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Poésie

Posts Tagged ‘se demander’

Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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LE BRUIT DES ARBRES (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

LE BRUIT DES ARBRES

Je me suis toujours demandé
Pourquoi nous aimons supporter
Plus que tout autre bruit
Le bruit que font les arbres, sans répit,
Si près de nos demeures.
Nous les souffrons heure après heure
Et nous en perdons notre sens
Du mouvement et de la permanence
Des joies; nous écoutons et semblons autre part.
Ils parlent de départ
Et ne partent jamais,
Ils parlent, bien qu’ils sachent,
Devenus vieux et sages,
Qu’ils sont là à jamais.
Mes pieds se cramponnent au sol
Et ma tête oscille sur mes épaules,
Quelquefois, quand, de la fenêtre ou de la porte,
Je vois les arbres osciller.
Je partirai pour quelque part,
Je ferai témérairement ce choix
Un jour où ils seront en voix
Et s’agiteront au point d’effrayer
Et faire se sauver
Les grands nuages blancs.
Je parlerai moins qu’eux,
Mais moi je partirai.

(Robert Frost)

 

 

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Mandarins (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration
    
mandarins
nom étrange pour des oiseaux si petits
dans ces cages ornées
de laine et de millet secs.

à l’abri
séparés de la rue par les fenêtres
ils attendent l’éternité.

marionnettes minuscules,
blanches
même la nuit.

se demander ce qu’ils trouvent
dans ce grain de millet si sec.

dans leur tête
une étoile
dont ils parlent la langue.

dans la nuit
au matin
il ne reste qu’un point.

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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Champ de tir (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



Illustration
    
Champ de tir

Coups d’oeil bavards
Coups d’oeil en biais
Coups d’oeil vides
Coups d’oeil sans importance
Coups d’oeil qui importent
Coups d’oeil lourds de sens ou sans poids
Coups d’oeil prostitués
Coups d’oeil superficiels
Coups d’oeil profonds
Coups d’oeil épées
Coups d’oeil de feu
Coups d’oeil clandestins
Coups d’oeil en silence.

T’es-tu jamais demandé
s’ils se croisent correctement
tous ces différents coups d’oeil ?

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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Tu vas devant le miroir (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Illustration: René Magritte
    
Tu vas devant le miroir, et vois ce visage
où tu as coutume de vivre. Parfois, tu te demandes
si tu ne loges pas essentiellement dans ton regard.

(Jean-Louis Giovannoni)

 

Recueil: Les mots sont des vêtements endormis
Traduction:
Editions: Unes

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Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis (Jacques Derrida)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis
– et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence,
par le regard d’un animal, par exemple les yeux d’un chat,
j’ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne.
Pourquoi ce mal ?

J’ai du mal à réprimer un mouvement de pudeur.
Du mal à faire taire en moi une protestation contre l’indécence.
Contre la malséance qu’il peut y avoir à se trouver nu, le sexe exposé,
à poil devant un chat qui vous regarde sans bouger, juste pour voir.

Malséance de tel animal nu devant l’autre animal,
dès lors, on dirait une sorte d’animalséance :
l’expérience originale, une et incomparable de cette malséance
qu’il y aurait à paraître nu en vérité,
devant le regard insistant de l’animal,
un regard bienveillant ou sans pitié, étonné ou reconnaissant.
Un regard de voyant, de visionnaire ou d’aveugle extra-lucide.

C’est comme si j’avais honte, alors, nu devant le chat,
mais aussi honte d’avoir honte.
Réflexion de la honte, miroir d’une honte honteuse d’elle-même,
d’une honte à la fois spéculaire, injustifiable et inavouable.
Au centre optique d’une telle réflexion se trouverait la chose
– et à mes yeux le foyer de cette expérience incomparable qu’on appelle la nudité.
Et dont on croit qu’elle est le propre de l’homme,
c’est-à-dire étrangère aux animaux, nus qu’ils sont, pense-t-on alors,
sans la moindre conscience de l’être.

Honte de quoi et nu devant qui ?
Pourquoi se laisser envahir de honte ?
Et pourquoi cette honte qui rougit d’avoir honte ?

Devant le chat qui me regarde nu,
aurais-je honte comme une bête qui n’a plus le sens de sa nudité ?
Ou au contraire honte comme un homme qui garde le sens de la nudité ?

Qui suis-je alors ?
Qui est-ce que je suis ?
À qui le demander sinon à l’autre ?
Et peut-être au chat lui-même ?

(Jacques Derrida)

Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: L’animal que donc je suis
Traduction:
Editions: Galilée

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Mon temps (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




Illustration  de l’auteur
    
Mon temps

Mon temps tire à sa fin
et je n’ai toujours
pas chanté
la vraie chanson
la grande chanson

j’avoue
que j’ai l’air
d’avoir perdu courage

un coup d’oeil dans la glace
un clin d’oeil dans mon coeur
me donne envie
de la fermer à jamais

alors pourquoi me forces-tu à me pencher ici
Seigneur de ma vie
à me pencher à cette table
au milieu de la nuit
à me demander comment être beau ?

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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LE PRISONNIER CÉLESTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Illustration: Noèla Morisot
    
LE PRISONNIER CÉLESTE

Enlevez-moi les coqs les femmes et les fleurs
Mon Dieu mais laissez-moi une heure
Parmi ces enfants égorgés
J’arrive d’un pays perdu
Loin de la terre
D’un pays noir sous les gouttières
Du ciel
Un ciel de sang
Et j’ai vécu me demandant
Quel échafaud m’emporterait dans sa lumière
Hélas j’ai dû souffrir longtemps devant ma table
Seul
Parce que je ne suis pas assez coupable
Parce que j’ai gâché tous mes dons d’assassin
Il y a encore trop de soleil sur mes mains
Je pense à des ciguës très douces à des râles
Au cours de promenades matinales
Avec agents
Bons anges qui me conduiraient au jugement
Seigneur je vous demande une place sur terre
Mettez-moi n’importe où mais que je puisse faire
Signe à ceux qui attendent de moi
Autre chose que des larmes et qu’une fois
Au moins je puisse dire
« L’oiseau ne monte pas aussi haut que mon rire
Je suis bien avant dans la joie »

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Je reviens d’un voyage en zéro absolu (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Je reviens d’un voyage en zéro absolu
Comment peut-on entrer dans cette inexistence
Et comment peut-on en sortir
J’en suis pourtant sorti
Puisque je me demande comment j’ai pu sortir

(Pierre Albert-Birot)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Je me demande parfois (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




Illustration: Édouard Debat-Ponsan
    
Je me demande parfois
si ce n’est pas le maître des Ténèbres
qui inspire les religions,
à seule fin de défigurer
l’image de Dieu !

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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