Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se refermer’

NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



NOCTURNE

Je suis là… brume, pluie et boue… un temps de chien…
Oh ! ne plus rien savoir… comme ce serait bien !
Un bec de gaz se meurt – mais est-ce qu’il existe ?
Un ivrogne s’en va par la place si triste.

Toute la ville dort en son linceul humide
Mon aimée en ces murs dort peut-être, candide…
Maisons faites de pierre aux coffres-forts d’acier,
Et aux portes aussi qu’on voit se refermer.

Léger, un piano fredonne à un étage,
Mon ombre dans la boue est un triste bagage.
Les gouttes sautent à terre
La neige sale, ici et là,
Et à une fenêtre, dans un verre,
Une rose jaune regarde en bas.

(George Bacovia)

Illustration: René Magritte

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

La nuit ferme ta paupière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Je me niche dans l’espace
Sur le sein d’une étoile
Qui referme sur moi
Ses branches de noël

Je tire ce drap de souvenirs
Sur la couche de l’oubli
Et j’étouffe dans l’oreiller
L’expression de mes regrets

La vitesse de la lumière
Est supérieure à celle du son
Et quand finit la chanson
La nuit ferme ta paupière.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zinaida Serebriakova

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COMME L’EAU SUR LA PIERRE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




COMME L’EAU SUR LA PIERRE

Sur qui retourne en quête de sa quête ancienne
se referme la nuit comme l’eau sur la pierre
comme le vent sur un oiseau
comme dans l’amour de deux corps se referment

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Wojtek Siudmak

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce fut un clair après-midi (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copia bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

Je ne me souviens pas, ma soeur.
mais je sais que ta chanson présente est lointaine.

— C’était ce même après-midi : mon cristal versait
comme aujourd’hui sur le marbre sa monotonie.
Te souviens-tu, frère?… Les myrtes traînants
que tu vois, assombrissaient les claires chansons
que tu écoutes. De la blonde couleur de la flamme
le fruit mûr pendait sur la branche,
comme maintenant. Te souviens-tu, frère?
C’était ce même lent après-midi d’été.

— Je ne sais point ce que me dit ton chant riant
des songes lointains, fontaine ma soeur.

Je sais que ton clair cristal d’allégresse
a connu déjà le fruit vermeil de l’arbre;
je sais que lointaine est mon amertume
qui songe en ce vieil après-midi d’été.

Je sais que tes beaux miroirs chantants
ont reflété d’anciens délires d’amour;
mais conte-moi, fontaine à la langue enchantée,
conte-moi ma joyeuse légende oubliée.

— Je ne sais les légendes d’anciennes allégresses,
mais de vieilles histoires de mélancolie.

Ce fut un clair après-midi du lent été…
Tu venais seul avec ta peine, frère;
tes lèvres se posèrent sur mon onde sereine
et dans le clair après-midi dirent ta peine.

Tes lèvres qui brûlaient dirent ta peine,
elles avaient alors la même soif que maintenant.

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelfe chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




    
SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION

La blessure est la porte d’entrée
pour te trouver,
le seul organe sensible
à n’êtrе pas leurré.

Ma peau est parsemée de toi,
d’expérience : elle a échappé
à la ruse des autres sens,
à leurs seuils usés par les sensations.

Cette blessure ne doit pas se refermer,
neuve toute pensée dans la chair,
prête à tressaillir, sans mémoire,
irréconciliable, la blessure
te mêlе au monde.

On ne peut rien aplanir,
aucun reste fût-il précieux, la rédemption
est une parcelle de ce mensonge :
un message serait le salut.

Le mouvement n’avance pas
de degré en degré, il n’élève rien,
il tourne autour des lèvres de la plaie,
s’y incruste. Là où il s’arrête,
tu fus dans la sensation la durée même.

***

EINFACHHEIT DER WAHRNEHMUNG

Die Wunde ist das Tor
dich zu finden,
das Sinnessorgan,
das nicht getäuscht wird.

Übersät ist die Haut mit dir,
mit Erfahrung: sie ist der List
der alten Organe entkommen,
ihren abempfundenen Schwellen.

Die Wunde, die sich nicht schliessen soll,
neu jeder Gedanke im Fleisch,
bereit zu zucken, ohne Erinnerung,
unversöhnt, die Wunde
mischt dich und die Welt.

Es ist nicht zu glätten,
kein höherer Rest, der Erlösung
ist der Bruchteil der Lüge :
dass eine Botschaft das Heil ist.

Die Bewegung geht nicht
von Stufe zu Stufe, setzt nichts höher,
sie kreist um den Wundrand,
sie nistet sich ein. Wo sie anhält,
warst du in der Empfindung die Dauer.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson pour le jardin d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Combien de rires, dites, combien de roses
dans le corsage d’une nonne.
Combien de roses fanées,
combien de rires rongés,
combien de corps piétines
pour un seul qui n’existe pas.

Combien de rêves, dites, combien de fièvres
dans le corsage d’une nonne.
Combien de rêves chassés,
combien de fièvres brûlées,
combien de cœurs dépecés
pour un seul qui n’existe pas.

Mais, sur sa monture luisante,
voici le sauveur.
La nonne, à genoux, l’accueille,
tremblante comme une feuille
et blanche comme la douleur.

Combien d’eau dites, combien d’étoiles
dans le corsage d’une fiancée.
Combien de fleuves retrouvés,
combien de bateaux pavoisés,
combien de rives enchantées
pour un jour qui va naître.

Le cavalier d’amour l’emporte
quand, du couvent, la lourde porte
se referme sur les années;

sur les nonnes en prière
qui ne seront plus de pierre.

(Edmond Jabès)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MA MAIN DROITE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




MA MAIN DROITE

Ma main droite sur la table,
si je l’appelais, m’écouterait-elle ?
Ma main droite sur la table
bonjour ma main droite, bonjour.

Ma main droite sur la table,
veinée, ridée, tachée de son.
Cela se voit, la main de ce vieillard
n’est pas rassasiée du monde.

Dur est le bois, douce la paume,
les cinq doigts s’ouvrent, se referment,
elle couvrira ta main, femme aimée,
ma main droite sur la table.

Ma main droite, ma main droite, ma main droite.

Ma main droite me couvre le visage
lorsque je sens venir les larmes.
Ma main droite me couvre le visage
lorsqu’une amitié meurt en moi.

Si je commets une faute grave,
mes yeux ont de moi grande honte,
mon coude à mon genou s’appuie,
ma main droite me couvre le visage.

Ma main droite me couvre le visage.
Il neige sur les bois, au-dehors.
Ma main droite me couvre le visage.
Je vogue vers un port tout en or.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Alison Skaggs

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Femmes qui passent (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Femmes qui passent
Femmes qui passent ne veut pas dire
qu’elles passent au large de moi
mais qu’elles passent à travers moi
regards allures et parfums
en y laissant de multiples traces
aussitôt gonflées comme un plumage
lequel tarde à se refermer

(Ludovic Janvier)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Incrustés dans le mur (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Incrustés dans le mur
des yeux s’ouvrent
d’autres se referment
À la question incongrue
L’absence de lèvres
est une réponse cinglante

(Abdellatif Laâbi)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :