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Poésie

Posts Tagged ‘se parler’

Enfance (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
Enfance

L’enfant tient dans sa main le calice d’un bouton-d’or
et il rentre à la maison. Les anciens sont en train de se
parler, il aime les entendre.

Quand il retourne à la porte il voit sombrer la barque de
la lune à l’horizon. Il s’éloigne de sa naissance. Ô lumière,
à toi-même secrète en ton bas âge ou dans tes somnolences.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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PAROLES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

Illustration 
    
PAROLES

Une voix au détour du sentier
ayant prononcé les outrages
se tait par lassitude.
Sur une place où resplendit l’usure
des invités à gants blancs
écoutent un orateur
que l’on sait exilé.
Le sel s’est déposé
sur le galet ovale.
On entendra un jour l’histoire
de cet homme qui se dit heureux.
Au long du chemin de traverse
se courbent des branches
sans qu’il y ait de tombe à ombrager.
Deux vieillards se parlent enfin.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’obéissance (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Edward Hopper
    
L’obéissance
To the dark lady

Encore une fois l’appel ancien se lève
dans le chant habituel de la guitare
et une solitude double nous amarre
nuit à nuit dans un bar, et je ne t’aime pas,

ceci n’est pas l’amour mais l’Éclaireur
avec ta peau, ta salive et cette griffe
qui nous déchire avec délicatesse
chaque fois qu’entre tes cuisses je me répands.

Deux corps en veille à voix basse se parlent
devant l’inébranlable sentinelle
du simulacre de cet amour gisant,

quelle servitude amère réconcilie
la ligne équinoxiale qui te modèle
avec ce pâle aura de l’occident.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Confiance (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter

Confiance

Ils s’aiment en silence, et leur coeur se consume;
En attendant toujours l’instant qui doit venir.
Ils souffrent, mais pourtant ils n’ont pas d’amertume,
Ils savent que demain leur tourment va finir.

Ils savent que demain les Heures merveilleuses
Viendront sonner pour eux la fête de l’Amour
Et qu’Elles souriront aux belles amoureuses
Qui pleurent dans la nuit en espérant le jour.

Et dans le soir, fiévreusement, leurs bras se tendent
Bien qu’ils soient séparés, ils se parlent tout bas.
Ils disent doucement que leurs âmes s’attendent,
Et qu’il est des amours que l’on ne détruit pas.

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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LE PASSÉ INDÉFINI (André de Richaud)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017


 


 

LE PASSÉ INDÉFINI

Colonnes éparses pierres maudites épaves lavées
regardez-moi sanglant revenir à mon trou
La tombe ? Avenir bégayant… Tais-toi !
C’est à moi de parler encore
Les feux du matin
Les palmes balancées du soir
Tout ça donné pour un caillou
perdu dans les sables du couchant

Les neiges ont fondu
Les oiseaux se dispersent
Les yeux de ma douleur s’ouvrent au fond des bois
Toi, seule statue à la bouche scellée
Toi, seule gardes l’horrible secret…

Heureusement qu’il y a une voix verte qui fleurit toujours
au fond de la campagne.
Fais doucement ta ronde
l’oiseau rit dans le vent
Et le ciel et le monde
se parlent bien souvent… »

(André de Richaud)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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Les Vieux (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



carl-kronberger-vieux-couple

Les Vieux

Le vieux est assis dans la cuisine.
Ses yeux ont la même couleur que le vieux fauteuil.
Sa main posée sur la table est une étrangère, un gros nœud tout seul.
Le vieux creuse une idée.

Le feu et le chien se regardent.

La vieille éveille mille souris
– mille besognes surgissent dans tous les coins.

Le balancier de l’horloge va de l’un à l’autre…
D’année en année, l’ombre des arbres a envahi la pièce.
Et maintenant il y fait mi-jour même en plein été.

La vieille monte vite vite l’étroit escalier.
Où en est la provision de soleil ?
La fenêtre du grenier est si petite,
si bas contre le sol, juste pour une tête d’enfant.
Le lit craque de lavande sèche.
Des enfants ont laissé leur ombre,
des enfants font encore la ronde dans les murs.

La vieille redescend précipitamment, elle a dérobé une pomme,
elle l’enfouit au fond de sa longue poche,
comme si quelqu’un allait lui faire des reproches…

Le vieux n’a pas bougé, il tourne un peu la tête,
puis lentement il reprend le cours de son idée.
Ses joues sont un peu plus creuses que tout à l’heure.

Un calendrier suspendu par un ruban bleu très pâle
fait une tache insolite sur le mur.
Des visages montent de la profondeur de la pierre.

La vieille fait briller ses bougeoirs, et ses doigts
s’allongent s’allongent dans l’univers métallique.
Elle a donné toutes les étincelles de ses yeux à son vieux cuivre…
Elle y a enfermé toute l’eau du printemps,
tout le soleil des feuilles…

Le vieux reprend sa main posée sur la table,
comme un fardeau il la met sur son genou.
Sa tête penche, elle non plus il ne sait trop où la mettre.

Le chien s’aplatit contre le sol.
Le feu est bas, une petite frange de coquelicots surgit timidement de la souche de bois.
Dans l’œil du chien subsiste une petite, toute petite lueur.
Il essaye de maintenir la vie, mais la vie s’échappe
et le vieux a perdu son idée.

La vieille est raide sur sa chaise, solennelle pour personne.
Soudain elle n’a plus rien à faire.
Elle trouve que l’éternité met du temps à venir…

Le balancier va toujours doucement, de l’un à l’autre.
Depuis longtemps, ils ne se parlent pas autrement.

(Renée Rivet)

Illustration: Carl Kronberger

 

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Nulle heure n’est oisive (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



 

Nulle heure n’est oisive et nul instant n’est vide.
Le temps vole, pour eux, d’une aile si rapide !
Tous deux muets, tous deux tranquilles à l’écart,
S’étonnent à la fin qu’il soit déjà si tard.
Ils se parlent d’amour dans leur silence même.
L’âme sans le vouloir rêve de ce qu’elle aime.
Il est là : c’est assez.

(André Chénier)

Illustration

 

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Arabesques de malheur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Arabesques de malheur

Nous nous aimions comme deux fous;
On s’est quittés sans en parler.
(Un spleen me tenait exilé
Et ce spleen me venait de tout.)

Que ferons-nous, moi, de mon âme
Elle de sa tendre jeunesse!
Ô vieillissante pécheresse,
Oh! que tu vas me rendre infâme!

Des ans vont passer là-dessus;
On durcira chacun pour soi;
Et plus d’une fois, je m’y vois,
On ragera : « Si j’avais su! »….

Oh! comme on fait claquer les portes,
Dans ce Grand Hôtel d’anonymes!
Touristes, couples légitimes,
Ma Destinée est demi-morte!….

— Ses yeux disaient: « Comprenez-vous!
« Comment ne comprenez-vous pas! »
Et nul n’a pu le premier pas;
On s’est séparés d’un air fou.

Si on ne tombe pas d’un même
Ensemble à genoux, c’est factice,
C’est du toc. Voilà la justice
Selon moi, voilà comment j’aime.

(Jules Laforgue)


Illustration

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12 SEPTEMBRE 1966 (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016




12 SEPTEMBRE 1966

Tu es apparue à la porte
Vêtue de rouge
Pour me dire que tu es feu
Qui consume et renflamme.

Une épine m’a piqué
De l’une de tes roses rouges
Pour que tu suces à mon doigt
Un sang déjà presque tien.

Nous avons suivi la rue
Que lacère la verdeur
De la colline sauvage
Mais depuis longtemps je savais
Que de qui souffre avec foi téméraire
L’âge pour vaincre ne compte.

On était un lundi,
Pour nous prendre les mains
Et nous parler heureux
Il ne fut d’autre refuge
Que ce triste jardin
De la ville convulsée.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Hélène Mahevo

 

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