ta poitrine se plaint dans la brise exténuée
Nul ne sait où tombe ton regard
où se désespèrent muettes tes feuilles mortes
Nul ne sait si la mort fait mourir
Si le soleil est éternel de l’autre côté du monde.

(Lucien Becker)

 

 

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Alkékenge (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017




Alkékenge

Voici le temps du canevas.
Pas de travail plus délicat
Que la robe de l’alkékenge:
Elle était rouge, elle est orange.
Et le coeur se montre à présent.
Ô feu du sol, ove de sang
Qui luis au fond de la lanterne,
Que le gel, le vent de galerne,
Ne consume pas ton éclat!
Voici le temps du canevas.
L’automne est une jeune fille
Qui prélève à pointe d’aiguille
Un bout de fibre, un peu de chair,
Avant l’écorché de l’hiver.

(Pierre Menanteau)

 

 

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