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Poésie

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PEINES PERDUES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
PEINES PERDUES

Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.

L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.

« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.

— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »

(Jean Richepin)

 

 

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BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Muriel Henry
    
BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL

Les paysans m’appellent par mon nom sur les routes,
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le
mien car mon nom est Douleur.

Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, Il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.

Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.

Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras ;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Derniers poèmes en vers et en prose
Traduction:
Editions: Gallimard

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Caïn (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Caïn reste mon frère
il est la terre
qui me nourrit
d’incertitude

Le soir je sens
remuer en moi
ses mains de tueur

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pure Perte (Pericle Patocchi)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



pericle-patocchi

Pure Perte

Je vous donne mes yeux
jetez-les à vos fleurs,
je vous donne ma voix
pour vos chambres sonores.

Je renais en tombant
de mon haut dans la mer.
Disparu ! Quel poisson
se nourrit de mon cœur ?

Oh, la paix d’être enfoui
quelque part, sans connaître
qui je suis où je vis
dans le feu clair de l’Être.

Pure perte, Désir
libéré par le chant.
Le passé, l’avenir,
quels beaux vents dans le vent !

Ces paroles ? C’est vous
qui les dites, amis
J’étais moi, je suis vous
et ma fable est finie.

(Pericle Patocchi)

 

 

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Donne-nous la force d’endurer un peu plus longtemps (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



Alexandra Domnec  pain_120916_detail_poisson

Les murs ne tombent pas
[29]

Donne-nous la force d’endurer
un peu plus longtemps,

maintenant que l’albâtre du coeur
est brisé ;

nous pourrions nous nourrir à jamais
du rayon de miel ambré

de ton salut remémoré,
mais le vieux-moi,

encore plus ou moins à l’aise dans le monde,
s’écrie avec colère,

j’ai faim, les enfants réclament à manger
et des pierres enflammées tombent sur eux ;

notre conscience nous laisse sans défense ;
ô, pour ta Présence

au milieu des filets de pêche
près des barques échouées sur la rive du lac ;

quand, dans les volutes de la fumée de bois,
diras-tu encore, comme tu l’as dit,

le poisson grillé est prêt,
voici le pain ?

***

Grant us strength to endure
a little longer,

now the heart’s alabaster
is broken;

we would feed forever
on the amber honey-comb

of your remembered greeting,
but the old-self,

still half at-home in the world,
cries out in anger,

I am hungry, the children cry for food
and flaming stones fall on them ;

our awareness leaves us defenceless;
O, for your Presence

among the fishing-nets
by the beached boats on the lake-edge;

when, in the drift of wood-smoke,
will you say again, as you said,

the baked fish is ready,
here is the bread?

(Hilda Doolittle)

Illustration: Alexandra Domnec

 

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Ce que l’Amour a de plus doux (Hadewijch)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Ce que l’Amour a de plus doux,
ce sont ses violences;
son abîme insondable
est sa forme la plus belle;
se perdre en lui, c’est atteindre le but;
être affamé de lui
c’est se nourrir et se délecter;
l’inquiétude d’amour est un état sûr;
sa blessure la plus grave
est un baume souverain;
languir de lui est notre vigueur;
c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir;
s’il fait souffrir, il donne pure santé;
s’il se cache, il nous dévoile ses secrets;
c’est en se refusant qu’il se livre;
il est sans rime ni raison et c’est sa poésie;
en nous captivant il nous libère;
ses coups les plus durs
sont ses plus douces consolations;
s’il nous prend tout, quel bénéfice !
c’est lorsqu’il s’en va
qu’il nous est le plus proche;
son silence le plus profond
est son chant le plus haut;
sa pire colère
est sa plus gracieuse récompense;
sa menace nous rassure
et sa tristesse console de tous les chagrins :
ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.
Mais de l’amour on peut dire aussi
que sa plus haute assurance
nous fait faire naufrage,
et son état le plus sublime
nous coule à fond;
son opulence nous appauvrit
et ses bienfaits sont nos malheurs; ses consolations agrandissent
nos blessures;
son commerce est mainte fois mortel;
sa nourriture est famine,
sa science égarement;
son école nous apprend à nous perdre;
son amitié est cruelle et violente;
c’est quand il nous est fidèle
qu’il nous fuit
sa manifestation consiste à se cacher
sans laisser de traces
et ses dons, à nous voler encore davantage;
ses promesses sont séductrices,
sa parure nous dénude,
sa vérité nous déçoit
et son assurance est mensonge.
Voilà le témoignage
que moi-même et bien d’autres
nous pouvons porter à toute heure,
à qui l’amour a souvent montré
des merveilles,
dont nous reçûmes dérision,
ayant cru tenir ce qu’il gardait pour lui.
Depuis qu’il m’a joué ces tours
et que j’ai appris à connaître ses façons,
je me comporte toute autrement avec lui :
ses menaces, ses promesses,
tout cela ne me trompe plus :
je le veux tel qu’il est, peu importe
qu’il soit doux ou cruel, ce m’est tout un.

(Hadewijch)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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LE GRAND CONTEUR GLORIFIE L’OISEAU MAÏS (Miguel Angel Asturias)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



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LE GRAND CONTEUR GLORIFIE L’OISEAU MAÏS

Libre et prisonnier dans la cage de la brise,
tu te nourris de rire,
de maïs de rire !
Une araignée s’esquive :
ton coup de bec est redoutable,
et te suit la fourmi,
te suivent l’agouti, le lapin, l’écureuil
qui vivent de ta ruse.
Tu te nourris de rire,
de maïs de rire,
libre et prisonnier dans la cage de la brise !

(Miguel Angel Asturias)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Vient le jour où la beauté borde notre chemin (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018




    
Vient le jour où la beauté borde notre chemin.
On se penche sur la vie, et aussitôt
on se relève, le coeur tremblant, plus fort
d’une vérité ainsi effleurée.

Vient le jour où l’on pose la main
sur un visage, et tout devient la clarté
de ce visage. Tout se nourrit
du même amour, d’un même rayon de bleu
et boit au même fleuve. Tout va
et vient dans un unique balancement des choses.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Demain (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Demain

Nous glisserons sur un fleuve royal
Et chaque été nous prendrons dans nos mains
L’or jaillissant d’un tout nouveau langage,
Nous serons clairs et simples comme l’eau.

Je t’aimerai car tu seras ma lèvre
L’ombre des mots caressera ta joue
D’une aile fraîche et nous suivrons leurs vols
Mais nous tairons le nom de notre terre.

Chaque pensée est un saut d’antilope
Pour éveiller nos intimes forêts.
Chaque écureuil se nourrira d’un rêve
Qu’entre nos doigts nous aurons fait mûrir.

Au confluent des tigres et des mers,
Nous nous boirons comme terre et rosée.
Ce sera l’aube et dans sa main de flamme
Nous renaîtrons porteurs de nos ferments.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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À partir de l’inaliénable singulier (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



    

À partir de l’inaliénable singulier
éveiller des voix inouïes
qui donneront pouvoir
de parler au pluriel
tel est le rêve
le projet prodigieux
dont se nourrit le désir d’écrire

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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