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Posts Tagged ‘se défaire’

LA DERNIERE INNOCENCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018




LA DERNIERE INNOCENCE

Partir
corps et âme
partir.

Partir
se défaire des regards
pierres oppressantes
qui dorment dans la gorge.

Je dois partir
plus d’inertie sous le soleil
plus de sang ébahi
plus de prendre la file pour mourir.

Je dois partir

Mais fonce, voyageuse!

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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Si vite (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Si vite que s’échappe ta vie avec la mienne,
et plus vite ta pensée,
absente dans les mots, le monde, les remords,
plus vite encore mon angoisse me retranche.

Présence égale et palpable, patiente et respirante,
plus fidèle que la mort,
il faudra donc mourir sans t’avoir rencontrée !

A toi seul j’appartiens, vertige qui me sépare,
tourbillonnante démence de solitude
où tout se défait avant d’exister.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Odilon Redon 

 

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Une rumeur à peine audible (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
une rumeur
à peine audible
mêlée à une poussée
un appel

elle hausse le ton
se précise

des mots étouffés
vite perdus

je me sonde
les cherche
tâtonne
au sein du silence
qui les a repris

ce qui voudrait
éclore
ne cesse de coaguler
se défaire
se recomposer

ne cesse de s’absenter
et de réapparaître

des mots plus vaillants
luttent s’imposent se nouent
donnent consistance
à ce qu’il leur faut
engendrer

la main entre en action
transcrit le poème
qui lui est dicté

que dit-il

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Une rumeur à peine audible (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
Une rumeur
à peine audible
mêlée à une poussée
un appel

elle hausse le ton
se précise

des mots étouffés
vite perdus

je me sonde
les cherche
tâtonne
au sein du silence
qui les a repris

ce qui voudrait
éclore
ne cesse de coaguler
se défaire
se recomposer

ne cesse de s’absenter
et de réapparaître

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Pour combattre ma tendance au silence (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: https://wordart.com/
    
Pour combattre ma tendance au silence (comme on dit « tendance au suicide »),
il n’y avait que des mots, rien que des mots pour m’en sortir.

Les mots m’ont appris à reconnaître les choses, les arbres, les fleurs,
les styles d’architecture, les individus, les attitudes et même les rêves.
Ainsi, les mots m’ont-ils appris à dessiner.

Ce sont mes seuls maîtres, ils me tiennent éveillé, comme des vigiles.
J’ aimerais pouvoir m’en défaire. Mais ce n’est pas possible.

Ils existent sans moi, impavides et dominateurs.
Ce sont les souverains du silence.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence

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LES GENS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration  
    
LES GENS

Le bien en notre famille est juste un passant,
Mais l’intérêt sait nous guider, jouer au maître.
Le riche l’a compris, tôt, mais stupidement.
Beaucoup de malheureux commencent à l’admettre.

Finiront tous ces vieux tissus par se défaire :
C’est sans raison que nous couvrons les scélérats,
Nous qui pensons être des justes, étant fiers.
En rien, les mots qu’on dit, l’air ne les changera.

A pleins poumons nous chantons tous, et nous pensons
Nous aguerrir avec du vin, avec des drogues,
Mais vide est notre bouche, et notre humeur est rogue.

Est vertueux l’homme déçu mais sans façon.
Nous, nous crachons jusqu’au ciel nos humeurs caustiques…
Sylve livrée au bourdon idiot des moustiques !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Ô toi (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Théodore Chassériau
    
Ô toi, gazelle qui m’as réduit,
enchaîné, au pouvoir de tant de misères,
Depuis ce jour où tu m’as fui,
je n’ai guère goûté aux douceurs du sommeil.
Mon rêve, mon bonheur ? Un petit signe,
un regard, en passant…

Ô mon bourreau d’amour, je ne veux
pour intercesseur que ton beau visage.
Je vivais libre, sans rien à voir avec l’amour,
et m’en voici désormais l’otage.
Mon secret jadis bien gardé
devient aujourd’hui affaire publique.

Je ne peux me défaire de toi :
traite-moi donc comme il te plaira.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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A ceux qui sont hagards (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018




    
A ceux qui sont hagards
Dans les salles d’auberge
Et qui devant les murs
Se défont en passant
Comme autant de nuages

On essaierait en vain
De leur poser les doigts
Sur un pichet d’eau froide.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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DEPUIS TOUJOURS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



 

DEPUIS TOUJOURS

Depuis toujours ces choses tournent
Et se rapprochent, puis s’écartent
En se crachant de la lumière,
De la poussière, du feu mort,
Et se rapprochent, puis s’écartent.

Depuis toujours ces choses tournent,
Tournent plus vite, puis moins vite,
Se cherchent, on dirait, s’évitent,
Se hâtent, mais vers nulle part,
Vont pour se joindre, mais s’évitent.

Depuis toujours en toute hâte
Ces choses vont vers nulle part.
On dirait parfois qu’une pâte
Se prépare. De grands fouets tournent.
Et puis la pâte se défait.

(Jules Romains)

Illustration

 

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