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Posts Tagged ‘se hasarder’

QUI PARLE ? (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Frederick McCubbin
    
QUI PARLE ?

Qui parle ?
Voix venue de quelle enfance au fond de l’enfance
(tel un jardin abandonné tout au fond des taillis noirs où nul
jamais ne se hasarde).
Quel est ce récit où l’oubli, le mensonge et les paroles folles
se mêlent selon l’ennui, la chance ou le regret ?

Où commence ce qui fut, où s’achève ce qui jamais n’advint ?
La vérité pourtant, la vérité peut-être,
éclat furtif, parfois,
promesse ou défi.

Qui murmurait ? qui écoute ?
Cortège de souvenirs, fables dans le futur,
silence toujours trop vide ou trop lourd,
jadis et demain échangent leurs couleurs.

Du sang, des mots, du temps :
énigme
familière, décevante, et sacrée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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DEPUIS QUE TU ES PARTIE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Jean-François Millet
    
DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C’est depuis que tu es partie que sont plus froids.
Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,
Et que le bois fendu s’affaisse et se détache.
Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s’engage.
Il recherche sa proie, s’arrête, fouille et tranche,
Et de son tourbillon précipite les branches.
Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais…
L’aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,
La plante de mes pieds brillait au crépuscule,
Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

Je suis assis, chétif… toi t’épanouissant,
Monde lointain, fleur de chiendent… Je te regarde.
Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde
Moi langé par le soir qui tombe immensément…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le chiffon bleu (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Maurice Ehlinger

    

Le chiffon bleu

T’en as des yeux, mon p’tit chiffon bleu !
Regarde un peu, on dirait qu’il pleut
Je m’y promène comme chien mouillé
Flairant ta peine à tes souliers
Temps de carême, faim de t’aimer
Tes larmes mêmes sont mon collier

T’en as des yeux, mon p’tit chiffon bleu !
On dirait le ciel qui se casse en deux
Sur la Mer Morte, à mon bateau
Tes yeux apportent le vent nouveau
Derrière la porte mon vieux manteau
Nous fait escorte sans dire un mot

T’en as des yeux, mon p’tit chiffon bleu !
Mille cigales ne chantent pas mieux
Sous les arcades, marchant par deux
Chantent les bardes en habit bleu
Je me hasarde, tu bats des yeux
Si je m’attarde à tes cheveux

T’en as des yeux, mon p’tit chiffon bleu !
Regarde-moi bien quand j’y mets les miens
T’en as des yeux, mon p’tit chiffon bleu !
Regarde-moi mieux, je suis au milieu

(Maurice Fanon)

 

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Sur la planète des mouches (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015



Gare à l’homme qui se hasarde
sur la planète des mouches
Car là-bas la mouche lui fait
Ce qu’ici il fait à la mouche.

Des papiers tue-hommes y guettent
Notre humanité tout entière
Et des gobe-hommes l’y allèchent
Avec du sucre et de la bière.

Sur un point les mouches sont bien
Plus que l’homme civilisées:
On n’est jamais cuit dans leur pain
Ni avec de la bière avalé.

(Christian Morgenstern)

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LA REINE DE SABA (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2015



 

Béatrice Bissara  La Reine de Saba [1280x768]

LA REINE DE SABA

Le coeur qui s’est calmé t’épie
comme un ciel derrière un envol
puisque sont faibles les paroles
après que tu t’en es servi.

Je me repose en ton répit
pour m’abreuver de ton éveil.
La nuit j’ai soif de ton soleil
et le jour j’aspire à tes nuits.

Mais si vers toi je me hasarde
je tremble que tu me regardes
ou que tu ne t’en soucies point.

Il faudrait bien que tu me soignes
Car mon coeur meurt si tu t’éloignes
mais il est mourant quand tu viens.

Les jours dont tu fus la clarté
et les nuits dont tu fus les songes
ont été ma vie que ne rongent
ni le temps ni l’éternité.

Du chaos tu n’auras sauvé
que mon âme à force de songes
et mon corps qui servit d’éponge
à l’égouttement des clartés.

J’ai surtout vécu de t’attendre
et le reste était poudre ou cendre
mais t’attendre est incorruptible.

Et toi-même as eu l’art d’attendre
qu’à travers l’univers en cendres

(Jean Grosjean)

Illustration: Béatrice Bissara

 

 

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