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Posts Tagged ‘se gonfler’

ANNÉE-LUMIÈRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration
    
ANNÉE-LUMIÈRE

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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RONDE DES DÉPARTS (Franc-Nohain)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



    

RONDE DES DÉPARTS

– Pour montrer que nous sommes tristes,
Il convient d’agiter nos mouchoirs de batiste.

Choeur des sceptiques
Et si vous n’avez pas de mouchoirs ?

– Nous quitterons nos redingotes
Offrant au vent leurs pans qui se gonflent et flottent.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de redingote ?

– Que notre gilet de flanelle
S’envole vers l’absent comme de blanches ailes.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de flanelle ?

– Mais notre pantalon nous reste
Pour faire au train qui part nos signaux de détresse.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de pantalon ?

– (C’est absolument invraisemblable.)

(Franc-Nohain)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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DE TOI… (Rachel Korn)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
DE TOI…

De toi je suis trempée comme la terre l’est d’une pluie printanière,
Mon jour le plus blond se suspend
Au pouls battant de tes paroles tues
Comme l’abeille aux fleurs du marronnier.

Je suis vers toi comme promesse des moissons
Dans le temps,
Quand le blé dans les champs se mesure au froment
Et se déploie avec l’espoir de tout ce qui verdit
Sur le plancher net des greniers.

Sourd à la pointe de mes doigts la fidélité sur ta tête lasse,
Et toutes mes années
Sont des champs que foulent tes pas
Et qui se gonflent
De la douleur
De t’aimer, ô mon bien-aimé.

(Rachel Korn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHERCHE L’AMOUR (Anie Shamri)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



Illustration: Monique Levallois

    
CHERCHE L’AMOUR

Cherche l’amour, mais n’en demande point mesure,
De lui n’exige point exactitude et loi.
La vague vient portant une averse d’écume
Elle te lave avec les astres et l’azur.

Cherche l’amour, mais ne rappelle point son nom
Au port dans le tumulte des navires,
Se gonflent les courants, flammes et tourbillons,
Mais dans les profondeurs les perles se retirent.

Cherche l’amour à la margelle des étoiles,
Au loin, là-bas où se nouent tant de voiles,
Où la mer sur le ciel déverse tout son sable
Et le tamise avec le tamis de la lune.

Cherche l’amour, mais ne l’attache point à l’ancre,
Prends à la mer un seul instant de bleu lustral
Et quand s’enfuit la vague – alors remercie-la
Et que la suive ton regard : deux calmes voiles.

(Anie Shamri)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne vois rien (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2019




    

Je ne vois rien. Je suis
Dedans. Qui n’a pas de limites.
Informel informulé.
Et ceci qui se gonfle et souffle
N’est pas poème.

(Jean Tortel)

 

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Tordue (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Tordue est la chose dure, douce et chaude, (la fille)
Polie et mouvante, lance l’air qui brûle
Terre entière qui se lève, et me porte
Étendue fraîche, étendue tiède, forme qui devient
nouvelle sous la force –
Voyage immobile, tendre au bas, du sommet aigu
Pierre exquise, pour boire.
Idée d’être proche, désir de briser, soupir pour se fondre
Et ne pas… Soupir, souffle et idée !
Étreinte toute du bien et du mieux, lutte qui se gonfle,
Mélange ; seul, on redevient ; seul, on s’élève
Seul on ne pense plus, seul on veut, seul on est.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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EUX DEUX (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018



 

allumettes

EUX DEUX

Si vous faites se toucher deux allumettes, la flamme
commencée se gonfle comme une voile,
Le trait noir sur lequel elle se déplace
En se déformant les unit.

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui se sont croisés,
Et maintenant ne s’écartent pas l’un de l’autre.

Mais dans le ventre de la femme il y a déjà un enfant.

À chaque fois que l’homme s’approche d’elle, vivre
Se trouble
Comme s’il fallait repousser ce que c’est,
Être seul.

(Ariane Dreyfus)

 

 

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Voici la forme féminine (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




Voici la forme féminine,
Elle exhale de la tête aux pieds un rayonnement divin,
Elle attire d’une ardente, d’une indéniable attirance,
Son haleine m’aspire comme si je n’étais qu’une vapeur sans poids,
tout s’efface excepté moi et elle,
Livres, art, religion, temps, la terre visible et solide,
et ce qu’on attendait du ciel ou redoutait de l’enfer,
tout cela maintenant, s’est consumé,
Des filaments fous, d’irrésistibles jaillissements sortent d’elle
la réponse de même irrésistible,
Chevelure, poitrine, hanches, souplesse des jambes,
mains nonchalantes qui retombent en s’égarant,
les miennes s’égarant trop,
Reflux mordu par le flux et flux mordu par le reflux,
chair d’amour qui se gonfle et délicieusement a mal,
Jets d’amour sans limites, limpides et chauds, énormes,
tremblante gelée d’amour, blanche éclosion, suc en délire,
Nuit du nouveau marié travaillant sûrement et doucement
dans l’aube étale,
Ondulant dans le jour qui consent et cède,
Perdu dans la fente du jour dont l’étreint l’odorante chair.

(Walt Whitman)

Illustration: Théodore Chassériau

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IRIS (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Illustration
    
IRIS

Mais Dieu, surtout pas.
Ne mettez pas de mots vides dans votre bouche,
Hommes, regardez

Iris, malgré le mur,
Debout
C’est votre bleu.

Votre ligne, imaginons
Une plaie vivement recousue.

Votre broderie, sa joie se gonflant,
Quelques secondes d’amour par miracle successives.

Ici,
Du balancement le velours dressé,
Iris.

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La nymphe Alceste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Théodore Chassériau_Nymphe_endormie_près_dune_source

La nymphe Alceste

Tu es née, à minuit, du baiser de deux sources,
Alceste, et l’univers ne t’offre que reflets,
Lueurs, lampe allumée au lointain, feux follets
Et dans le ciel les sept flambeaux de la Grande Ourse.

Il fait noir et, partant au signal de la course,
Tu ne soupçonnes pas que la nuit se soumet
Et se dissout quand le soleil, sur les sommets,
Par le chant des oiseaux répand l’or de sa bourse.

Je sais que reviendront l’aurore et le matin.
Je les ai vus, tu les verras, j’en suis certain.
Déjà mon coeur se gonfle au rythme de leur danse.

Mais saurai-je à ta soeur qui doit naître en plein jour,
Nymphe Alceste, annoncer, dès midi, le retour
Du crépuscule, de la nuit et du silence.

(Robert Desnos)

Illustration:  Théodore Chassériau

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