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Posts Tagged ‘se produire’

Il faut s’établir à l’extérieur de soi (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



 Christian Schloe  382493306_b

Il faut s’établir à l’extérieur de soi,
au bord des larmes
et dans l’orbite des famines,
si nous voulons
que quelque chose
hors du commun se produise,
qui n’était que pour nous.

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

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Seule la lézarde de la privation (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Seule la lézarde de la privation
nous rapproche de la rencontre.
Et si la rencontre se produit
peu importe qu’elle soit une autre lézarde.

Seulement ainsi trouverons-nous
le secret de la première.
Pourquoi ressentons-nous ce qui n’est pas
comme une privation ?
Est-ce la seule façon
de le faire exister ?

***

Sólo la grieta de la privación
nos acerca al encuentro.
Y si el encuentro se produce,
no importa que él sea otra grieta.

Sólo así hallaremos
el secreto de la primera.
¿Por qué sentimos lo que no existe
como una privación?
¿Será el único modo
de lograr su existencia?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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UNE invasion de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
UNE invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.

Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(pour René Char)

***

UNA invasión de palabras
trata de acorralar al silencio,
pero, como siempre, fracasa.

Intenta luego arrinconar a las cosas
que habitan et silencio,
pero tampoco lo consigue.
Y va por fin a cercar a las palabras
que conviven con el silencio,
pero entonces se produce lo imprevisto :
et silencio se convierte en palabra
para proteger mejor a las palabras
que conviven con él.

Y mientras la invasión de las otras palabras
se desvanece como un soplo furtivo,
se completa lo insólito
las palabras que quedan
se asemejan ahora mucho mas al silencio
que a las otras palabras.

(para René Char)

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Alors existe-t-il quelque part (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018



Illustration
    
alors existe-t-il quelque part
un mot grâcieux

et proche des matières non-parlantes ?

À quoi s’accrocher dans cette angoisse
sinon au mur qui s’est donné une couleur
pour en projeter l’ombre ?

L’effroi, parler de lui comme d’un ustensile
sur la table.

Demander (immer langsamer*) :
qui est là?

Attendre que vienne une réponse.
Une chose simple va se produire :
l’abeille traversera le mur vers les voix.

L’obscurité surgit (dernièrement) plus d’une fois par jour

(Israël Eliraz)

 

Recueil: Comment entrer dans la chambre où l’on est depuis toujours
Traduction:
Editions: José Corti

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RÉCIT (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

the golden apple

RÉCIT

Parce que ce qui se produit ne se produira jamais,
et parce que ce qui s’est produit
se reproduit éternellement,

nous sommes tels que nous fûmes, tout
a changé en nous, si nous parlons
du monde
c’est seulement pour laisser le monde

non dit. Hiver précoce : pommes d’or non encore
chues
dans un arbre nu, traces
de cerfs invisibles

dans la première neige, et puis la neige
qui n’en finit pas. Nous ne regrettons
rien. Comme si nous pouvions rester
dans cette lumière. Comme si nous pouvions rester dans
le silence
de ce moment unique

de lumière.

(Paul Auster)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Le Grand Événement (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration
    
Le Grand Événement

Il va se produire très bientôt. Le grand événement
qui mettra fin à l’horreur. Qui mettra fin au chagrin.
Mardi prochain, quand le soleil descendra, je jouerai
la Sonate au Clair de Lune à l’envers. Ceci inversera
les effets de la folie du monde plongeant dans la
souffrance depuis 200 millions d’années. Quelle nuit
merveilleuse ce sera ! Quel soupir de soulagement,
de voir les rouges-gorges séniles redevenir écarlates,
et les rossignols à la retraite relever leurs queues
poussiéreuses, pour affirmer la majesté de la création !

***

The Great Event

It’s going to happen very soon. The great
event which will end the horror. Which will
end the sorrow. Next Tuesday, when the sun
goes down, I will play the Moonlight Sonata
backwards. This will reverse the effects of
the world’s mad plunge into suffering, for
the last 200 million years. What a lovely
night that would be. What a sigh of relief, as
the senile robins become bright red again,
and the retired nightingales, pick up their
dusty tails, and assert the majesty of creation!

(Leonard Cohen)

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Je me souviens de poèmes sauvages (Élise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Élise Turcotte
    
Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers

Des jours entiers
à fouiller
dans les cendres
volantes

J’arrache un poème
sur le dos
de l’inhumanité

La violence
possède aussi
un déguisement
c’est l’esprit
de nouveauté

J’ai cru dormir un instant
un miracle se produisait
je courais
en suivant des pistes de loups
le temps était aussi complexe
que lumineux
mais c’est faux
je ne dors pas
la fatigue
ne m’atteint plus

(Élise Turcotte)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Sombre ménagerie
Traduction:
Editions: du Noroît

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Être le familier (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
Être le familier de ce qui ne se produira pas,
dans une religion, une insensée solitude,
mais dans cette suite d’impasses sans nourriture
où tend à se perdre le visage aimé.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Joie Difficile (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



La Joie Difficile

C’est le même miracle qui se produit sans cesse :
le flux des sources et des rivières;
la graine qui éclate pour libérer les jets,
et le flanc qui se déchire.

C’est tout l’univers qui s’ébauche en moi comme un germe :
l’air qui m’entoure est né à mon souffle,
et chaque arbre que j’enlace,
devient un arbre surgi de moi.

(Herwig Hensen)

 

 

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