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Posts Tagged ‘se désoler’

LES ILLUSIONS (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Laurent Gorris
    
LES ILLUSIONS

II croyait
Qu’il errait, qu’il errait
Et même qu’il vagabondait :
Il aimait, il aimait
Jany

Il croyait
Qu’il murmurait, qu’il promurmurait
Et même qu’il démurmurait;
ll disait, se disait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il oubliait, qu’il oubliait
Et même qu’il désoubliait;
Il se souvenait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il écoutait, écoutait
Les rues, les étangs, les forêt;
ll entendait, il entendait
Jany.

Il croyait
Qu’il vieillissait, vieillissait,
Qu’il passait, qu’il passait, qu’il passait;
Son jeune âge toujours là c’était
Jany.

ll croyait
Qu’il pleurait, qu’il pleurait,
Que nuit et jour il se désolait;
Nuit et jour il était heureux d’aimer
Jany.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE BLEU (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Sudarshan Pattnaik
    
LE BLEU

Lorsqu’on renverse la tête sur le sable,
Soudain les yeux s’entrouvrent : c’est le bleu
Du ciel immense, l’espace transparent du ciel, pays
De la lumière vive au-dessus de la joie.
Dense, impavide, absolu bleu.

Nous oublions les tristesses d’un coeur et la distance.
Le bleu traverse l’air impalpable, visite la branche fine qui salue.
Se laisse étreindre par les yeux qui le pénètrent.
Dans ce vitrail, la fanfare du jour
Infuse un doux acquiescement de la lumière.

Même un nuage infime et haut fait concevoir
Au pli de la tenture une aiguille suivie
D’un fil qui s’effiloche. Une invisible main
Tente de coudre à l’aube le crépuscule.
Le soleil emporté par son poids déchire la mandorle
Où le temps le suspend. Le bleu pâlit à l’horizon.
La mer répand sur ses genoux qui tremblent
Le drap où flambent ses ciseaux, berçant nos coeurs
Qui se désolent, qui s’enchantent,
D’être mortels encore sous l’éphémère azur.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les animaux ont des ennuis (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Les animaux ont des ennuis

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille
On a mouillé les L de la pauvre grenouille
Le poisson scie a des soucis
Le poisson sole
Ça le désole

Mais tous les oiseaux ont des ailes
Même le vieil oiseau bleu
Même la grenouille verte
Elle a deux L avant l’E

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les p’tits enfants briser leur tirelire
Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande
Et le vache bretonne
Sont parties dans la lande en riant comme deux folles
Les petits veaux abandonnés
Pleurent comme des veaux abandonnés

Car les petits veaux n’ont pas d’ailes
Comme le vieil oiseau bleu
Ils ne possèdent à eux deux
Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire
Laissez les hirondelles aller et revenir.

(Jacques Prévert)


Illustration

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