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Posts Tagged ‘se dépêcher’

INTERMÈDE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
INTERMÈDE

Pendant que j’étais chez la fruitière
Il est entré une petite fille,
Un litre couché dans son bras
Et des sous pressés dans sa main :
– Trois sous de sel et un litre de bière.
Sa bouchette aux lèvres froncées
Avait grand sérieux et pensait :
Dépêchons-nous ! Que de soucis !
Sa bouchette aux lèvres froncées
N’empêchait pas mais accusait plutôt
Dans les joues fraîches, deux fossettes ;
Et son petit nez de bébé
Semblait railler sa gravité.
Mais son regard de grande dame…
Mais sa nuque entre ses deux nattes !
– De la bière à combien, mon enfant ?
– « À six sous. » Elle vérifia
Un à un les sous dans sa main
Donna son litre et attendit
Et fut toute tendue d’attente.
Y avait-il pas quelque part
Au pied d’un lit, dans une encoignure,
Une petite poupée de son
Qui grelottait sous des chiffons
Au fond d’une boîte en carton ?
Y avait-il pas au logis
Un petit frère touche-à-tout ?
Ou quelque dîner sur le feu ?
Mais soudain la bouche s’entr’ouvrit :
Les yeux, les yeux de grande dame
S’étaient tournés vers l’étagère
Où il y avait les bonbons.
C’est alors qu’en gagnant la porte
Je lui demandai : Comment t’appelles-tu ?
Elle sourit et dit : Alice.
– Alice, voici deux sous pour toi.

*

Après, je l’ai rencontrée dans la rue
Elle portait son litre et son sel.
Elle avait aussi un petit cornet…
Elle a rougi à mon sourire
Et elle m’a fait un si gracieux,
Un si noble salut de la tête,
Que j’ai soulevé mon képi.

Amiens, 1916.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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BESTIAIRE DE LA VAGUE VENUE ME VOIR À NICE DE LA PART DE MON AMI LE POÈTE JULES SUPERVIELLE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2020



Illustration
    
BESTIAIRE DE LA VAGUE VENUE ME VOIR À NICE DE LA PART DE MON AMI LE POÈTE JULES SUPERVIELLE

Une vague entre en hésitant
une vague entre des milliers
Elle entre et court dans la maison
toute légère et chuchotant
monte et descend les escaliers
d’un pas prudent plein de poissons
s’excusant d’être si mouillée
et d’un bleu si déconcertant
et d’avoir tellement à dire
qu’elle en a peut-être oublié
ce qui est le plus important
et qui l’empêche de dormir

De Montevideo à Nice
il y a tant de ciel et d’eau
tant de navires feux éteints
et tant d’épaves qui pourrissent
tant de bateaux tant de radeaux
qu’une vague y perd son latin
même en se dépêchant très fort
même en marmonnant jour et nuit
entre les lames et le vent
même en sautant par-dessus bord
des grandes cheminées de suie
qu’elle rencontre à son avant

Une vague entre en hésitant
et danse et saute autour de moi
entre la table et le fauteuil
toute confuse et me léchant
grand épagneul d’eau et de soie
qui pose sur moi son gros oeil
cherchant à faire pardonner
d’avoir oublié en chemin
ce que le poète avait dit
une grosse vague étonnée
qui lèche doucement ma main
comme elle fit à mon ami
il y a des mois des années.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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La Traversée (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019





La Traversée

Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier découpé, noires.
Jusqu’où s’étendent les arbres noirs qui s’abreuvent ici ?
Leurs ombres doivent couvrir le Canada.

Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques.
Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous dépêchions :
Elles sont rondes et plates et pleines d’obscurs conseils.

Des mondes glacés tremblent sous la rame.
L’esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons.
Une souche lève en signe d’adieu une main blême ;

Des étoiles s’ouvrent parmi les lys.
N’es-tu pas aveuglé par de telles sirènes sans regard ?
C’est le silence des âmes interdites.

(Sylvia Plath)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

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CACHE-CACHE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



 

CACHE-CACHE

Voulez-vous jouer les amis
au jeu du petit lapin gris
ou bien au serpent à sonnette
dépêchez-vous la mort vous guette

Voleurs mendiants combinards
vous les tricheurs en série
tricheurs à la petite semaine
dépêchez-vous la mort vous guette

Vendus valets autres voyous
beaux travailleurs du chapeau
vous n’l’emporterez pas avec vous
dépêchez-vous la mort vous guette

(Philippe Soupault)

Illustration

 

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Étude de voix d’enfant (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
Étude de voix d’enfant
Rengaine pour piano mécanique
(Comme un rémouleur superbe et désabusé.)

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps.

D’autres viendront quand même
respirer le beau temps
c’est pas toujours les mêmes
mais y a toujours des gens.

Sous le premier empire
y avait des habitants
sous le second rempire
y en avait tout autant.

Même si c’est plus les mêmes
tu t’en iras comme eux
tu t’en iras quand même
tu t’en iras chez eux.

C’est pas moi c’est mes frères
qui vivront après moi
même chose que mon grand-père
qui vivait avant moi.

Même si c’est plus les mêmes
on est content pour eux
nous d’avance on les aime
sans en être envieux.

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps…

(Jean Tardieu)

 

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Chaque matin (Roja Chamankar)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




    
Chaque matin

Chaque matin
Je me réveille en sursaut
Je me dépêche
J’accroche les dauphins bleus à ma chevelure
Je mets du rose sur mes lèvres
Suivant les traces de tes lèvres
Je mets la table
Et je t’appelle

Puis
Je me souviens
Depuis l’automne
Tu n’es plus là
Et moi, je me suis réveillée en sursaut
Je me suis dépêchée
J’ai accroché les dauphins bleus à ma chevelure
J’ai mis du rose sur mes lèvres
Suivant les traces de tes lèvres
J’ai mis la table et puis
Je t’ai appelé…

(Roja Chamankar)

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Quelqu’un comme toi (T. Carmi)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

Quelqu’un comme toi

Il faut se dépêcher pour entendre
ce qu’a dit l’enfant dans son sommeil.

Quand tu arrives
déjà toutes les syllabes mates
ont replongé dans son rêve.

Il faut se dépêcher pour être là
où elles lèchent le rivage, s’apaisent.

Quelqu’un, quelqu’un comme toi,
doit les reconnaître à la lumière.

(T. Carmi)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. De Haes
Editions: Gallimard

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UN TOUR AU BOIS (Raymond Genty)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



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Illustration: Oleg Zhivetin
   
UN TOUR AU BOIS

Non, je n’aurais pas dû venir… je suis coupable,
Je m’en veux à présent… mais je l’avais promis.
Seulement, vous savez, soyez très raisonnable,
Nous allons bavarder comme deux vieux amis.

Que le Bois est joli !.,. les sentiers sont tout roses,
Regardez! les bouleaux ont des frissons très doux;
Au fond, il ne faut pas exagérer les choses,
On cause, on rit un peu…, mais quel mal faisons-nous?

Le monde est si méchant… tiens, une violette!
Aussi voyez, j’ai mis cette épaisse voilette
Pour pouvoir échapper aux yeux indélicats.

Éloignez-vous !… non, non…, vraiment je suis trop bonne;
Un baiser ?… calmez-vous !… il ne passe personne,
Allons ! dépêchez-vous… ne me décoiffez pas?

(Raymond Genty)

 

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L’enfant née depuis peu (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017




L’enfant née depuis peu
Elle pense :
Si sévères et si grandes
Ces personnes qui regardent
Et leurs figures dressées
Comme de hautes montagnes.
Suis-je un lac, une rivière,
Suis-je un miroir enchanté ?
Pourquoi me regardent-ils ?
Je n’ai rien à leur donner.
Qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent
Au pays de leurs yeux froids,
Au pays de leurs sourcils
Qui ne savent rien de moi.
J’ai encore fort à faire
Dessous mes closes paupières.
Il me faut pendre congé
De couleurs à oublier
De millions de lumières
Et de plus d’obscurité
Qui sont de l’autre côté.
Il me faut mettre de l’ordre
Parmi toutes ces étoiles
Que je vais abandonner.
Au fond d’un sommeil sans bornes,
Il me faut me dépêcher.

(Jules Supervielle)

Illustration: Kim Anderson

 

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Ne t’en va pas (Aragon)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017


Couleur de sable odeur de pêche
Ô par mégarde de retour
Amant d’un geste amant d’un jour
Dans l’ombre au loin bat le bruit lourd
Du balancier qui se dépêche
Laisse en moi durer le gémir
Que je me grise et je me grise
Laisse en moi mourir la surprise
Écoute mon coeur qui se brise
Prends un peu le temps de dormir
Ne t’en va pas

(Aragon)

Illustration: Félix Vallotton

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