Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se leurrer’

POÈME AU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Armand Point 
    
POÈME AU MONDE

C’est bonheur que pouvoir bouger
C’est enchantement que toucher
C’est une merveille vibrer
Dans le floral éclat des prés,
Exaltant se laisser aller
Au flux d’événements ailés,
Joyeux en élans s’exhaler,
S’élancer en joie s’égarer.
C’est jeu se laisser entraîner
Vers les dangers illuminés,
Léger et lesté se leurrer
De tant de leurres éventés,
Par la nostalgie tourmenté,
Au vent des épreuves porté
Dans les tourbillons déchaînés
Et les cauchemars effrénés.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA MORT PARLE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LA MORT PARLE

Quand, par l’inquiétude vaincu,
Dans l’angoisse devenu fou,
Il désapprend à glorifier Dieu
Et des chants profanes se met à chanter.

Et puis, saisi de stupeur,
Soudain, il recouvre la vue,
Et l’essaim confus des visions d’antan
Le poursuit encore par moment.

Epuisé, il perd la juvénile
Ardeur de son jeune temps,
La vanité des souvenirs sacrés
Se lève devant lui lentement.

Il ne croit plus à rien,
Il ne cherche plus qu’à se leurrer,
Et, de lui-même, vers ma porte bienheureuse,
Mollement, il cherche le chemin.

Il a bien assez glorifié Dieu ;
Il n’est plus une voix, mais un gémissement :
Je lui ouvrirai. Mais encore un peu
Qu’il souffre donc auparavant !

(Alexandre Blok)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOLILOQUE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016




SOLILOQUE

1

Longtemps je t’ai cherchée en moi,
Jamais je ne te trouvais,
Puis ce qu’est vivre et le monde
M’ont été en toi révélés.

Ce jour-là je fus heureux,
Mais la jubilation du coeur
Frémissant m’avertissait
Qu’elle jamais ne m’assouvit.

Ce ne fut qu’égarement bref,
Déjà tes doigts de sommeil,
Comble de compassion,
Me caressent les yeux.

Attentive, tu m’as donné
Alors cet immense calme
Envahissant après l’amour
Qui en a connu la fureur.

2

Le soleil refulgure en toi
Avec l’aube resurgie.

Pareille gaieté de la mer
Me ramènera-t-elle à croire?

C’est le leurre aujourd’hui de chair
Qui va dévastant mon coeur
Usé par le délire.

Toute visée le trompe,
Le miracle ne revient plus
Que factice, aveuglant.

3

L’amour que j’ai pour toi,
Amour, fait des miracles,
Et quand tu crois m’avoir fui,
Je te surprends, mon amour, qui te leurres,
La pureté revenue
M’illuminer les yeux.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Bec Winnel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De loin (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




De loin

Du bonheur qu’ils rêvaient toujours pur et nouveau
Les couples exaucés ne jouissent qu’une heure.
Moins ému, leur baiser ne sourit ni ne pleure ;
Le nid de leur tendresse en devient le tombeau.

Puisque l’œil assouvi se fatigue du beau,
Que la lèvre en jurant un long culte se leurre,
Que des printemps d’amour le lis, dès qu’on l’effleure,
Où vont les autres lis va lambeau par lambeau,

J’accepte le tourment de vivre éloigné d’elle.
Mon hommage muet, mais aussi plus fidèle,
D’aucune lassitude en mon cœur n’est puni ;

Posant sur sa beauté mon respect comme un voile,
Je l’aime sans désir, comme on aime une étoile,
Avec le sentiment qu’elle est à l’infini.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :