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Poésie

Posts Tagged ‘se former’

Etre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



    

Etre.
Et rien de plus.
Jusqu’à ce que se forme un puits en-dessous.

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s’arrêtera un instant.

***

Estar

Y nada mas.
Hasta que se forme un pozo abajo.

No estar.
Y nada mas.
Hasta que se forme un pozo arriba.

Después,
entre ambos pozos,
se detendra un instante de viento.

(Roberto Juarroz)

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D’où vient cette cascade de mots quand tu écris (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Illustration: Arno Rafael Minkkinen 
    
D’où vient cette cascade
De mots quand tu écris
Où roule cette rivière
Au creux de ta main nue

Qu’est-ce qui s’enracine
Ici lorsque tu pries
Quel est donc ce silence
Où se forme l’épi

D’où vient ce vent ténu
Toutes fenêtres closes
Qui ouvre ce passage
Ce jour entre les lauzes

Quel est ce cri muet
Que la joie perpétue
Qu’est-ce qui chante encore
Même quand la voix s’est tue

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature
tel le mollusque dans le phosphore marin :
le sel brisé qui me heurtait et m’emplissait
de son écho, construisait mon propre squelette.
Comment vous expliquer : sans mouvement ou presque
de cette respiration, bleue haleine amère,
une à une les vagues répétèrent
ce que je pressentais et qui palpitait là,
et pour finir sel et écume me formèrent :
le dédain et aussi le désir d’une vague,
le rythme vert qui au coeur de l’impénétrable
bâtit un édifice transparent,
ce secret-là se maintint ferme et aussitôt
Je sentis que mon coeur battait à l’unisson :
que mon chant grandissait en même temps que l’eau.

(Pablo Neruda)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA PYTHONISSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




Illustration: John Collier
    
LA PYTHONISSE
pour John Hayward

Je suis cette caverne hantée par les serpents
Dont l’ombilic engendre le destin des hommes.
Toute sagesse jaillit d’un trou dans la terre :
Les dieux se forment dans mon obscurité,
puis se dissolvent.

De ma matrice aveugle sortent tous les royaumes,
Et dans ma tombe les sept dormeurs prophétisent.
Nul enfant pas encore né qui ne s’éveille à mon rêve,
Nul amant qui ne finisse par trouver en moi sa tombe.

Je suis ce lieu brûlant dont on a peur et soif,
Où l’homme et le phénix sont consumés,
Et de mon lit impur et bas se lèvent
De nouveaux fils, de nouveaux astres, de nouveaux ciels.

***

THE PYTHONESS
For John Hayward

I am that serpent-haunted cave
Whose navel breeds the fates of men.
Ail wisdom issues from a hole in the earth:
The gods form in my darkness, and dissolve again.

From mil blind womb ail kingdoms corne,
And from my grave seven sleepers prophesy.
No babe unborn but wakens to my dream,
No lover but at last entombed in me shall lie.

I am that feared and longed-for burning place
Where man and phoenix are consumed away,
And from nay low polluted bed arise
New sons, new suns, new skies.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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La vie peut paraître dénuée de sens (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



Illustration: Max Ernst

    
la vie peut paraître dénuée de sens, inutile,…, le vide entre en nous,….
il se forme dans le monde une multitude occulte et silencieuse,
sous cet angle l’important, c’est plutôt la qualité du silence auquel la poésie vient répondre

(Roberto Juarroz)

 

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Vivre dans la réalité de l’esprit (Roger Quesnoy)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Vivre dans la réalité de l’esprit
Se tenir le plus près possible
du point où les pensées se forment.
Assister à leur éclosion.

Nous sommes déjà dans le pays
Où l’on n’arrive jamais.
Mais nous bivouaquons aux frontières.

(Roger Quesnoy)

 

 

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LES MONTS BLEUS (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



 

Illustration: Daniele Guido
    
LES MONTS BLEUS

Les monts bleus et le ciel songeur.
Toi
Dont les yeux ardents sont
L’abri du ciel et des monts.

Source, frisson, tristesse, joie.
Je baiserai de ma langueur
Ta bouche.

Je vois les mots se former
Dans tes pupilles, sur tes lèvres.
Et je respire ton haleine.

Je me raccroche à la vie,
Je sais l’existence du monde
Lorsque je tiens ta main.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Donne-moi ton sourire (Julie Delaloye)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Léonard de Vinci
    

Donne-moi ton sourire,
que ma vie s’y forme,
que ma peur s’y fige.

(Julie Delaloye)

 

Recueil: Dans un ciel de février
Traduction:
Editions: Cheyne

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Comme les larmes montent aux yeux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    

Comme les larmes montent aux yeux puis naissent
et se pressent, les mots font de même.
Nous devons seulement les empêcher
de s’écraser comme les larmes,
ou de refouler au plus profond.

Un lit en premier les accueille :
les mots rayonnent.
Un poème va bientôt se former,
il pourra, par les nuits étoilées,
courir le monde,
ou consoler les yeux rougis.

Mais pas renoncer.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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