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Posts Tagged ‘se dilater’

Ce que garde la main (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Ce que garde la main —
Si peu du flux du temps
Tout ce que nous savons;
Mais du coeur de ceux qui passent,
Le moment d’une vie se dilate
Dans le présent sans bornes de la mort :
Sans refuge leur état, et le nôtre.

***

What the hand holds —
So little of time’s flow
The all we know;
But from their hearts who pass,
The lifelong moment breaks
Into death’s boundless now:
Shelterless their state, and ours.

(Kathleen Raine)

 

 

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Je dis: « Lisbonne » (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Je dis:
« Lisbonne »
Quand je traverse – venant du Sud – le fleuve
Et la ville où j’arrive s’ouvre comme si elle naissait de son propre nom
Long scintillement de bleu et de fleuve
Corps amoncelé de collines –
Je la vois mieux parce que je la dis
Tout se montre mieux parce que je dis
Tout montre mieux son être et sa carence
Parce que je dis
Lisbonne avec son nom d’être et de non-être
Ses méandres d’insomnie de surprise et de ferraille
Son éclat secret de chose de théâtre
Son sourire complice de masque et d’intrigue
Pendant qu’à l’Occident la vaste mer se dilate
Lisbonne oscillante comme une grande barque
Lisbonne cruellement construite le long de sa propre absence
Je dis le nom de la ville
– je dis pour voir

***

Digo:
«Lisboa»
Quando atravesso — vinda do sul — o rio
E a cidade a que chego abre-se como se do seu nome nascesse
Abre-se e ergue-se em sua extensão nocturna
Em seu longo luzir de azul e rio
Em seu corpo amontoado de colinas —
Vejo-a melhor porque a digo
Tudo se mostra melhor porque digo
Tudo mostra melhor o seu estar e a sua carência
Porque digo
Lisboa com seu nome de ser e de não-ser
Com seus meandros de espanto insónia e lata
E seu secreto rebrilhar de coisa de teatro
Seu conivente sorrir de intriga e máscara
Enquanto o largo mar a Ocidente se dilata
Lisboa oscilando como uma grande barca
Lisboa cruelmente construída ao longo da sua própria ausência
Digo o nome da cidade
— Digo para ver

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Amour explique moi (Ingeborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Amour explique moi

Ton chapeau se soulève légèrement,
il plane dans le vent,
ta tête découverte a jeté un charme aux nuages,
ton cœur a à faire ailleurs,
ta bouche s’incorpore de nouvelles langues,
l’amourette couvre tout
de son frêle tremblement,
l’été caressant couvre et souffle les asters,
aveugle de flocons tu relèves le visage,
tu ris, tu pleures et succombes à toi-même,
que doit-il encore t’arriver –
Amour, explique-moi!

Le paon solennellement étonné fait la roue,
la tourterelle remonte sa collerette,
gonflée de roucoulade,
l’air se dilate,
le canard crie,
tout le pays consomme ce miel sauvage,
et même dans le parc rangé
les plates-bandes sont ourlées de pollen d’or.
Le poisson rougit, dépasse l’essaim des autres
et se jette à travers grottes sur le lit de corail.
Le scorpion craintif danse au son du sable argent.
Le scarabée sent de loin la Merveilleuse.
Si j’avais seulement un sens,
je sentirais aussi
que des ailes scintillent sous sa carapace
et prendrais le chemin du fraisier lointain!
Amour, explique-moi!

L’eau sait parler,
la vague prend la vague par la main,
le raisin gonfle dans les vignes, éclate et tombe.
L’escargot sort si innocemment de sa maison!
Une pierre sait en attendrir une autre!
Amour, explique-moi ce que je ne peux expliquer:
dois-je tout ce temps épouvantable et court
ne fréquenter que des pensées
et seule
ne rien connaître de cher,
ne rien faire de cher?
Faut-il que quelqu’un pense?
Ne manque-t-il pas à d’autres?

Tu dis:
un autre esprit compte sur lui.
Ne m’explique rien.
Je vois la salamandre passer à travers tous les feux.
Aucune averse ne la chasse,
et rien ne lui fait mal.

(Ingeborg Bachmann)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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Le soleil mollement surgit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Le soleil mollement surgit…

Le soleil mollement surgit et se dilate
Comme une énorme fleur qui lentement s’étale
Et qui soudain parmi les prés mouillés éclate,
Eparpillant au loin ses rougeâtres pétales.

Le marais fume où l’eau mélancolique râle
Etendant sous les joues une moire écarlate,
Et la confuse vase intensément exhale
Dans le vent une odeur de baume et d’aromate

Puissante et qui vous met des baisers sur les lèvres.
Le paysage est plein de langueur et de fièvre
Ainsi que mon désir de troubles rêveries;

Et le songe est si doux dont la langueur m’obsède,
Que je me sens dans la nuit, avec leur parfum tiède,
S’effeuiller sur mon coeur des roses attendries.

(Marie Dauguet)

 

 

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Bras tendus (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
Bras tendus, mieux entendre,
le temps remercie,
se dilate,
le temps aimanté

du battement des cœurs,
le reflux, même
appartient
au flux,

aucun horizon ne divise,
quand ils vont de pair,
ce qui vient,
ce qui réunit

(Pierre Dhainaut)

 

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Le regard monte (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



Le regard monte

Le regard monte
monte se hisse glisse
se réveille s’émerveille
parmi les courbes de la neige
vers les cimes

monte s’élève respire
emporte l’âme monte
se dilate se délivre
s’illumine
sur les cimes

monte monte la montagne
s’arrache gravit le vent
rejoint sa pointe
s’appuie des ailes

et s’enlève
jusqu’aux cimes
mais les cimes
en silence
descendent
toujours plus lentes glissent

descendent
s’éboulent s’écoulent
se fondent
dans la profondeur
se réjouissent de descendre
se perdre s’enfoncer
se diluer diminuer
disparaître
dans la douceur obscure
des pacages

où rejaillit une source
vers l’oubli.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

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Le lieu infime (Haviva Pedaya)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



 

Le lieu infime

Il existe un réduit, le lieu infime où le coeur cohabite avec lui-même
Comme une île flottante dans la mer, dans la splendeur
Comme un silence des plus ténus
C’est là qu’une radiance déambule avec elle-même sans cloison
Là que dégouline l’or blessé
Là impalpable est le rideau entre intérieur et extérieur
Là une amertume consume le fin fond du palais
Là nous reviendrons vivre entre ici et ailleurs
Il est un lieu, pas plus gros qu’un point
S’il se dilate un peu,
nous nous mettrons en marche entre l’étranger et le pays natal
Enfants d’une patrie perdue

(Haviva Pedaya)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

 

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Il existe un bateau jumeau (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2016




Au loin, sur l’eau, un moteur étire l’horizon de cette
nuit d’été. La douleur et la joie se dilatent ensemble,
sous le verre grossissant de la rosée. En fait, nous ne
savons pas, mais nous pressentons qu’il existe un
bateau jumeau de notre vie, qui suit un tout autre
cours. Alors que le soleil flambe derrière les îles.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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