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Poésie

Posts Tagged ‘se faufiler’

Non non ça ne va plus (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
Non non ça ne va plus
mon amour autrefois si menu
est devenu rond et joufflu.
Allez c’est décidé pas de pitié
au régime il est condamné
viande grillée carottes râpées
et boissons vitaminées.
Fini les sucreries câlins et gâteries
il faut réduire les calories !
Mon amour enrobé mon amour grassouillet
je le veux mince et élancé
frêle et distingué
pour qu’il puisse se faufiler
à travers portes et verrous fermés
jusqu’à ton coeur cadenassé.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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COMMENT L’HOMME EST VENU (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
COMMENT L’HOMME EST VENU

L’inquiétude s’en vint, grosse de l’homme,
Et l’inquiétude contempla le sans-espoir,
Le sans-espoir a soupiré devant le doute,
Le doute l’entendit avec perplexité,
La perplexité fut indécise face au qui-sait,
Le qui-sait discuta avec le peut-être,
Et le peut-être interrogea le si-jamais,
Le si-jamais creusa vers le probable,
Le probable en conclut c’est possible,
Le possible montra le vraisemblable,
Le vraisemblable fit un signe au pourquoi-pas,
Le pourquoi-pas se faufila vers le vraiment
Le vraiment chuchota certainement,
Certainement railla l’indubitable,
L’indubitable tempêta le défini,
Le défini frappa du poing: assurément,
Assurément se jeta sur le vrai,
Et le vrai tomba sur le coeur.
C’est ainsi qu’est advenu l’homme,
C’est ainsi qu’a survécu l’homme
Avec toutes sortes de doutes
Toutes vérités jamais sûres.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
À fleur de peau

La sueur des ailes tourne
délicate vertigineuse intime
tourbillonne entre le jade séducteur
et la sombre goutte brûlante
mûrit parmi les pédoncules sensibles
improvise en émois de cristaux de sang

Les pétales

Les bijoux grandissent et s’agitent mouillés
des rameaux du café aux coques de la vigne
des clignements lointains aux chemins des nervures
les rubans se faufilent parmi les vagues des écailles

Le calice
la rosée des ailes
je t’aime

Le sexe oscille entre le fauve et le roux
les baisers des truites glissent dans leurs dentelles
entre les pépiements des rives et les galets ocellés
tandis que les cheveux se nouent dans les bijoux

La corolle
viens avec moi
vitrail d’aube
le parfum brille entre les roses
respire

Tout autour de nous
tout proche
le bonheur des sommeils

Respire encore

L’émail tourne entre le rose et le jaune
du sursaut vert aux volets doucement
lentement la mésange explore les remblais
lissant ses plumes dans les flaques de sueur

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Battre le rappel (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Battre le rappel

II y a quatre jours. Je vais me rappeler. Il y a trois
semaines. C’est trop bête. Il y a deux mois. À peine. Il y
a un an. Cela va revenir. Il y a un instant.

Je l’ai sur le bout de la langue. Il y a sept minutes.
Je vais vous retrouver ça. Il y a six heures. Je perds la
mémoire. Il y a cinq jours. C’est l’âge. Il y a quatre semaines.
Cela me fuit. Il y a trois mois. Cela disparaît. Il y a
deux ans. Cela glisse. Il y a un siècle. Cela me fait signe.
Il y a un instant.

Cela ricane dans la nuit. Il y a huit minutes. Cela
revient. Il y a sept heures. Voilà. Il y a six jours. Cela se
faufilait comme un mousse. Il y a cinq semaines. J’ai
oublié. Il y a quatre mois. Attendez. Il y a trois ans. Je
vais me rappeler. Il y a deux siècles. C’est trop bête. Il y
a un millénaire. À peine. Il y a un instant.

Cela va me revenir. Il y a neuf minutes. Je l’ai sur
le bout de la langue. Il y a huit heures. Je vais vous
retrouver ça. Il y a sept jours. Je perds la mémoire. Il y a
six semaines. C’est l’âge. Il y a cinq mois. Cela me fuit. Il
y a quatre ans. Cela disparaît. Il y a trois siècles. Cela
glisse. Il y a deux millénaires. Cela me fait signe. Il y a
une éternité. Cela ricane dans la nuit. Il y a un instant.

Cela revient. Il y a un instant.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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ÉTEIGNEZ LES FEUX (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 

Illustration: Marc Chagall
    
ÉTEIGNEZ LES FEUX

Éteignez les feux, que tout s’obscurcisse,
En silence, assis.
Quelqu’un, je le sens – nul convoi funèbre –
Est mort par ici.

Par une fenêtre, à la dérobée,
L’ombre se faufile,
Et si nul n’est mort – bientôt, je le sais,
Quelqu’un va mourir.

Éteignez les feux, tous assis par terre,
De deuil habillés.
L’ombre qui revient n’est plus solitaire,
Mais va, dédoublée.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Conciliable (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019




    
Conciliable

Des routes vierges
se faufilant
dans les gris

Des petits matins
simples

Des pluies
clémentes

Des envies
de pardon

Des espoirs
conciliables

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Oiseaux (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Oiseaux

Le trou dans le cerisier
semble le chas d’une aiguille
Le couple de moineaux friquets
s’y faufile comme des anguilles

Qu’il serait bon d’être comme eux :
Ceux qu’on aime au secret du nid
de grandes ailes dans le ciel
et puis se cacher tout petit

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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La nuit ronfle (Georg Büchner)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



    

La nuit ronfle au-dessus de la terre et s’agite en un songe atroce.
Des pensées, des désirs à peine soupçonnés, troubles et informes,
qui se dissimulaient craintivement à la lumière du jour,
reçoivent maintenant figure et relief
et se faufilent comme des voleurs dans la demeure silencieuse du rêve.
Ils ouvrent les portes, regardent par les fenêtres, s’incarnent à moitié.

(Georg Büchner)

 

Recueil: La Mort de Danton
Traduction:
Editions:

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Le diable se faufile (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
le diable se faufile au jardin d’eden
(caresse-moi belle caresse-moi bien)
et voit qui errent deux êtres humains
—entends les arbres qui se plaignent

la femme et puis l’homme il mordille
(s’ouvrent magnifique s’ouvrent bien)
et leurs yeux sont humides et brillent
—sens un peu ce serpent qui grimpe

dieu il appelle et un ange vient
(baise-moi chéri oh baise-moi bien)
avec une longue large épée de feu
—et comme je jouis ô mon dieu

***

devil crept in eden wood
(grope me wonderful grope me good)
and he saw two humans roaming
—hear that tree agroaning

woman chewed and man he chewed
(open beautiful open good)
and their eyes were wet and shining
—feel that snake aclimbing

lord he called and angel stood
(poke me darling o poke me good)
with a big thick sword all flaming
—o my god I’m coming

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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