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LES PRUNES (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2020



    

LES PRUNES.

I.

Si vous voulez savoir comment
Nous nous aimâmes pour des prunes,
Je vous le dirai doucement,
Si vous voulez savoir comment.
L’amour vient toujours en dormant,
Chez les bruns comme chez les brunes ;
En quelques mots voici comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

II.

Mon oncle avait un grand verger
Et moi j’avais une cousine ;
Nous nous aimions sans y songer,
Mon oncle avait un grand verger.
Les oiseaux venaient y manger,
Le printemps faisait leur cuisine ;
Mon oncle avait un grand verger
Et moi j’avais une cousine.

III.

Un matin nous nous promenions
Dans le verger, avec Mariette :
Tout gentils, tout frais, tout mignons,
Un matin nous nous promenions.
Les cigales et les grillons
Nous fredonnaient une ariette :
Un matin nous nous promenions
Dans le verger avec Mariette.

IV.

De tous côtés, d’ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches,
En si bémol, en ut, en la,
De tous côtés, d’ici, de là.
Les prés en habit de gala
Étaient pleins de fleurettes blanches.
De tous côtés, d’ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches.

V.

Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette,
Ma cousine se démenait,
Fraîche sous son petit bonnet.
Elle sautait, allait, venait,
Comme un volant sur la raquette :
Fraîche sous son petit bonnet,
Belle â ravir et point coquette.

VI.

Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes ;
Et la gourmande en veut manger,
Arrivée au fond du verger.
L’arbre est bas ; sans se déranger
Elle en fait tomber quelques-unes :
Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes.

VII.

Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.
Mon pauvre cœur battait bien fort !
Elle en prend une, elle la mord.
Ses petites dents sur le bord
Avaient fait des points de dentelle…
Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.

VIII.

Ce fut tout, mais ce fut assez ;
Ce seul fruit disait bien des choses
(Si j’avais su ce que je sais !…)
Ce fut tout, mais ce fut assez.
Je mordis, comme vous pensez,
Sur la trace des lèvres roses :
Ce fut tout, mais ce fut assez ;
Ce seul fruit disait bien des choses.

IX.

À MES LECTRICES.

Oui, mesdames, voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes :
N’allez pas l’entendre autrement ;
Oui, mesdames, voilà comment.
Si parmi vous, pourtant, d’aucunes
Le comprenaient différemment,
Ma foi, tant pis ! voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Je ne sais rien de moi (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    

Je ne sais rien de moi. Cette chair de fortune,
Ce squelette d’emprunt, ce prénom étranger,
Ils ne composent rien qu’une immense lacune.
Ah ! c’est en vain que le néant s’est dérangé !

Je ne sais rien de moi. Est-ce là ma limite,
Ou la promesse de nouveaux étonnements ?
Ile rongée par le remords, ma vie s’effrite :
Elle n’est qu’un cadavre, et je suis son amant.

Va jouer, mon esprit ! La montagne t’appelle.
Guéri de ses pensées; le ciel convalescent
T’invite à devenir sa plus pure gazelle,
Une bête qui broute, au regard innocent.

Sois heureux ! La parole aujourd’hui fait relâche.
Au grand cirque on répète un poème inédit.
Entends-tu cette voix ? Le poème se fâche ;
Il griffe son dompteur ; comme un fauve il bondit.

Sois fou ! Achète-toi, pour la fête foraine,
Un revolver à eau : tu vas t’en divertir.
La lune te sourit ; elle est bossue et naine.
Demain le monde entier sera ton champ de tir.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Continuez je vous en prie (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Et Dieu
surprenant Adam et Eve
leur dit
Continuez je vous en prie
ne vous dérangez pas pour moi
Faites comme si je n’existais pas.

(Jacques Prévert)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

 

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