Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se disputer’

Le Temps est une personne (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Illustration: John Tenniel
    
Le Chapelier protesta qu’on ne pouvait pas parler du temps
comme d’une chose qu’on perd ou qu’on gagne.
« Le Temps est une personne », déclara-t-il.

Et il ajouta :
« Le Temps et moi, nous nous sommes disputés en mars dernier,
juste avant que celui-ci (de sa cuillère à thé, il désignait le Lièvre de Mars) ne devint fou. (…)
Et depuis lors, (…) le Temps ne veut plus rien faire de ce que je lui demande.

Il est toujours six heures, désormais. (…)
Il est toujours l’heure du thé ».

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions: Folio

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES GARS QUI VONT A LA FÊTE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Aymeric Noa

    

LES GARS QUI VONT A LA FÊTE

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Pour y boire chopinette,
Y goûter le vin nouveau,

Y tirer la carabine,
Y sucer le berlingot.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Sont rasés à la cuiller,
Sont raclés dessous la peau,

Ont passé la blouse neuve,
Le faux-col en cellulo.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Y faire danser les filles,
Chez Julien le violoneur,

Des polkas et des quadrilles
Et le pas des patineurs.

Le piston, la clarinette
Attendrissent les costauds.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau.

On boit à la riginglette
Si le branle donne chaud.

Quand ils ont bu, se disputent
Et se cognent sur la peau,

Puis vont culbuter les filles
Au fossé sous les ormeaux.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Reboivent puis se rebattent
Jusqu’au chant du premier jô,

Le lendemain on en trouve :
Sont couchés dans le ruisseau…

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Avant la suite (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Man Ray

    
Avant la suite

J’ai mis du rouge aux lèvres des mots
et je suis sorti dans la rue livide
à l’heure où les chiens se disputent
des lambeaux de clair de lune,
à l’heure où l’on entend les pas
de ceux qui vont fusiller
s’ils trouvent un fusil.
Des prostituées ont embrassé
les lèvres rouges de mes mots
puis me les ont rendues
en me disant que mieux valait
les poser sur les lèvres de femmes
qui serrent la nuit dans leurs bras
à défaut d’amant ou d’enfant.

(Jean-François Mathé)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOMMEIL (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Claude Bordat
    
SOMMEIL

Il est midi sous ton aisselle,
instant où chaque volupté
lèche sa nuque. Elle était belle,
la poésie qui m’a quitté
comme un voleur. Tes paumes blanches,
qui se disputent l’horizon,
se sont couchées, car c’est dimanche
entre tes seins.

(Alain Bosquet)

 

Editions: Cahiers du Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ô Seigneur (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2017



Ô Seigneur incréé qui Te servira ?
Chaque fidèle adore le Dieu qu’il se crée;
chaque jour il en reçoit des faveurs.

Aucuns ne le cherchent Lui,
le Parfait, Brahma, l’indivisible Seigneur.

Ils croient en dix Avatars;
mais un Avatar, endurant les conséquences de ses actes,
ne peut être l’Esprit infini.
L’Un Suprême doit être autre.

Les Yogi, les Sangasi,
les Ascètes se disputent entre eux.

Kabîr dit : « Ô frère celui qui a vu le rayonnement de son amour, celui-là est sauvé. »

(Kabîr)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Certitudes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



Deux certitudes
se disputent le désert.
L’une est d’eau;
l’autre, de poussière.

(Edmond Jabès)

Posted in méditations | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

La dispute (Stanley Kunitz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



La dispute

Les mots que j’ai dits en colère
pèsent moins qu’une graine de persil,
mais une route passe par eux
qui mène à ma tombe,
ce terrain acheté et payé
sur une colline saupoudrée de sel à Truro
où les pins de Virginie
surplombent la baie.
À mi-chemin je suis assez mort,
éloigné de ma propre nature
et de ma féroce emprise sur la vie.
Si je pouvais pleurer, je pleurerais,
mais je suis trop vieux pour être
l’enfant de quelqu’un.
Liebchen,
avec qui me disputerais-je
sinon dans le sifflement de l’amour,
cette flamme âpre et irrégulière.

***

The Quarrel

The word I spoke in anger
weighs less than a parsley seed,
but a road runs through it
that leads to my grave,
that bought-and-paid-for lot
on a salt-sprayed hill in Truro
where the scrub pines
overlook the bay.
Half-way I’m dead enough,
strayed from my own nature
and my fierce hold on life.
If I could cry, I’d cry,
but I’m too old to be
anybody’s child.
Liebchen,
with whom should I quarrel
except in the hiss of love,
that harsh, irregular flame?

(Stanley Kunitz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une pomme de terre (Maya Bejerano)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



 

Une pomme de terre

Je me suis disputée avec une pomme de terre,

à vrai dire avec
deux pommes de terre

elles ne sont qu’image,

dommage

car si c’était vraiment des pommes de terre
je ne me disputerais pas avec elles

(Maya Bejerano)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Je danse (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



je ne pense pas, ne me plains pas, ni me dispute,
Ni dors.
je ne désire ni soleil, ni lune, ni mer,
Ni vaisseau.

je ne sens pas comme il fait chaud entre ces murs,
Comme le jardin est vert;
Et ce cadeau, tant désiré, tant attendu —
je n’attends plus.

Ne me réjouit ni ce matin, ni de ce tram
Le cliquetis joyeux,
je vis sans voir le jour, en oubliant du siècle
L’année et l’heure.

Comme sur une corde fêlée,
je danse — petit danseur.
Je suis l’ombre d’une ombre. je suis lunaire
De deux sombres lunes.

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOYEZ POLIS (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



SOYEZ POLIS

I
Couronné d’étincelles
Un marchand de pierres à briquet
Elève la voix le soir
Dans les couloirs de la station Javel
Et ses grands écarts de langage
Déplaisent à la plupart des gens
Mais la brûlure de son regard
Les rappelle à de bons sentiments

Soyez polis
Crie l’homme
Soyez polis avec les aliments
Soyez polis avec les éléments avec les éléphants
Soyez polis avec les femmes
Et avec les enfants
Soyez polis
Avec les gars du bâtiment
Soyez polis
Avec le monde vivant

II
Il faut aussi être polis avec la terre
Et avec le soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier
Pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter…les critiquer
Ils savent ce qu’ils ont à faire
Le soleil et la terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé
En courge
En melon d’eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé…
Le soleil est amoureux de la terre
La terre est amoureuse du soleil
Ça les regarde
C’est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n’est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verres fumés
Ils se disputent
c’est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s’en mêler
Parce que si on s’en mêle on risque d’être changé
En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser
Le soleil aime la terre
La terre aime le soleil
C’est comme ça
Le reste ne nous regarde pas
La terre aime le soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève
La lune c’est l’ancienne amoureuse du soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit
Il faut aussi être très poli avec la lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie
En somme pour résumer
Deux points ouvrez les guillemets :

 » Il faut que tout le monde soit poli avec le monde
ou alors il y a des guerres…
des épidémies des tremblements de terre des paquets de mer des coups de fusil…
Et de grosses méchantes fourmis rouges
qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu’on dort la nuit. »

(Jacques Prévert)

Illustration: Jean-Marc Polizzi

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :