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Posts Tagged ‘se dévêtir’

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV)

Il me faut inventer d’incroyables pièges de chair
pour prendre le monde dans un baiser,
il me faut abattre les murailles dont tu t’entoures
pour que le plaisir puisse te couper en deux.

C’est alors que l’air est dans ma bouche
la racine même de l’espace et des fruits
que, pour me laisser passer de ma vie à ta vie,
tu te fais arche des épaules aux pieds.

Partout sur les murs, sur les visages
la lumière se dévêt de sa lingerie
et montre son beau ventre de femme
d’où l’ombre tombe comme une fourmilière écrasée.

Car il y a vraiment de quoi vivre sur la terre,
mais il faut avoir la force des arbres
pour pouvoir repousser le ciel bas
que la mort fait peser sur les paupières.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Iris noirs (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Iris noirs

Dans les iris, à l’ombre de la tour,
veillent les loups du ciel, les yeux mi-clos,
prêts à bondir dans le soir innocent.

Mère prudente, écarte de la tour
l’enfant captive aux mailles du parfum
et qui déjà dérive de ta chair.

Tourne la clef, lève l’aube des lampes
sur un rucher de pacifiques fleurs,
pour conjurer cette agression de flammes.

En vain! La nuit des iris a gagné
la chambre creuse où l’enfant se dévêt.
Ta fille brûle, et te voilà perdue.

(Jean Joubert)


Illustration

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Même le plus friable des mots (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



    

Même le plus friable
des mots
a des racines dans le soleil –
comme le matin
des barques sur la mer.

J’inventerai le jour où avec toi
et l’automne j’irai courir par les rues.
La lumière que nous foulons est si parfaite
qu’elle ne peut mourir, comme ne meurt
l’éclat du regard qui t’a vu te dévêtir.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Le monde froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Le monde froid

Comme si les feux ne pouvaient
que brûler bas dans le brouillard,
mêlant le gris au gris,
voilant la face d’un soleil lunaire.

Comme si l’arbre sur la rive,
le décharné, grondait
d’un perpétuel hiver.

Les femmes, dans les cuisines,
parlent bas, serrent des châles gris
contre leur corps
que nul amour n’embrase et ne dévêt.

(saison de glace, de murmures,
de coeur plus sourd, battant dans le brouillard)

Tentons alors le mot lumière,
le mot mémoire, le mot désir:
beaux cavaliers lancés contre le froid.

(Jean Joubert)

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Poème à une jeune inconnue (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

Poème à une jeune inconnue

Mais lorsque la passion perce ta quiétude,
maîtrise ta crainte première.
Qui ose encore prononcer les mots :
impudique, impur ?

Quel est ce paillard qui se plaît
à blâmer l’ardeur des sens ?
Mire-toi, enfant, et n’aie crainte
d’aimer tes passions.

Dévêts-toi. Et tout en te mettant nue,
ose être caressante et lasse.
Une faute ? Dis-moi : quelle est la faute
des roses en été ?

(Herwig Hensen)

Illustration: Paul Chabas

 

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LA RENCONTRE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



LA RENCONTRE

Ronde était l’après-midi
Quiète et lisse
Sur la berge du fleuve
Quelqu’un se dévêtait

Tout seul le gitan
Tout seul dans l’après-midi
Sur la berge du fleuve

Son corps brillant
Surgissait de l’eau
Pareil à la lune
Qu’on voit le jour

Pareil à la lune
Et pareil à l’éclat
D’une lame nue

Ronde était l’après-midi

***

O ENCONTRO

Redonda era a tarde
Sossegada e lisa
Na margem do rio
Alguém se despia.

Sozinho o cigano
Sozinho na tarde
Na margem do dia

Seu corpo surgia
Brilhante da água
Semelhante à lua
Que se vê de dia

Semelhante à lua
E smelhante ao brilho
De urna faca nua.

Redonda era a tarde.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Renato Guttuso

 

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Nocturne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



Nocturne

Qui vient frapper aux voûtes du sommeil ?
Qui se dévêt des robes de la terre ?
Quelle tiédeur se glisse sur ma chair,
Cherchant ma bouche, effaçant mon visage?

Et quel silence assaille mon vertige?
Pourquoi la neige? A quelle ensevelie
Cette main captive aux pièges du lit,
Qui se dérobe et fuit au chant du coq?

Etait-ce toi? Je n’ai pas reconnu
Ton pas, ton souffle et ta bouche peureuse.
Voici le jour et cette visiteuse
Invisible emplit la chambre fermée,

Cette dormeuse immense qui m’occupe,
Use mon temps et tourmente ma voile:
Ciel interdit dont tu n’es qu’une étoile,
Mer soulevée où ta vague se perd.

(Jean Joubert)


Illustration: Michel Ogier

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Laisse la clarté (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2016



Toshiyuki Enoki a5

Laisse la clarté

Dévêtes-toi maintenant de tes hardes
Et laisse la clarté
Gagner sur ton visage creusé d’ombres

(Jean-Marie Barnaud)

Illustration: Toshiyuki Enoki

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LE JOUR DU COLLOQUE (1561) (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2015



Théodore_de_Bèze_au_colloque_de_Poissy_en_septembre_1561 [800x600]

LE JOUR DU COLLOQUE (1561)

Elle laisse tristement tomber
de ses mains d’aubépine
ce petit encrier grêle
où s’accroche une encre durcie
et qui se casse en morceaux irisés.
Sa bouche luit ;
tout près de là dans leur jargon
discutent les délégués
du colloque de Poissy
et des huguenots la faconde
bruit derrière la tenture noire ;
lentement elle se dévêt
et l’enfant calque avec prudence
dans la pièce voisine sans images.
Quinze cent soixante et unième année
de l’ère du Christ.
Ce jour-là le corps a faim
fût-il suave comme est le sien.

(Jean Follain)

 

 

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