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Poésie

Posts Tagged ‘se convertir’

Un chant se retourne (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Un chant se retourne
et se verse en dedans.
Il touche le rêve de l’homme,
le labyrinthe fluvial de son sang,
la passion qui le harcèle,
l’île de la pensée,
le centre pèlerin de l’amour,
le pâle coin des absences.

Le chant le parcourt
comme le vol d’un oiseau.
Et subitement ce vol
se convertit en nuée
dans un ciel oublié.

Lorsqu’il surgit à nouveau,
la voix n’est pas celle qui chante.
Les mains chantent aussi,
la peau, l’homme entier,
son visage, son ombre.
Et tout se transmet :
l’infini chante.

***

Un canto se da vuelta
y se vuelca hacia adentro.
Toca el sueño del hombre,
el fluvial laberinto de su sangre,
la pasión que lo acosa,
la isla del pensar,
el centro peregrino del amor,
el pálido rincón de las ausencias.

El canto lo recorre
como el vuelo de un pájaro.
Y de pronto ese vuelo
se convierte en bandada
por un cielo olvidado.

Cuando vuelve a surgir
no es la voz la que canta.
También cantan las manon,
la piel, el hombre entero,
su mirada, su sombra.
Y todo se contagia:
el infinito canta.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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LE poème continu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
LE poème continu,
l’écriture continue,
le texte qui jamais ne s’achève
et ne s’interrompt jamais,
le texte qui équivaut à être.

La vie se convertit
en une forme d’écriture
et chaque chose est une lettre,
un signe de ponctuation,
l’inflexion d’une phrase.

Métabolisme inaugural
d’une philologie
qui a découvert un nouveau verbe :
le verbe toujours.

La poésie s’écrit toujours,
vivre se vit toujours,
quelque chose s’éveille toujours :
poème-toujours.

L’être est écriture.

Et une parole est suffisante
pour toute l’action :
toujours.
L’autre verbe,
jamais,
n’est que son ombre.

***

EL poema continuo,
la escritura continua,
el texto que nunca se termina
y nunca se interrumpe,
el texto equivalente a ser.

La vida se convierte
en una forma de escritura
y cada cosa es una letra,
un signo de puntuación ,
la inflexión de una frase.

Inaugural metabolismo
de una filología
que ha descubierto un nuevo verbo:
el verbo siempre.

La poesía se escribe siempre,
vivir se vive siempre,
algo despierta siempre:
poema-siempre.

El ser es escritura.

Y una palabra es suficiente
para toda la acción :
siempre.
El otro verbo,
nunca,
es tan sólo su sombra.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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La vie dessine un arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration
    
La vie dessine un arbre
et la mort en dessine un autre.
La vie dessine un nid
et la mort le copie.
La vie dessine un oiseau
pour qu’il habite le nid
et la mort aussitôt
dessine un autre oiseau.

Une main qui nе dessine rien
se promène entre tous les dessins
et de temps à autre en change un de place.
Par exemple :
l’oiseau de la vie
occupe le nid de la mort
sur l’arbre dessiné par la vie.

D’autres fois
la main qui ne dessine rien
efface un dessin de la série.
Par exemple :
l’arbre de la mort
soutient le nid de la mort,
mais aucun oiseau ne l’occupe.

Et d’autres fois
la main qui ne dessine rien
se convertit elle-même
en image excédente,
à figure d’oiseau,
à figure d’arbre,
à figure de nid.
Et alors, seulement alors,
rien ne manque ni n’est de trop.
Par exemple :
deux oiseaux
occupent le nid de la vie
sur l’arbre de la mort.
Ou l’arbre de la vie
soutient deux nids
où habite un seul oiseau.

Ou un unique oiseau
habite un seul nid
sur l’arbre de la vie
et sur l’arbre de la mort.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Quand on a une fois mis le pied de l’autre côté (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Patrick Marquès
    
Quand on a une fois mis le pied de l’autre côté
et qu’on peut néanmoins revenir,
оп ne foulera jamais plus le sol comme avant
et peu à peu on ira foulant de ce côté l’autre côté.

C’est l’apprentissage
qui se convertit en l’appris,
le plein apprentissage
qui ne se résigne plus ensuite
à ce que tout le reste,
surtout l’amour,
ne fasse pas de même.

L’autre côté est la contagion la plus grande.
Les yeux même changent de couleur
et prennent le ton transparent des fables.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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