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Posts Tagged ‘se creuser’

Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration
    
Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde

Bonheur, cause entendue,
Cause perdue,
J’aimerai le premier visage,
Je vous appellerai ma sœur,
Passante, mettez-vous entre le monde et moi,
Je tomberai de rue en rue,
Cueilli dans les filets
Qui me retiendront tout le soir ;
Et dans le buisson des lumières,
Couteaux aigus visant au cœur,
Je dormirai peut-être sur les pierres,
Je dormirai peut-être sur le vide
Je dormirai aux portes du matin,
Une épaule nue glisse avec la nuit,
Est-ce la vague qui se creuse
Et se soulève et prend un corps
Qui doit mourir ?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA VAGUE (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Clark Little
    
LA VAGUE

Vague qui monte, et à sa crête
rencontre la lumière qui la traverse
puis retombe, et la mer se creuse pour la recevoir
dans son sac noir et la brasser encore
pour quel or recueillir enfin
pour quelle main tendue?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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GRAND NU (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt
    
GRAND NU

Délivrez-nous, Seigneur, de cette image :
une fille rousse et nue, couchée, dont le corps
se creuse comme un nid, un berceau, un navire.

La chevelure ardente étire son feu bas, la bouche
est enfantine, goulue, l’oeil vert, mi-clos,
médite entre les cils. Du sein, au centre, frôlé par
la lumière, le mauve léger s’avive, et la jambe pliée
tout près, immense chair, mime la haute voile
d’un triomphe : Danaé sans doute, puisqu’une chute
d’or ruse entre ses ouisses, mais à nos yeux toujours
celle avec qui jadis, pour de semblables fêtes,
nous gagnâmes à travers bois des auberges obscures.

Voyez ! Protégez-nous du piège d’une telle
beauté, des errances de la mémoire. Considérez
notre fatigue, l’esprit si tard porté sur d’autres
routes, et que ces lèvres déjà détournent. Car nous
savons encore le goût de leur salive, le parfum
et la plainte et le sommeil d’amour dans le creux rose.

Apportez-nous remède. Effacez, arrachez ou plutôt
élevez cette chair loin des chambres mortelles,
faites briller ses yeux, sa grâce, sa courbe claire
sur une toile ou dans le marbre ou dans
les mots, qui longuement tremblent puis
transparents se figent, du poème.

(D’après Gustav Klimt.)

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Tout en train de disparaître (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018




    
Tout
en train de
disparaître.

– Goûts, mémoire,
attachements.

La distance se creuse
de moi au soleil.

Plus aucune avidité
ne passerelle
mes mots.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

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SEUL JE SAIS (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



Andrius Kovelinas   2

SEUL JE SAIS

Une robe déchirée qui tombe sur la prairie
bourgeonnante. Un sein de femme que le soleil fustige :
À ce corps viennent de pousser des ailes. Chevelure
entre les doigts du vent, il va se perdre en un galop
de musique. Seul je sais que des neiges l’attendent.
Elles se creusent. Elles l’absorbent.

(Jules Tordjman)

Illustration: Andrius Kovelinas

 

 

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Logis de Yi-gong dans le temple Da-yu (Meng Hao-ran)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    

Logis de Yi-gong dans le temple Da-yu

Le Maître Juste, pratiquant du Chan
A sa demeure sur un mont boisé
Volets ouverts : le haut pic s’élance
Au bas du seuil se creusent les ravins

A l’heure du couchant nimbé de pluie
L’ombre verte descend sur la cour
Épouser la pureté d’un lotus :
Son âme que nulle boue n’entache

(Meng Hao-ran)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME

Le vent a apporté de loin
L’écho d’un chant de printemps,
Là-haut, dans le ciel profond,
Un lambeau lumineux s’est creusé.

Dans ces abîmes d’azur,
Dans l’imminence du printemps,
Pleuraient les tempêtes d’hiver,
Fusaient les songes étoilés.

Une plainte sombre et profonde
A résonné sur mes cordes,
Le vent a apporté de loin
L’écho de tes chants éclatants.

***

Ce qui t’anime, je l’ai compris —
Et je te barre le chemin.
La flamme des désirs d’ailleurs
Frémit dans ton sein virginal.
Mes faibles mots, contre ce feu,

N’ont pas la force de lutter,
Lorsque tu vas à la rencontre,
De l’origine, proche et lointaine !
J’ai tout compris, je me retire.
Le jour qui vient est jour béni.

Joyeuse dans l’ombre vermeille,
Tu t’es échappée de la nuit.
Mais je vois ta robe de Vierge,
J’ai vécu ce jour avec toi…
Que l’âme reste inguérissable —
Le songe passé est béni.

***

Tu pars dans l’ombre vermeille,
Dans les cercles infinis.
J’ai entendu l’écho léger,
J’ai entendu des pas lointains.

Es-tu proche ou bien lointaine,
T’es-tu égarée dans les nues?
Me faut-il guetter la rencontre
Dans ce silence si sonore?

Dans le silence on entend mieux
Les pas lointains qui résonnent,
Est-ce toi qui, flamboyante,
Refermes les cercles infinis ?

***

Ma prophétie s’est accomplie :
Avant la tombe, encore une fois,
Ton Sanctuaire s’est embrasé
Du feu d’une force secrète.

Et, tout empli de ce triomphe,
Et enivré du grand secret
Je sais — ce n’est pas un hasard
Si s’accomplit la prédiction.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Jalousie (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Jalousie

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler
A vos jeux… si je sens mon âme se troubler,
Si soudain sur mon front une ride se creuse,
Si ma pensée empreint sa trace douloureuse
Sur mes traits, que l’on voit se couvrir de pâleur,
Ce n’est point jalousie, ô femmes ! c’est douleur !

Du bonheur passager de la nouvelle épouse,
De ses illusions je ne suis pas jalouse.
Quand elle apparaît, j’aime à l’entendre applaudir,
A voir sous l’oranger son front pur resplendir,
Sa parure éblouir la foule qui l’entoure,
J’aime à la croire heureuse alors qu’elle savoure
Cet encens que le monde aux femmes jette un jour,
Encens de vanité parfumé par l’amour !…

Mais ce qui me torture et fait fléchir mon âme,
C’est de voir auprès d’elle assise une autre femme,
Jeune de son bonheur dont elle prend sa part,
Fière de ses succès, l’adorant du regard,
Et la nommant tout haut sa fille, ô peine amère !
Je suis jalouse alors, car je n’ai plus de mère !

(Louise Colet)

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Illustration: Lisa G

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (I)

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s’y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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