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Posts Tagged ‘se pendre’

LE MOT ET LA CHOSE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: René Magritte
    
LE MOT ET LA CHOSE

Ce qui nous importe aujourd’hui,
ce n’est plus seulement la rencontre insolite
d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table d’opération,
mais le passage subit du Fictif au Réel.

J’imagine quelque chose
qui commencerait par une phrase et finirait pas une corde.
Ou bien un son qui tombe sur le sol,
et soudain, c’est une pierre!

La corde, on s’y pend,
n’est-ce pas?
Et la pierre,
elle vous tue?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Emmenez-moi (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Emmenez-moi

Vers les docks où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits des bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant des senteurs poivrées
De pays inconnus
Et d’éternels étés où l’on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M’enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerais dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n’est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m’a t’on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…

(Charles Aznavour)

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ÎLES (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

ÎLES

I
Belles, dans votre haleine
le vent se baigne nu

Vent déjouant les ombres
rêvant au creux de l’aine.

*
L’âme la voix s’épuisent
toute la chair à prendre

Silence empli de flamme
le désir s’y aiguise.

*
Aux laisses de la mer
le sel les accapare

Éclat qu’il thésaurise
pour la soif le regard.

*
Rire, émail mouillé
bu d’une bouche l’autre

Tu mords la beauté pure
vêtue de sueur

*
Le corps offert le coeur
y battant sa chamade

L’eau l’écume s’étonnant
du sang que tout affame.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

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Shikinejima (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Ginkgo

Shikinejima
Sables, rocs, les pins y vivent
leurs simples désirs.
Toi, comment t’enraciner !
Printemps que parfume
rêve adolescent
l’haleine des camphriers.

*
Tu seras venu
aimant dans les eaux de fer
nu d’un bandeau blanc.

*
L’oiseau fleurit le ginkgo
couleurs infidèles
Mais ses pétales, aussi, chantent !

*
Un peu de pluie, grise,
efface les pins. Fatigue
heureuse, cerne tes yeux.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

 

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Qui s’étrangle s’étrange (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



    

Qui s’étrangle s’étrange ; mais qui
se laisse étrangler n’est plus étranger.

Qui se tue se mue ; mais qui
se laisse tuer n’est plus muet.

Qui se saoule s’esseule ; mais qui
se laisse saouler n’est plus seul.

Qui se pend se vend ; mais qui
se laisse pendre n’est plus à vendre.

Qui s’ennuie se nuit ; mais qui
se laisse ennuyer sort de la nuit.

Qui se frappe s’entrappe ; mais qui
se laisse frapper sort des trappes.

Qui mange se change ; mais qui
se laisse manger est ange.

(René Daumal)

 

Recueil: Se dégager du scorpion imposé
Traduction:
Editions: Editions Eoliennes

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Archipel (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

archipel_d_7_soleils_m

Archipel
Tapi sous dix mille pins

mille tuiles bleues,
la main du singe t’écime.

*
Encens
au Mémorial d’Okinawa
Fleurs, cendres du fanatisme

— tout Occidental
y singe la paix des Dieux.

*
Désir
La cigale hante le temple
de l’égal du Ciel
Ô coeur qui ne vieillit pas !

*
Lumière d’été
Adolescent aux yeux d’encre
le Soleil te dore
luciole pour les nuits blanches.

*
Résine
Une larme épaisse empoisse
ô flamme future
à la blessure du pin.

*
Ryokan
Yeux fauves d’automne
ceux du chat grimpé dans l’arbre
— vifs kakis acides.

*
Soufre au Mont Aso
Efflorescence d’or, pâle :
une fureur rauque
dans l’eau jade du volcan.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

 

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Le plat pays (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017



Le plat pays

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et les vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l’est écoutez le tenir
Le plat pays qui est le mien

Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d’ouest écoutez le vouloir
Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord écoutez le craquer
Le plat pays qui est le mien

Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut
Avec Frida la blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de Novembre nous reviennent en Mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous Juillet
Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud, écoutez le chanter
Le plat pays qui est le mien

(Jacques Brel)


Illustration


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L’heure exacte (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



 

Valentine Hugo

L’heure exacte
A Valentine Hugo.

L’heure exacte marque la rage
Aux dents de singe
Vingt-quatre couchera de soleil
Sur un horizon ridicule
Vingt-quatre couchers de province
Aux joues exquises
Ont fini de délibérer

Et mille lieues de fuite à débrider
Rayon maigre innocent
Et la spirale de lanières qui s’écroule
Au seuil des plaies au seuil du baume

Mal funèbre mal d’encre
Caché par des doigts purs
La glaise de l’automne alourdit le feuillage
Le cheval arrivé ne dépassera pas
La corde pour se pendre
L’horloge enfarinée dit l’heure du départ
Mais elle est arrêtée.

(Paul Eluard)

Illustration: Valentine Hugo

 

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LA GUEULE DU LOUP (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

LA GUEULE DU LOUP

I
La gueule du loup n’est pas la fleur
bavarde et pourpre
qui ferait
n’est-ce pas
le désespoir du peintre ?
A nous, la page vide suffit.

II
Il s’en faut de peu
Du rire bleu
du gaz montrant les dents.
D’une peur,
la nuit noire.
Ayez les dents
ferrées à glace,
sur le chemin de crête
où marche le cri.

III
Vous qui voulez écrire
broyez du noir
Faites votre encre vous-même.

IV
Les aiguilles du temps
dans les veines
pour en finir
(lettre à lettre s’égoutte
une espèce de sang)
ivre pauvrement
d’une overdose de vivre.

V
En désespoir de cause,
essayez de vous pendre
tout en haut de la page
Dès lors, tressez solide
le fil du récit.

(Claude Michel Cluny)

 

 

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A une dame (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
A une dame en lui envoyant un bout de la corde d’un pendu

Voici la corde d’un pendu
Que je mets à vos pieds, Madame,
C’est, pour une charmante femme,
Un présent bien inattendu.

Mais si, comme on l’a prétendu,
Cette corde est un sûr dictame
Pour les maux du corps et de l’âme,
Gage d’un bonheur assidu;

Moi qui, plaignant le pauvre diable
D’avoir été si misérable,
Accusais le ciel malfaisant,

Moi dont le coeur était si tendre !
Voilà que je trouve à présent
Qu’il a fort bien fait de se pendre !

(Guy de Maupassant)

 

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