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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Illustration: Lisa G

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (I)

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s’y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les arbres (Jules Renard)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



C’est après avoir traversé une plaine brûlée du soleil
que je les rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit.
Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin ils semblent impénétrables.
Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent.
Ils m’accueillent avec prudence.
Je peux me reposer, me rafraîchir,
mais je devine qu’ils m’observent et se défient.

Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu,
et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître,
un peu partout, sans jamais s’écarter.

Ils mettent longtemps à mourir,
et ils gardent les morts debout jusqu’à la chute en poussière.

Ils se flattent de leurs longues branches pour s’assurer qu’ils sont tous là, comme les aveugles.
Ils gesticulent de colère, si le vent s’essouffle à les déraciner.
Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d’accord.

Je sens qu’ils doivent être ma vraie famille.
J’oublierai vite l’autre.
Ces arbres m’adopteront peu à peu, et pour le mériter,
j’apprends ce qu’il faut savoir :

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

(Jules Renard)


Illustration

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