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Poésie

Posts Tagged ‘se raconter’

Quel est notre pays (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Quel est notre pays sinon un rêve
Que nous nous sommes raconté feuille à feuille,
Rameau d’or et fleur dorée,
Fontaine, arbre, rivière,
Cet invisible Paradis.

***

What is our country but a dream
That we have told each other page after page,
Golden branch and golden flower,
Fountain, tree, river,
This invisible Paradise.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pierre Paul Rubens

 

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Tu te racontes sans le savoir (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018


 


Andrey Remnev  (29)

Tu te racontes sans le savoir
même quand tu poses et fais semblant.
Tes gestes sont comme le miroir
De tes pensées d’hier, de maintenant.

De toi tu n’arrêtes de parler
tout en ne cessant de te taire.
Tu es, malgré toi, livre ouvert
qui traduit ton langage codé.

Souvent rien qu’un tic te résume.
En lui s’abrite ton amertume
Et dans chacun de tes mouvements
tu trahis tes rêves latents.

Pourtant tu te tiens sur tes gardes
Et à personne ne te confies.
A quoi cela sert-il, ma fille ?
Puisque tous tes secrets bavardent…

(Esther Granek)

Illustration: Andrey Remnev

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LES VOITURES PASSENT… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



LES VOITURES PASSENT…

Les voitures passent et font trembler la maison,
La maison où je suis seule.
Ici, depuis longtemps déjà les choses ont été vécues :
Il y a dans l’air des espaces éteints,
La forme gravée en creux
Des voix et des gestes de jadis.
Et mes mains ne peuvent rien saisir.

Cependant je regarde la nuit
Et j’ai besoin de chaque feuille.

Elle roule, elle tourne en l’air, ta vie,
Loin de moi…
Même pour souffrir ce tourment de ne pas être,
J’ai besoin d’être seule.

Plutôt la solitude des éternels départs,
Des projets et des questions,
Des combats avec leur inextinguible
Poids de morts et de lamentations.
Plutôt la solitude parce qu’elle est complète.

Je crois à la nudité de ma vie.
Tout ce qui m’arrive est superflu.
J’éprouve la sensation d’être extérieure à tout,
Avec l’éternité qui flotte sur les montagnes.

Jardin, jardin perdu,
Nos membres enveloppent ton absence…
Les feuilles se racontent ton secret
Et, comme la peur, mon amour se cache.

***

PASSAM OS CARROS…

Passam os carros e fazem tremer a casa
A casa em que estou só.
As coisas há muito já foram vividas :
Há no ar espaços extintos
A forma gravada em vazio
Das vozes e dos gestos que outrora aqui estavam.
E as minhas mãos nao podem prender nada.

Porém eu olho para a noite
E preciso de cada folha.

Rola, gira no ar a tua vida,
Longe de mim…
Mesmo para sofrer este tormento de nao ser
Preciso de estar só.

Antes a solidão de eternas partidas
De planos e perguntas,
De combates com o inextinguível
Peso de mortes e lamentaçóes
Antes a solidão porque é completa.

Creio na nudez da minha vida.
Tudo quanto me acontece é dispensável.
Só tenho o sentimento suspenso de tudo
Corn a eternidade a boiar sobre as montanhas

Jardim, jardim perdido
Os nossos membros cercando a tua ausência…
As folhas dizem urna à outra o teu segredo,
E o meu amor é oculto corno o medo.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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FIANÇAILLES POSTHUMES (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



FIANÇAILLES POSTHUMES

J’aimerais tant te chanter, ma planète,
sans le secours des mots ni des chansons;
je marcherais près de toi, plein d’amour,
et cueillerais les fleurs de notre espace :
ici la jeune étoile à peine éclose,
et là cette comète qui est mûre.
Nous flatterions nos êtres familiers :
il est des épagneuls taquins et doux,
— on les appelle parfois météores —
qui viennent boire à même tes ruisseaux,
et dans mon âme aussi il est des bêtes
qui me font vivre en paix avec ma peur
et avec toi et avec la tristesse.
Nous choisirions l’endroit où le néant
est le plus frais, et nous nous aimerions,
toi devenant humaine par pitié,
et moi lunule heureux qui t’obéit.
Nous nous raconterions nos plus beaux rêves,
pour qu’ils écartent les lourdes limites
de nos esprits et de nos coeurs. Et même
je t’imagine en train de composer
un poème en syllabes de colline
et mots d’azur, tandis que je m’efforce
de devenir un très sage équateur.

(Alain Bosquet)

 

 

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Les chemins (Alain Le Beuze)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2016



Les chemins
Se rencontrent
Se reniflent
Se tutoient
Se racontent
S’apprivoisent
S’éloignent
Se recherchent
Se retrouvent
Aux carrefours des doigts.

(Alain Le Beuze)

 

 

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Deux truites se racontent une odeur de fraises (Jacques Bourlez)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Sourires tressées
à deux pas de l’école
schisteuse
la maison du maître
hâte
presse
au coin d’un silence
un regard accroché
chats qui sommeillent
chien fou et tendre
deux truites se racontent
une odeur de fraises

(Jacques Bourlez)


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Parallèles (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Droites paralleles

Parallèles

On va, l’espace est grand,
On se côtoie,
On veut parler.
Mais ce qu’on se raconte
L’autre le sait déjà,
Car depuis l’origine
Effacée, oubliée,
C’est la même aventure.
En rêve on se rencontre,
On s’aime, on se complète.
On ne va plus loin
Que dans l’autre et dans soi.

(Eugène Guillevic)

 

 

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Les deux chênes (Henri Bosco)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2015




Les deux chênes
parlaient dans l’ombre.

La forêt entendait leurs voix.

Elle disait:

« Nos pères, cette nuit,
se racontent leurs songes … »

(Henri Bosco)

Illustration: Guy Teytaud

 

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Un jour comme ça (Claude de Burine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2015



 

Un jour comme ça
Quand il y aura la grâce
On montera les dents du bonheur
La rivière saoulera d’histoires les poissons
Le canal gardera sa vieille péniche
Femme des combats

Te dire ce qu’ils se raconteront
Je ne sais pas
Mais la vie sera là, toujours
A prendre, à serrer, à mordre.

Il y a dans le caillou, les ronces
Un coeur, un chemin, vers la mer
Qu’il faut trouver.

(Claude de Burine)

 

 

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