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Poésie

Posts Tagged ‘se plaindre’

CONSOLATION (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

Oskar Kokoschka 2 [1280x768]

CONSOLATION

Tu te plaignais; j’ai laissé le ruisseau
qui courait sur les galets
baigner mes mains; c’est ainsi
que je t’écoutais.

Limpide, l’eau coulait
entre mes doigts, le temps
sans couleur fuyait
presque sensible, entre mes doigts.

J’écoutais le temps
caresser mes paumes
et murmurer sa fuite;
je recueillais ta plainte.

J’étais triste… mais déjà,
sous la passagère
meurtrissure du temps,
mes mains pressentaient l’apaisement.

(Gyula Illyès)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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C’est du Lourd (Abd Al Malik)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



C’est du Lourd

Je m’souviens,
maman qui nous a élevés toute seule,
nous réveillait pour l’école quand on était gamins,
elle écoutait la radio en pleurant notre pain,
et puis après elle allait au travail dans le froid,
la nuit,
ça c’est du lourd.

Ou le père de Majid
qui a travaillé toutes ces années de ses mains,
dehors, qu’il neige, qu’il vente, qu’il fasse soleil,
sans jamais se plaindre,
ça c’est du lourd.

Et puis t’as tous ces gens
qui sont venus en France parce qu’ils avaient un rêve
et même si leur quotidien après
il a plus ressemblé à un cauchemar,
ils ont toujours su rester dignes,
ils n’ont jamais basculé dans le ressentiment,
ça c’est du lourd,
c’est violent.

Et puis t’as tous les autres
qui se lèvent comme ça,
tard dans la journée,
qui se grattent les bourses,
je parle des deux,
celles qui font référence aux thunes,
du genre « la fin justifie les moyens »
et celles qui font référence aux filles,
celles avec lesquelles ils essaient de voir si y’a moyen,
ça c’est pas du lourd.

Les mecs qui jouent les choses zerma devant les blocs deal,
un peu de cock, de temps en temps un peu de ke-cra (crack)
et disent « je connais la vie moi monsieur ! »,
alors qu’ils connaissent rien,
ça c’est pas du lourd.

Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien,
qu’a mis sa meuf enceinte,
qui lui dit j’t’aime,
je vais assumer, c’est rien,
c’est bien,
qui va taffer des fois même pour un salaire de misère,
mais le loyer qu’il va payer,
la bouffe qu’il va ramener à la baraque,
frère, ça sera avec de l’argent honnête,
avec de l’argent propre,
ça c’est du lourd.

Je pense aussi à ces filles
qu’on a regardé de travers
parce qu’elles venaient de cités,
qu’ont montré à coup de ténacité,
de force, d’intelligence, d’indépendance,
qu’elles pouvaient faire quelque chose de leur vie,
qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur vie,
ça c’est du lourd.

Mais t’as le bourgeois aussi,
genre emprunté,
mais attention je n’généralise pas,
je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants,
paternalistes ou totalement imbus de leur personne,
je veux juste dire qu’il y a des gens qui comprennent pas,
qui croient qu’être français c’est une religion,
une couleur de peau,
ou l’épaisseur d’un portefeuille en croco,
ça c’est bête,
c’est pas du lourd, c’est…

La France elle est belle,
tu le sais en vrai,
la France on l’aime,
y’a qu’à voir quand on retourne au bled,
la France elle est belle,
regarde tous ces beaux visages qui s’entremêlent.
Et quand t’insultes ce pays,
quand t’insultes ton pays,
en fait tu t’insultes toi-même,

il faut qu’on se lève,
faut qu’on se batte dans l’ensemble,
rien à faire de ces mecs
qui disent « vous jouez un rôle ou vous rêvez »,
ces haineux qui disent « vous allez vous réveiller »,
parce que si on est arrivé,
si on est arrivé à faire front
avec nos différences,
sous une seule bannière,
comme un seul peuple,
comme un seul homme,
ils diront quoi tous ?

C’est du lourd,
du lourd,
un truc de malade…..

(Abd Al Malik)

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La virginité en poésie (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Catherine Réault-Crosnier  boyl-mai02-19

 

La virginité en poésie

… Tout doit s’élever avec la sève qui convient;
si vous célébrez la floraison des colchiques dans les prairies,
faites le avec le mystère de l’homme prenant l’essence du mystère végétal;
vous pouvez être la terre qui les nourrit,
ou la terre qui s’en émerveille,
ou seulement la terre qui s’en plaint;
vous passerez dans les colchiques par un prolongement d’amour;
mais ne leur donnez pas les sens de l’homme et le rythme de votre chair…

(Patrice de La Tour du Pin)

Illustration: Catherine Réault-Crosnier

 

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La feuille (Vincent Arnault)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
La feuille

De ta tige détachée,
Pauvre feuille desséchée,
Où vas-tu ? – Je n’en sais rien.
L’orage a brisé le chêne
Qui seul était mon soutien.
De son inconstante haleine
Le zéphyr ou l’aquilon
Depuis ce jour me promène
De la forêt à la plaine,
De la montagne au vallon.
Je vais ou le vent me mène,
Sans me plaindre ou m’effrayer :
Je vais où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier.

(Vincent Arnault)

 

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Je pense beaucoup plus à toi (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2020



 

Je pense beaucoup plus à toi
Que la pensée jamais ne pense
Le coeur s’est arrogé le coeur
J’entends un arbre qui se plaint
D’avoir du ciel en ses racines
La chaleur souple de sa voix
Bouge au tréfonds de mes moraines
Je rampe, étonné, vers un jour
Où je sais ne pas te connaître
La porte d’en-bas ferme mal
Et l’avenir, à travers elle.

(Luc Bérimont)

 

 

 

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DIALOGUES PATHÉTIQUES (NON CE N’EST PAS ICI) (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2020



Illustration: Rafal Olbinski
    
(Recueil Jours pétrifiés)
DIALOGUES PATHÉTIQUES
(NON CE N’EST PAS ICI)

J’aperçois d’effrayants objets
mais ce ne sont pas ceux d’ici ?
Je vois la nuit courir en bataillons serrés
je vois les arbres nus qui se couvrent de sang
un radeau de forçats qui rament sur la tour ?

J’entends mourir dans l’eau les chevaux effarés
j’entends au fond des caves
le tonnerre se plaindre
et les astres tomber ?…

— Non ce n’est pas ici, non non que tout est calme
ici : c’est le jardin voyons c’est la rumeur
des saisons bien connues
où les mains et les yeux volent de jour en jour !…

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Pourquoi y-a-il quelque chose plutôt que rien ? (Sidney Morgenbesser)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2020




    
Pourquoi y-a-il quelque chose
plutôt que rien ?

S’il n’y avait rien,
vous seriez quand même en train de vous plaindre.

(Sidney Morgenbesser)

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Va-et-vient (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: George Clair Tooker
    
Va-et-vient

J’entends en moi ouvrir fermer claquer
des portes des bruits de pas dans un escalier
parler à voix basse dans un corridor
quelqu’un tousse puis étouffe sa toux
quelqu’un vient hésite s’arrête
fait demi-tour un long silence
On entend seulement une tuyauterie se plaindre
Puis de nouveau des pas On approche
Il y a quelqu’un derrière la porte
Quelqu’un retient son souffle puis respire à nouveau
J’entends de l’autre côté craquer le plancher
On frappe enfin Deux coups très nets

Je vais ouvrir Ce n’est que moi
Une fois encore quitte pour la peur
ou la déception J’attendais donc quelqu’un
que je n’attendais pas ?

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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PERSONNE NE VIENDRA (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
PERSONNE NE VIENDRA

Dans les bougeoirs brûle la cire,
Calme maison.
Une main, les soufflant, renverse
Les lumignons.

Une autre main soudain s’approche
Les rallumant.
La mère porte un grand suaire
Pour vêtement.

Le père est assis, qui ne bouge
Et ne se plaint –
Mais ce qu’il a dit, quand il parle,
Nul n’en sait rien.

Quelqu’un surgit, et la seconde
Aussitôt sort –
Une autre bougie renversée,
S’éteint encore.

Par la fenêtre à demi close
Regarde alors
L’astre du matin, blanc et rouge,
Le clair d’aurore.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ici, où j’habite maintenant (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019




    
Ici, où j’habite maintenant,
le vide n’arrête pas de se plaindre.
Il ne trouve rien à faire
et n’a pas de demeure

(Adonis)

 

Recueil: Toucher la lumière
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Imprimerie Nationale

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