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Poésie

Posts Tagged ‘se creuser’

Les yeux blancs (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



Les yeux blancs
Le sang vit le plus longtemps

il coule il est avide d’air
la transparence s’épaissit

desserre le petit noeud du pouls
le soir la colonne monte

à l’aube la bouche se couvre de moisi
de plus en plus près
d’une tempe qui se creuse

de paupières qui déclinent
les yeux blancs ne retiennent pas la lumière
le triangle brisé des doigts

le souffle ôté au silence
la mère crie
elle secoue un prénom inerte

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Alors que la faux sculpte le champ (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017




Alors que la faux sculpte le champ
J’entends le cri rouge d’un coquelicot
Le moissonneur étreint sa gerbe
Et danse avec elle
De longues chevelures blondes
Pendent des charrettes
Dans le chemin qui se creuse.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Joseph Matar

 

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Le désir n’a pas de légende (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Le désir n’a pas de légende

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

[…]

(Lucien Becker)

 Illustration: Renata Domagalska

 

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LE VERGER (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



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LE VERGER

Si nous regardons l’arbre
Nous ne sommes pas l’arbre
Qui est dans son espace
Maintenant odorant et blanc
A perte de vue dans la vie
C’est ainsi que mon corps se creuse
Et brûle des doigts
J’existe d’amour au-dehors
Tant que je tiens ma main dans la flamme

(Heather Dohollau)

 

 

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JAN SIX (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2016



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JAN SIX

Derrière sa tête le ciel se creuse
Cet homme seul
Qui lit à la fenêtre
Ouvre un autre espace
Comme dans un sablier d’or
Le temps s’éblouit
Et l’heure brève s’écoule absente
Adossé au soleil
Le visage porté par les ailes du col
Danseur immobile
Il se meut en lui-même
Et l’eau informe le verre
D’une buée fragile

(Heather Dohollau)

Illustration: Rembrandt van Rijn

 

 

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D’où part le cri (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



D’où part le cri
Quel est le tir, la cible ?

Quand nous croyons ne rien pouvoir lire sur la pierre du paysage,
nous ne sommes pas à bonne distance.
Un peu plus près, un peu plus loin et les signes se creusent,
nous laissant passer comme une brume légère de septembre
dans le lit desséché de la mer.

Car,

Avec un rocher anonyme nous avons engendré un sphynx à la crinière de lierre,
qui, gardé par les corbeaux,
nous tient maintenant pour toujours en dehors de nous-mêmes.

(Heather Dohollau)

Illustration: Mihai Criste

 

 

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L’ÉCRIT se creuse (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



L’ÉCRIT se creuse, le
Parlé, vert marin,
brûle dans les baies,

dans les noms
liquéfiés
les marsouins fusent,

dans le Nulle part éternisé, ici,
dans la mémoire des cloches
trop bruyantes –  mais où donc ?,

qui
dans ce
rectangle d’ombres,
s’ébroue, qui
sous lui
scintille un peu, scintille, scintille ?

(Paul Celan)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Les soirs se creusent sous ton œil (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2016



Les soirs se creusent
sous ton œil. Recueillies
avec la lèvre, des syllabes – beau
cercle en silence –
guident l’étoile qui rampe
vers leur centre. La pierre,
autrefois proche des tempes, ici s’ouvre

(Paul Celan)

Illustration

 

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PORTRAIT ET COMMENTAIRE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



PORTRAIT ET COMMENTAIRE

Voici le portrait d’un homme que j’ai connu.
Il est assis à table, le journal grand ouvert.
Ses yeux se sont logés derrière ses lunettes.
Son costume est lavé aux lueurs des sapins.

C’est un visage blême, à moitié achevé.
Mais qui a toujours su éveiller la confiance. Ainsi
on se gardait de l’approcher de près
et peut-être alors de tomber sur un drame.

Son père, dit-on, roulait sur l’or.
Mais personne chez eux n’en était vraiment sûr —
on avait l’impression que des pensées étranges
entraient de force la nuit dans la villa.

Le journal, ce grand papillon sale,
la table et la chaise et le visage se délassent.
La vie s’est arrêtée dans des cristaux géants.
Qu’elle n’en sorte plus jusqu’à nouvel ordre!

Ce que je suis en lui repose.
Et existe. Il ne vérifie rien
et ainsi, cela vit et perdure.

Qui suis-je ? Il y a longtemps
j’approchais parfois quelques secondes
ce que JE suis, ce que JE suis, ce que JE suis.

Mais au moment de ME découvrir,
JE m’effaçais et un trou se creusait
et je tombais dedans, tout comme Alice.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Anthony Browne

 

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