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Poésie

Posts Tagged ‘se plaire’

Ma vivante statue (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration
    
Ma vivante statue
plus vivante que moi

parce qu’un peu de vous
a trouvé dans la pierre
son refuge
mes mains se plaisent
à la caresse

et je m’éprends de votre froideur

jusqu’à entendre de vos lèvres
le chant de celle qui s’abandonne.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Première Élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Alexander Anufriev 41

Première Élégie de Duino

Qui donc, si je criais, parmi les cohortes des anges
m’entendrait? Et l’un d’eux quand même dût-il
me prendre soudain sur son cœur, ne m’évanouirais-je pas
sous son existence trop forte? Car le beau
n’est que ce degré du terrible qu’encore nous supportons
et nous ne l’admirons tant que parce que, impassible, il dédaigne
de nous détruire. Tout ange est terrible.
Et je me contiens donc et refoule l’appeau
de mon sanglot obscur. Hélas! qui
pourrait nous aider? Ni anges ni hommes,
et le flair des bêtes les avertit bientôt
que nous ne sommes pas très assurés
en ce monde défini. Il nous reste peut-être
un arbre, quelque part sur la pente,
que tous les jours nous puissions revoir; il nous reste
la rue d’hier et l’attachement douillet à quelque habitude du monde
qui se plaisait chez nous et qui demeura.
Oh! et la nuit, la nuit, quand le vent plein des espaces
Nous ronge la face, à qui ne resterait-elle,
tant désirée, tendrement décevante, épreuve
pour le cœur solitaire? Aux amants serait-elle
plus légère? Hélas! ils ne se cachent
que l’un à l’autre leur sort.
Ne le savais-tu pas? Hors de tes bras
lance le vide vers les espaces que nous respirons peut-être;
les oiseaux sentiront-ils l’air élargi d’un vol plus ému.

[…]

***

Die erste Elegie

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen ? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz : ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
Und so verhalt ich mich denn verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen ? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen ; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.
O und die Nacht, die Nacht, wenn der Wind voller Weltraum
uns am Angesicht zehrt –, wem bliebe sie nicht, dei ersehnte,
sanft enttäuschende, welche dem einzelnen Herzen
mühsam bevorsteht. Ist sie den Liebanden leichter ?
Ach, sie verdecken sich nur mit einander ihr Los.
Weißt du’s noch nicht ? Wirf aus den Armen die Leere
zu den Raümen hinzu, die wir atmen ; vielleicht daß die Vögel
die erweiterte Luft fühlen mit innigerm Flug.

[…]

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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LE feuillage s’écarte (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Incipit Liber Veneris Cæcorum

LE feuillage s’écarte en des plis de rideaux
Devant la Vénus des Aveugles, noire
Sous la majesté de ses noirs bandeaux.
Le temple a des murs d’ébène et d’ivoire
Et le sanctuaire est la nuit des nuits.
Il n’est plus d’odeurs, il n’est plus de bruits
Autour de cet autel dans la nuit la plus noire.

Nul n’ose imaginer le visage inconnu.
La Déesse règne en l’ombre éternelle
Où les murs sont nus, où l’autel est nu,
Où rien de vivant ne s’approche d’Elle.
Dans un temple vaste autant que les cieux
La Déesse Noire, interdite aux yeux,
Se retire et se plaît dans la nuit éternelle.

Les Aveugles se sont traînés à ses genoux
Pourtant, et, levant leur paupière rouge,
Semblent adorer un dieu sans courroux,
Et nul ne gémit et nulle ne bouge,
Mais, dans cette extase où meurt le désir,
Où la main se tend et n’ose saisir,
Une larme a coulé sous la paupière rouge.

(Renée Vivien)

Illustration

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LES MARINIERS ADORENT UN BEAU JOUR (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
LES MARINIERS ADORENT UN BEAU JOUR

Les mariniers adorent un beau jour,
Quand pleins d’espoirs s’en vont courir fortune,
Et des beautez que nous a fait Amour,
En ces bas lieux je n’en adore qu’une.

Les Cypriens n’adorent que Venus,
Lors qu’ilz avoyent l’ame d’amour attainte :
Et mes deux yeux en larmes devenus,
N’adorent rien icy bas que ma sainte.

Les prisonniers cherchent la liberté
Pour mettre fn à leur peine cruelle :
Moy je me plais en ma captivité,
Dans les liens d’une dame si belle.

Le Portugais envie la valleur,
Et la couleur de la perle d’Yndie.
Et je ne puis aymer autre blancheur
Que celle de la main qui me lie.

Venus, le jour et le soleil des cieux,
La liberté, et la perle indienne,
Ne me sont rien au pris de ses beaux yeux,
Nulle beauté n’est egalle à la sienne.

***

Bargees love a fne day
When, full of hope, they go off in search of fortune,
And of the beauties that Love has made us,
In these low places I adore only one.

The Cyprians adore only Venus,
When they had affected the soul with love:
And my two eyes having become in tears,
Adore nothing here below but my saint.

Prisoners seek freedom
To put an end to their cruel sentence:
I, however, enjoy my captivity
In the bonds of so fair a lady.

The Portuguese envies valour
And the colour of the pearl of India.
And I can love no other whiteness
Than that of the hand that binds me.

Venus, the day and the sun of the heavens,
Freedom, and the Indian pearl
Are worth nothing to me compared to her lovely eyes,
No beauty is equal to hers.

***

Die Seeleut‘ freu‘n sich über einen schönen Tag,
Wenn voller Hoffnung‘ sie sich aufmachen zur Fortüne.
Und von den Schönheiten, die uns Amor hat beschert,
Hienieden ich nur liebe eine.

Die Zyprioten lieben nur Venus,
Wenn ihre Seele von der Liebe ward getroffen,
Und meine beiden Augen in Tränen nun getaucht,
Lieben nur hienieden meine Heil‘ge.

Die Gefangenen trachten nach der Freiheit,
Zu beenden ihre grausam‘ Straf‘.
Mir gefällt es in meinem Kerker,
In den Banden einer Dame wunderschön!

Der Portugiese neidet den Wert
Und auch die Farbe der indisch‘ Perl‘.
Und ich kann lieben nur die Blässe
Der Hand, die bindet mich.

Venus, der Tag und auch der Himmel Sonne,
Die Freiheit, sowie die indisch‘ Perl‘
Bedeuten nichts mir im Vergleich zu ihren „teuren“
schönen Augen,
Kein‘ Schönheit kommt ihr gleich!

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

 

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Le temps se plaît (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
Le temps se plaît sur les limites du feuillage.
Comment vivre avec douceur, dans ce silence ?
Les mots s’effondrent.
L’habitude du malheur et de la joie nous a donné
Une âme de paille et d’airain.
Et voici que désarmé je passe dans un monde sensible
Où les ombres supplient.
Le temps est amer, disent-elles.
Et je me courbe, j’ai mal au cœur,
Les taches de rouille sur les mains
Parlent de la Terre Promise.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Le temps se plaît (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Le temps se plaît sur les limites du feuillage.
Comment vivre avec douceur, dans ce silence ?
Les mots s’effondrent.

L’habitude du malheur et de la joie nous a donné
Une âme de paille et d’airain.
Et voici que désarmé je passe dans un monde sensible
Où les ombres supplient.
Le temps est amer, disent-elles.

Et je me courbe, j’ai mal au cœur,
Les taches de rouille sur les mains
Parlent de la Terre Promise.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Comme en forêt (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Comme en forêt le long des routes, nous allons
d’arbre en arbre, nous avons l’âge des rameaux
où se plaisent les fruits, le givre,
qui ne s’alarment pas de ce qu’ils durent,
l’humus et l’air, ensemble ils les célèbrent,
à l’ombre, l’accueil nous enracine

(Pierre Dhainaut)

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SUR UN BAISER (Roger de Bussy-Rabutin)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
SUR UN BAISER

Fais que je vive, ô ma seule Déesse!
Fais que je vive, et change ma tristesse
En plaisirs gracieux.

Change ma mort en immortelle vie,
Et fais, cher coeur, que mon âme ravie
S’envole avec les Dieux.

Fais que je vive, et fais qu’en la même heure
Que je te baise, entre tes bras je meure,
Languissant doucement;

Puis, qu’aussi-tôt doucement je revive,
Pour amortir la flamme ardente et vive
Qui me va consumant.

Fais que mon âme à la tienne s’assemble;
Range nos coeurs et nos esprits ensemble
Sous une même loi.

Qu’à mon désir ton désir se rapporte;
Vis dedans moi, comme en la même sorte
Je vivrai dedans toi.

Ne me défens ni le sein, ni la bouche:
Permets, mon coeur, qu’à mon gré je les touche
Et baise incessamment,
Et ces yeux, où l’amour se retire;

Car tu n’as rien qui tien se puisse dire,
Ni moi pareillement.
Mes yeux sont tiens; des tiens je suis le maître.
Mon coeur est tien, à moi le tien doit être,
Amour l’entend ainsi.

Tu es mon feu, je dois être ta flamme;
Tu dois encor, puisque je suis ton âme,
Etre la mienne aussi.

Embrasse-moi d’une longue embrassée;
Ma bouche soit de la tienne pressée,
Suçant également
De nos amours les faveurs plus mignardes;

Et qu’en ces jeux nos langues frétillardes
S’étreignent mollement.
Au paradis de tes lèvres écloses
Je vais cueillir de mille et mille roses
Le miel délicieux.

Mon coeur s’y paît, sans qu’il s’y rassasie,
De la liqueur d’une douce ambroisie,
Passant celle des Dieux.

Je n’en puis plus, mon âme à demi folle
En te baisant par ma bouche s’envole,
Dedans toi s’assemblant.
Mon coeur halète à petites secousses;

Bref, je me fonds en ces liesses douces,
Soupirant et tremblant.
Quand je te baise, un gracieux zéphire,
Un petit vent moite et doux, qui soupire,
Va mon coeur éventant.

Mais tant s’en faut qu’il éteigne ma flamme,
Que la chaleur qui dévore mon âme
S’en augmente d’autant.
Ce ne sont point des baisers, ma mignonne,
Ce ne sont point des baisers que tu donne,

Ce sont de doux appas,
Faits de Nectar, de Sucre et de Canelle,
Afin de rendre une amour éternelle
Vive après le trépas;
Ce sont des fruits de l’Arabie heureuse,

Ce sont parfums qui font l’âme amoureuse
S’éjouir dans ces feux;
C’est un doux air, un baume, des fleurettes,
Où comme oiseaux volent les amourettes,
Les plaisirs et les jeux.

Parmi les fleurs de ta bouche vermeille,
On voit dessus voler comme une abeille
Amour plein de rigueur;

Il est jaloux des douceurs de ta bouche:
Car aussi-tôt qu’à tes lèvres je touche,
Il me pique le coeur.

(Roger de Bussy-Rabutin)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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J’te veux (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



 


Illustration
    
J’te veux

Quand on s’est connu dans la vie
C’était un jour d’ printemps
Elle était jolie, oh, jolie !
Une frimousse, un p’tit corps épatant
On s’est vu, on s’est plu tout d’ suite
Veux-tu monter chez moi ?
Et hop ! Dans le dodo bien vite
En chantant tous les deux à mi-voix

J’ te veux, tu m’ veux
J’ te r’veux, tu m’ reveux, c’est fantastique
De s’ vouloir comme ça !
Allons-y tant qu’y aura
De quoi faire marcher la p’tite musique
J’ te veux, tu m’ veux
J’ te r’veux, tu m’ reveux, c’est fantastique
Ohé, les copains
Ah ! là, c’ qu’on est heureux
Car les nuits se suivent à la queue leu leu

Blottis près du ciel au septième,
Jouons le joli jeu
C’est si bon d’être deux quand on s’aime
C’est si bon d’ s’aimer quand on est deux
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire
De nos premiers émois
L’ plus grand plaisir qu’ tu puisses me faire
Tu l’ sais bien, mon gosse chéri, c’est toi

J’ te veux, tu m’ veux,
J’ te r’veux, tu m’ reveux, c’est fantastique
Le plus beau cadeau
C’est toi dans le dodo
C’est l’amour et sa tendre musique
J’ te veux, tu m’ veux
J’ te r’veux, tu m’ reveux, c’est fantastique
Ohé, les copains
Ah ! là, c’ qu’on est heureux
Car les nuits se suivent à la queue leu leu

La gloire, les honneurs, les richesses,
Tout ça n’ vaut pas l’amour
Les nuits de caresses et d’ivresse
Qui font oublier les mauvais jours
Par-dessus la ville affairée
Tout là-haut, sous les toits,
Joyeux contre vents et marées
Beaux amants, chantez à pleine voix

J’ te veux, tu m’ veux,
J’ te r’veux, tu m’ reveux, c’est fantastique
Et puis, nous aurons
Des enfants qui feront
A leur tour marcher la p’tite musique
L’amour toujours
Chantera sa chanson frénétique
Tant que sur la Terre, au fond des lits moelleux,
Les nuits se suivront à la queue leu leu

(Jean Villard–Gilles)

 

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Le parapluie (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2016



parapluie 

Le parapluie

Un parapluie
Prit le train pour Paris
En compagnie d’une mamanrapluie.

Il pleuvait beaucoup ce soir-là
mais dans le train
Il n’y avait personne

Elle pleura un peu
Puis ils se plurent beaucoup

Au retour tout le ciel était bleu

(Paul Vincensini)

 

 

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