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Posts Tagged ‘se quereller’

Je ne peux ni te garder ni te quitter (Sor Juana Inés de la Cruz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je ne peux ni te garder ni te quitter,
pourquoi je ne sais, en te quittant ou en te gardant,
il y a toujours un je ne sais quoi pour t’aimer
et bien des si pour t’oublier.

Donc si tu ne peux ni me quitter ni t’amender,
je vais régler mon coeur de sorte
qu’une moitié penche à t’abhorrer
tandis que l’autre penche à t’aimer.

Notre amour ainsi peut y grandir,
car on meurt à se quereller sans cesse :
que de nos discours jalousie et soupçon disparaissent,

et que qui donne la moitié ne veuille pas le tout ;
et sache que lorsque tu dissimules
je dissimule aussi de mon côté.

***

Que da medio para amar sin mucha pena

Yo no puedo tenerte ni dejarte,
ni sé por qué, al dejarte o al tenerte,
se encuentra un no sé qué para quererte
y muchos sí sé qué para olvidarte.

Pues ni quieres dejarme ni enmendarte,
yo templaré mi corazón de suerte
que la mitad se incline a aborrecerte
aunque la otra mitad se incline a amarte.

Si ello es fuerza querernos, haya modo,
que es morir el estar siempre riñendo:
no se hable más en celo y en sospecha,

y quien da la mitad, no quiera el todo;
y cuando me la estás allá haciendo,
sabe que estoy haciendo la deshecha.

(Sor Juana Inés de la Cruz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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SOURIRE POLI (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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SOURIRE POLI

Je regrette le temps où nos deux cœurs jumeaux
Se querellaient. Un rien vous mettait en colère.
Vos caprices, changeants comme un spectre solaire,
Boudaient, criaient, mordaient ainsi que des marmots.

Aujourd’hui, dans vos yeux plus durs que des émaux,
L’orgueil calme fleurit tel qu’une fleur polaire.
Indifférente à tout, votre humeur me tolère
Et ne se cabre plus sous l’éperon des mots.

Ah ! qu’un éclair de rage en tes regards s’allume!
Fâches-toi ! frappe-moi ! prends mon front pour enclume !
Déchire-moi le cœur en lambeaux ! Manges-en!

Réveille-toi, terrible, en tigresse des jungles!
Mais ne me jette pas, avec l’air méprisant.
Ce sourire poli, poli comme tes ongles.

(Jean Richepin)

 Illustration: Martial Barrault

 

 

 

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SOIR ÉTERNEL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2017



 

Hamish Blakely innamorata

SOIR ÉTERNEL

Dans le parc, les oiseaux se querellent entre eux.
Après la promenade en de sombres allées,
On rentre; on mange ensemble, et tant de voix mêlées
N’empêchent pas les doux regards, furtifs, heureux.

Et la chambre drapée en tulle vaporeux
Rose de la lueur des veilleuses voilées.
Où ne sonnent jamais les heures désolées!…
Parfums persuadeurs qui montent du lit creux!…

Elle vient, et se livre à mes bras, toute fraîche
D’avoir senti passer l’air solennel du soir
Sur son corps opulent, sous les plis du peignoir.

A bas peignoir!
Le lit embaume. Ô fleur de pêche
Des épaules, des seins frissonnants et peureux!…
Dans le parc les oiseaux se font l’amour entre eux.

(Charles Cros)

Illustration: Hamish Blakely

 

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Fillettes (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Fillettes, les fleurs sont écloses,
Dansez, courons,
Je suis ébloui par les roses
Et par vos fronts.

Chez les fleurs vous êtes les reines ;
Nous le dirons
Aux bois, aux prés, aux marjolaines,
Aux liserons.

Avec l’oiselle l’oiseau cause,
Et s’interrompt
Pour la quereller d’un bec rose,
Aux baisers prompt.

Donnez-nous, gaîtés éphémères,
Futurs tendrons,
Beaucoup de baisers. — A vos mères
Nous les rendrons.

(Victor Hugo)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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Myrte (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2015



Myrte

Ils vivaient tous les deux à la campagne, le marquis et le colonel.
Vieux tous les deux, goutteux et, ce qu’il y a de pire,
quinteux tous les deux, ils se faisaient de mutuelles visites;
le soir, ils se réunissaient pour jouer au reversis
et se rappeler ensemble leur vie passée.
Ce marquis, c’était le Myrte; ce colonel, c’était le Laurier.

L’un avait constamment vécu à la cour,
l’autre n’avait presque pas quitté les camps.
Ils s’étaient retrouvés après une longue absence,
et quoiqu’on dise que le myrte et le laurier sont frères,
le marquis et le colonel passaient leur temps à se quereller:

—Une belle doit se prendre d’assaut comme une citadelle.
—Il n’y a que les attentions délicates
qui séduisent la beauté.
—Un front couronné de laurier
n’a qu’à se montrer pour subjuguer les plus rebelles.
—C’est avec une ceinture de myrte
qu’on enlace les amours.

(J.J. Grandville)

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