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Poésie

Posts Tagged ‘se douter’

LES MAINS (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Nos deux mains
Se serraient bien
Dans ma poche de manteau

Nos deux paumes
S’aimaient bien
Le dessus de chaque main
Ressentait la laine

Que nos mains se connaissaient bien
Dans la nuit de ma poche
Bien ensemble à l’abri
Avec de petites farces

Les passants se doutaient bien
Que nos mains s’aimaient bien
Se cachaient se touchaient
Et eux rien

Ils voyaient à nos yeux à nos nez
Ce que faisaient nos mains
Et nos mains s’enroulaient
S’endormaient
Et nos corps marchaient

On se touchait
Tout à fait
Et c’était parfait
Nos mains nous suffisaient
On pouvait s’y retirer
S’y savoir s’abreuver
L’essentiel c’est se toucher

Quand nos corps se promenaient
Nos deux mains se tenaient
Nos deux corps séparés
Par nos mains se touchaient

(Pierre Morhange)

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Triste et solitaire (Ono no Komachi)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



 

herbe flottante 5

Triste et solitaire
je suis une herbe flottante
A la racine coupée.
Si un courant m’entraîne
je crois que je le suivrai.

(Ono no Komachi)

Illustration

 

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Les nuits d’automne (Ono no Komachi)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



 

Alexandre de Riquer summer 1890

Les nuits d’automne
Ont la réputation d’être longues
Mais quand on les passe avec une personne aimée,
Avant qu’on ne s’en doute
L’aurore est déjà là.

(Ono no Komachi)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Toujours j’ai ressenti une perte – Du plus loin qu’il me souvienne (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Toujours j’ai ressenti une perte –
Du plus loin qu’il me souvienne
J’étais veuve – de quoi je ne savais
Trop jeune pour qu’on se doute

Qu’une Endeuillée rôdait parmi les enfants
J’allais cependant pareille
A qui sur un Empire se lamente
Étant le seul Prince en exil –

Plus vieille, Aujourd’hui, d’un cycle assagie
Et plus effacée, comme est la Sagesse
Doucement je poursuis encor la quête
De mes Insolvables Palais –

Et un Soupçon, comme un Doigt
De temps en temps touche mon Front
Je crois que je cherche aux antipodes
Le Lieu du Céleste Royaume –

***

A loss of something ever felt I —
The first that I could recollect
Bereft I was – of what I knew not
Too young that any should suspect

A Mourner walked among the children
I notwithstanding went about
As one bemoaning a Dominion
Itself the only Prince cast out –

Elder, Today, A session wiser,
And fainter, too, as Wiseness is
I find Myself still softly searching
For my Delinquent Palaces –

And a Suspicion, like a Finger
Touches my Forehead now and then
That I am looking oppositely
For the Site of the Kingdom of Heaven –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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L’ODEUR DU LINGE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration
    
L’ODEUR DU LINGE

Tu dis:
« J’aime bien cette odeur »
quand nous plions un drap
resté toute la journée
au soleil du jardin.

Nous prenons chacun
les coins entre nos doigts
les rabattons ensuite
presque l’un sur l’autre.
Puis nous tirons
chacun de notre côté
d’un coup sec
ensemble.

Mais souvent
je lâche tout.
Et tout est à reprendre
dans l’odeur du linge
où tu ajoutes simplement :
« Je m’en serais doutée ! »
Comme si je l’ignorais.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Monologue du solitaire (Ismail Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Monologue du solitaire

Je m’élève et m’éloigne mais n’en éprouve aucune jouissance.
Me voici seul et j’ai encore plus froid.
Je m’en doutais, mais ma fatale impatience
Me pressait vers ce ciel ingrat.

Comme ramassés à la morgue, des bras de femmes sans vie
Me dispensent une joie tout aussi glacée.
Je me sens en hiver, même si nous voici déjà en avril.
J’ai froid,
Oh, j’ai froid.

***

Monologu i te vetmuarit

Tani une ngjitem lart dhe s’kam asnje gezim.
Ketu ku kam arritur me ftohte eshte, me vetmi.
E dija kete, por padurimi i vdekur
Me shtynte te shpejtoj te ky sinor i kote.

Krahe grash te thyera mbi supe si te prera nga nje morg
Me japin nje gezim po aq te vdekur.
Me duket ende dimer ndonese esht prill.
Kam ftohte.
Kam ftohte.

(Ismail Kadaré)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Je porte en moi ton coeur (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



    

je porte en moi ton coeur(le gardant tout au fond
de mon coeur)je ne suis jamais sans(aussi loin
que j’aille tu vas,ma chérie;et tout ce que font
mes mains est fait par toi,mon amour)
je ne crains
nul destin(car tu es mon,ma douce)ne désire
nul univers(car vraie tu es le mien,ma belle)
et c’est toi ce qu’une lune a toujours voulu dire
c’est toi ce que toujours chantera un soleil

tel est le grand secret dont pas un ne se doute
(racine de la racine et bouton de la fleur
et ciel du ciel d’un arbre appelé vie;qui pousse
plus haut que l’âme n’espère ou que l’esprit ne voile)
et la merveille qui fait tourner rond les étoiles

je porte en moi ton coeur(tout au fond de mon coeur

***

i carry your heart with me(i carry it in
my heart)i am never without it(anywhere
i go you go,my dear;and whatever is done
by only me is your doing,my darling)
i fear
no fate(for you are my fate,my sweet)i want
no world(for beautiful you are my world,my true)
and it’s you are whatever a moon has always meant
and whatever a sun will always sing is you

here is the deepest secret nobody knows
(here is the root of the root and the bud of the bud
and the sky of the sky of a tree called life;which grows
higher than soul can hope or mind can hide)
and this is the wonder that’s keeping the stars apart

i carry your heart(i carry it in my heart)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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SOUVENIRS (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

SOUVENIRS

Cette nuit, il neigeait dans le jardin Liang.
J’avais froid, et tu ne t’en doutais pas.
Je regardais les grands arbres
sous lesquels, autrefois, je t’attendais.

Toute cette neige
qui tombait sur notre passé…

(La Flûte de Jade)

Illustration

 

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Sans (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



Illustration: Dave McKean
    
Sans

Ô, les enfants encore à naître,
sans souci dans le non-être,
sans perturbation, sans imperturbation,
sans intentions ni bonnes ni mauvaises,
sans ancêtres ni héritiers,
sans se douter qu’ils sont intemporels.

Ils ne savent pas ce qu’ils ne font pas,
bienheureux car ils ne savent pas.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Racistes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Racistes

Voilà ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été
supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme si on reprochait au feu
d’être plus chaud que la neige
et au miel d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c’est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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