Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se dépouiller’

LES DIMENSIONS DU JOUR (IV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (IV)

Chaque jour à la même heure
tu t’abreuves longuement aux vitrines.
Tu peux garder tout le soleil sur tes seins
et il peut toucher tes dents comme un fruit.

Tu es pour mes sens le seul objet
sur lequel ils s’exercent complètement.
C’est contre toi que ma caresse devient tranchante
et que mon corps recouvre ses vraies dimensions.

Tu peux ensoleiller toute une chambre
avec la seule clarté qui bat sur ton ventre
au moment où plus rien ne te relie à la terre
qu’un baiser, qu’une étreinte, qu’un regard.

Pour te dépouiller de ta nudité,
pour que le plaisir te traverse dans toute ta longueur,
il faut mettre à jour les diamants que tu as sous la peau
et les tailler jusqu’à ce que le matin en jaillisse.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dépouille-toi sur la prairie de ton lourd chagrin de drap gris (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



Dépouille-toi sur la prairie
de ton lourd chagrin
de drap gris :
Avril est là si clair qui brille
en fil d’aurore, en fil d’espoir,
ma fille!

Fougueux, piaffant à ton chevet,
l’alezan du jour
s’est levé,
bouscule, mord ta nonchalance,
ardent comme un soleil
s’élance !

Par la voltige et le lasso
la vie est un ciel
à prendre d’assaut :
étrille ton cheval fidèle
et remonte d’un saut
en selle !

Sur le chemin, crinière au vent,
le bonheur souvent
nous trotte devant,
fragile, farouche et rebelle
et il faut l’attraper vivant,
ma belle

(Christiane Barrillon)

Illustration: Andrew Wyeth

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Celui qui aime (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



Jouant jour et nuit j’étais parmi mes camarades;
maintenant ma frayeur est grande.
Si élevé est le palais de mon Seigneur,
devant les escaliers mon coeur défaille :
mais si je veux goûter son amour, il ne faut pas être timide.
Que mon coeur s’attache à mon Amant;
et que je dépouille mon voile;
je dois le rencontrer de tout mon corps.
Que mes yeux accomplissent le rite des lampes de l’amour.

Kabîr parle : Écoute, ami : celui qui aime,
Il le comprend. Mais si tu ne ressens pas,
pour l’Aimé, l’angoisse du désir d’amour,
— à ton corps toute parure est vaine,
vain le fard au bord de tes yeux.

***

I played day and night with my comrades,
and now I am greatly afraid.
So high is my Lord’s palace,
my heart trembles to mount its stairs :
yet I must not be shy, if I would enjoy His love.
My heart must cleave to my Lover;
I must with draw my veil, and meet Him with all my body :
Mine eyes must perform the ceremony of the lamps of love.

Kabîr says : « Listen to me, friend : he understands who loves.
If you feel not love’s longing for your Beloved One,
it is vain to adorn your body,
vain to put unguent on your eyelids. »

(Kabîr)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Déjà venait une femme vivante (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Déjà venait une femme vivante
porter au creux de pierre et d’ossement
ses doigts de pluie sur la sève dolente.

Qui va disant que la terre prépare
un lit de noce où se dépouillera
le peu de chair anxieuse qui la pare

et que le vent de neige et ses vautours
exileront cette infime poussière
qui fut sa bouche aux saisons de l’amour?

Sa langue veille aux passes du silence,
sa main repousse une ombre d’étrangleur
et se donnant elle donne patience,

plus belle d’opposer à ce lieu mort
le simple poids de songe et de lumière
que l’aube laisse à l’arbre de son corps.

(Jean Joubert)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fille Mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2016



Fille Mer

Fille mer grosse de tempêtes à venir
Qui se fracasse les côtes
Qui se dépouille de ses algues
Pour en revêtir les rochers
Qui ôte sa robe d’écume
Pour en couvrir le rivage
Et m’apparaître dans splendide nudité
Qui prend le large quand je m’approche
Qui me lèche les pieds avant de les mordre
Qui danse devant moi au rythme des marées
Qui m’étreint de toutes ses vagues
Qui me fascine avec tous ses yeux de méduses
Et m’envoûte avec ses chants de sirènes
Qui me naufrage dans ma barque
Et je sombre dans ses profondeurs
Comme dans un ventre maternel.

(Jean-Baptiste Besnard)

Voir son site ici: Jean-Baptiste Besnard

Illustration: William Bouguereau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

CE QUE JE CHERCHE… (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016


 

CE QUE JE CHERCHE…

Seigneur, ce que je cherche, en dehors
de tes fleurs et de tes oiseaux
c’est le désert, c’est la mer grande
soulevée encore par ta main ;
c’est le monde nu de tes aubes
lorsque de tes doigts il tomba
lisse comme une fille nue.
Vers le désert j’ai cheminé
et vers la mer, et dans la nuit
là où le monde se dépouille,
et dans la clarté de tes feux
à ta caresse s’abandonne.

***

ÇO QUE CERQUE…

Ço que cerque, Senhor, en fora
de tas hors a de tos aucels
es lo desert, es la mar granda,
enauçada encar de ta man ;
es lo
monde nus de tas aubas
quora de tos dets es tombat
lis coma una filha sens rauba.
Dors lo desert ai caminat
e dors la mar, e dins la nuoch
onte lo monde se despulha,
e dins la claror de tos fuocs
a ta flatinga s’abandona.

(Max Rouquette)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au plafond de la libellule (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



Au plafond de la libellule
Un enfant fou s’est pendu,
Fixement regarde l’herbe,
Confiant lève les yeux :
Le brouillard léger se lèche comme un chat
Qui se dépouille de ses rêves.
L’enfant sait que le monde commence à peine :
Tout est transparent.
C’est la lune qui est au centre de la terre
C’est la verdure qui couvre le ciel
Et c’est dans les yeux de l’enfant,
Dans ses yeux sombres et profonds
Comme les nuits blanches
Que naît la lumière.

(Paul Eluard)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Acte de foi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2015



Acte de foi

Alors que l’arbre offre son feuillage
Au premier oiseau venu
Que le soleil éclabousse le sol
Et que l’horizon bouscule les nuages
Je me partage avec le monde entier

Alors que la clarté lisse les cailloux du chemin
Et que les oiseaux qui s’abattent sur les sillons
Lacèrent jusqu’à la faire saigner
La poitrine du champ
Je bois l’espace
À longues lampées

Ma pensée crée le monde
Si je meurs il meurt avec moi
Être de chair je marche vers l’éternité

Sous un soleil assoupi
J’écoute le rire des enfants dans le pré
Et respire les odeurs de la grange

Tandis que la brise fait frissonner les arbres
Je contemple le bleu mouvement de la mer
Plus pures
Les couleurs se dépouillent de leurs formes
Dans la valse des vagues

J’empoigne l’univers
Et défie le mystère profond
Des plus banales choses.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :