Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se fâcher’

Si dans quelque vallée allant au soir (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Janie Richard
    
Si dans quelque vallée allant au soir enfin
Madame je découvre une source secrète
Ne vous étonnez de la soif du pèlerin
Qui plonge sa figure à la soyeuse fête

Quand dans cette vallée au dam des séraphins
Et des oiseaux musiciens du crépuscule
Un pèlerin s’abreuve au cours d’un ruisseau fin
Sous le buisson bouclé où la nuit ne recule

Alors ne vous fâchez
Madame à ce beau zèle
Si ce voyageur assoiffé de votre eau claire
S’enivre à sa fraîcheur ardente entre vos ailes

Mais la paix lui donnez, le songe avec l’appât
Pour que la nuit vous noue en une heureuse paire
La mort vous jalousant et ne se montrant pas

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et j’aime ton rire (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Illustration: François-Joseph Durand
    
Et j’aime ton rire aux fossettes
et j’aime ta courte mémoire
et j’aime pourquoi tu te fâches
et j’aime comme il faut t’aimer — et j’aime
quand il faut rester parce qu’il est tard, que tu doutes
et j’aime comment tu hésites
à dire que tu t’éloignes, à dire que tu nous lâches
et j’aime tes désistements, tes coups de coeur,
tes coups de bluff et tes retards en amitié
et tes mensonges par omission
et j’aime regarder passer au printemps les filles avec toi
et quand tu donnes, d’un sourire,
le signal de se retourner.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parfois, quand je marche solitaire (Camillo Sbarbaro)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Parfois, quand je marche solitaire
dans les rues de la ville tumultueuse,
j’oublie mon destin d’être
homme parmi les autres, et, comme amnésique,
arraché à moi-même, je regarde
les gens avec des yeux ouverts étrangers.

***

Toujours absorbé en moi-même et dans un monde à moi
je me déplace comme endormi parmi les hommes.
De celui qui me heurte du bras je ne m’aperçois pas,
et si je regarde intensément chaque chose
je ne vois presque jamais ce que je regarde.
Je me fâche contre celui qui m’enlève
à moi-même. Toute voix m’importune.
Je n’aime que la voix des choses.
Tout ce qui est nécessaire et habituel
m’irrite, tout ce qui est vie,
comme la brindille irrite l’escargot
et comme lui en moi-même je me retire
[…]

(Camillo Sbarbaro)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Philippe Cognée

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vache (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018




La vache

Je regarde la vache,
La vache me regarde.
Elle mâche, elle mâche,
pansue et goguenarde.

Lentement, elle arrache
Des feuilles de moutarde,
Puis elle me regarde,
Goguenarde, la vache.

Faut-il que je me fâche?
Non, non, je la regarde
Et, comme par mégarde,
Lui montre son attache.

Comprend-elle, la vache?
Hé! toujours goguenarde,
Doucement, elle arrache
Sans que j’y prenne garde,
Mon lacet… et le crache.

(Maurice Carême)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

UNE CHANSON (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



UNE CHANSON

Une chanson bonne à mâcher
Dure à la dent et douce au coeur.
Ma soeur, il faut pas te fâcher,
Ma soeur.

Une chanson bonne à mâcher
Quand il fait noir, quand il fait peur,
Comme à la lèvre du vacher,
La fleur.

Une chanson bonne à mâcher
Qui aurait le goût du bonheur,
Mon enfance, et de tes ruchers
L’odeur.

(Paul Eluard)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER

Un bloc de marbre était si beau
Qu’un Statuaire en fit l’emplette.
« Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il Dieu, table ou cuvette ?

Il sera Dieu : même je veux
Qu’il ait en sa main un tonnerre.
Tremblez, humains. Faites des voeux ;
Voilà le maître de la terre. »

L’artisan exprima si bien
Le caractère de l’Idole,
Qu’on trouva qu’il ne manquait rien
À Jupiter que la parole.

Même l’on dit que l’ouvrier
Eut à peine achevé l’image,
Qu’on le vit frémir le premier,
Et redouter son propre ouvrage.

À la faiblesse du sculpteur
Le Poète autrefois n’en dut guère,
Des dieux dont il fut l’inventeur
Craignant la haine et la colère.

Il était enfant en ceci :
Les enfants n’ont l’âme occupée
Que du continuel souci
Qu’on ne fâche point leur poupée.

Le coeur suit aisément l’esprit :
De cette source est descendue
L’erreur païenne, qui se vit
Chez tant de peuples répandue.

Ils embrassaient violemment
Les intérêts de leur chimère.
Pygmalion devint amant
De la Vénus dont il fut père.

Chacun tourne en réalités,
Autant qu’il peut, ses propres songes :
L’homme est de glace aux vérités ;
Il est de feu pour les mensonges.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 7 Comments »

Les Quatre Vents (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Les Quatre Vents

Les quatre Vents se sont réunis sous mon toit.
Voici le Vent du Nord revêtu de blanc froid…
Voici le Vent du Sud portant les odeurs chaudes
Et toi, Vent de l’Ouest, qui pleures et qui rôdes !…

Te voici, Vent de l’Est amer et bienfaisant,
Toi dont les larges cris font trembler les coeurs lâches,
Toi qui grondes, toi qui domines, qui te fâches,
Toi qui donnes la force et la gloire du sang !

Vous voici réunis, ô quatre Vents que j’aime !
Et vous chantez, et vous criez tous réunis
Avec la joie et le désespoir infinis
Que ressent le poète en face du poème.

Tous vous obéissez au signe de mon doigt.
Mais, ô Vent de l’Ouest, qui rôdes et qui pleures,
C’est vers toi que s’en vont les songes de mes heures !…
Les quatre Vents se sont réunis sous mon toit.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La bastringue (La Bolduc)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017




    
La bastringue
Messieur, messieur je voudrais danser
Oh la bastringue, pis la bastringue
Messieur, messieur je voudrais danser
La bastringue dans vot’ café

Venez, venez j’vais vous faire danser
La bastringue, pis la bastringue
Venez, venez j’vais vous faire danser
La queue d’votre robe va r’voler

Avec toué je veux pas danser
Ah la bastringue pis la bastringue
Avec toué je veux pas danser
Tu es bien trop excité

Mais dis-moi donc t’es pas gênée
La bastringue, la bastringue
Mais dis-moi donc t’es pas gênée
V’nir m’insulter dans une veillée

T’as pas besoin de te fâcher
Ah la bastringue, pis la bastringue
T’as pas besoin de te fâcher
J’ai faite ça c’est pour t’étriver

Me voilà donc le coeur brisé
La bastringue, et pis la bastringue
Me voilà donc le coeur brisé
D’la peine que tu m’as donnée

Viens dans mes bras mon cher André
Ah la bastringue, pis la bastringue
Viens dans mes bras mon cher André
Viens donc je vas t’embrasser

T’as donc un beau bec sucré
La bastringue, la bastringue
T’as donc un beau bec sucré
Je suis prêt à r’commencer

(La Bolduc)

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le figuier (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



Le figuier

Ce poème commence en été,
les branches du figuier qui effleurent la terre
m’avaient invité à m’allonger dans son ombre.
En elle je me réfugiais comme au creux d’un fleuve.

Ma mère se fâchait :
l’ombre du figuier est funeste, disait-elle.
Je n’en croyais rien,
je savais bien comme leurs fruits luisaient
mûrs et fendus offerts aux dents matinales.

Là j’ai attendu toutes ces choses peuplant les rêves.
Une flûte lointaine jouait dans une églogue tout juste lue.

La poésie caressait mon corps en éveil jusqu’à l’os,
elle me cherchait avec une telle évidence
que je souffrais de ne pouvoir lui donner de forme :
bras, jambes, yeux ou lèvres.

Mais sous ce ciel vert du mois d’août
elle me caressait seulement, et s’en allait.

(Eugénio de Andrade)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :